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pedagogie - Page 5

  • Sisyphe, patron des profs?

     sisyphe.jpgSisyphe n'était pas prof. Ca se saurait. Mais ce mythologique damné qui poussait son rocher sur une montagne avait un petit quelque chose du sacerdoce pédagogique. Tous les jours, je suis injuste. Cela faisait longtemps que je voulais l'écrire. Tous les jours, j'abandonne lâchement des élèves à leur échec, à leur haine de l'école, à leur tristesse et à leur colère. Tous les jours je le regrette, et pourtant, le lendemain, la comédie recommence. Tous les jours, je gueule sur de pauvres sixieme surexcités, affolant les plus sages, blasant les plus agités, tous les jours je punis les innocents et je laisse impunis les plus affreux jojos. L'enseignement en collège dans toutes sa splendeur, au crépuscule des années 2000...

    Comment en arriver là? Le temps d'un cours est rythmé par le professeur. Suivre le programme à tout prix, telle est la maxime. Vite il faut s'asseoir, vite il faut ranger ses affaires sur la table. À peine le temps de raconter son weekend, que déjà, les punitions pleuvent sur les élèves qui ne sont pas assez rapides. A tout prix, le cours doit commencer, aucune des 55mn du cours ne doit être perdu, pour parvenir au bout des 50 chapitres du programme. Et ceci dans toutes les matières. Combien de cris et de rancoeurs pour suivre ces objectifs! Combien de temps perdu en gestion pénitentiaire d'un quart de la classe qui n'a pas fait ses devoirs, n'a pas ses affaires, ne veut pas travailler et bavarde sans cesse? La moitié du cours. L'autre moitié pour les ¾ restants ? Non, la lecon doit avancer. Je ne réponds pas aux questions, je laisse à peine aux élèves le temps de s'exprimer, je passe à peine dans les rangs. Vaincre le bavardage, détecter l'inatention, foudroyer ceux qui se retournent...et j'oublie de corriger les exercices, de remplir la fiche d'appel ou de faire noter correctement les définitions notionnelles. Mea culpa!

    Que de victimes!

    • Les élèves en échec: j'ai rencontré quelques élèves tristes et calmes, travailleurs et soucieux, bien suivis par leurs parents mais en échec: difficultés méthodologiques, difficultés à se détacher du document pour avancer par soi-même. Pour certains, il s'agit de troubles dys- (dyspraxie, dyslexie) qui rendent difficiles la lecture, l'écriture, l'apprentissage ou les actions combinées. Sans accompagnement, détection, prise en charge par une AVS, cet échec passe inapercu. Il faut déranger pour être écouté, pour avoir droit à une vraie discussion en conseil de classe.

    • Les élèves en voie de déscolarisation: certains élèves, dès la sixieme, n'en peuvent plus de l'école. Marre de cette autorité souvent injuste, et de ces rythmes effrenés. Alors, ces élèves nous poussent à bout, font tout pour être virés de cours, s'absentent de plus en plus fréquemment. Souvent, pas de parents derrière. La déscolarisation est un processus implacable et cruel. L'école c'est la société, la classe c'est une tribu. L'absentéisme, c'est la marginalisation progressive pour un élève, mis souvent au fond de la classe. Heureusement, il existe encore des éducateurs pour les prendre en charge. Mais parfois c'est trop tard. C'est l'apprentissage.

    • Les élèves « perturbateurs »: qu'est ce qu'un élève perturbateur? Un bavard? Même les bons élèves sont parfois bavards. Le perturbateur refuse l'autorité, dommage, l'enseignant français pratique la pédagogie du knout verbal. Un bon élève n'est pas un élève mort, quand même, c'est un élève silencieux qui écrit son cours lisiblement et prend régulièrement la parole à l'oral, mais pas trop, et en levant la main si possible. En bref, le bon élève n'est pas un vrai adolescent. L'élève perturbateur, je le dis dès maintenant, ira droit au lycée professionnel. Il oublie ses affaires, le devoir à rendre, s'exclut de lui-même en créant son sous-groupe dans la classe qui a ses propres repères, musique de rebelle, raclement de la gorge (tchiper?) et d'autres encore. Certains dispositifs, comme la classe SAS (deux semaines de recadrage), le suivi de l'équipe pédagogique, le détachement d'avec son groupe d'amis, l'implication des parents peuvent le remettre dans le droit chemin...du lycée général.

    Vous l'avez compris, pour chacun de ces cas je pense à mes élèves, anciens, présents...et futurs? Ceux que j'ai candidement voulu sauver. C. en seconde, A. en troisième, à travers plus d'attention et mon fameux « effet moyenne » (surnotation exceptionnelle pour redonner goût à l'effort, NDLR) qui a failli marcher avant que la fatale et implacable machine de l'Orientation à la française (par l'échec) ne vienne réduire à néant mes efforts. CAP tant pis pour la motivation et l'espoir. Ceux que j'ai laissé tomber, M. de sixieme qui ne vient plus en cours. Ceux que je regarde s'enfoncer dans leur échec parce que je ne suis pas formé pour les aider comme S. de troisième ou E. de sixieme.

    Combien de victimes, encore, pour que l'Ecole change et s'interesse à tous les élèves? Combien de victimes du knout verbal, de l'orientation par l'échec, de méthodes pédagogiques désuètes et d'une Ecole qui renforce les inégalités sociales...qu'elle devait briser, croyais-je en passant le CAPES?

    Et si Sysiphe se rebellait?

  • Enseigner l'hyperpuissance américaine...à travers une série!

    etats-unis.pngLes fêtes vont bientôt se terminer, je vais donc me souvenir que je ne suis ni rentier, ni permanent biterro/francilien d'une organisation de jeunesse, et revenir à des préoccupations plus terre-à-terre à savoir la préparation de cours. TERRE A TERRE. Qu'est ce que je raconte. Le programme de troisième est passionnant, chaque préparation est un défi pour appréhender le XXème siècle dans la globalité de ses heurts- et malheurs puisque c'est l'enjeu principal. Dans les semaines à venir, mes chers élèves m'entendront déclamer l'appel du 18 juin (je me fais plaisir) pour la séquence sur la 2GM alias seconde guerre mondiale. Le but: non pas raconter les batailles mais saisir l'essentiel: l'aspect mondial, l'aspect total, l'aspect horrible au sens propre du terme et un travail particulier autour des notions de résistance et collaboration. Ensuite? Une petite incursion dans l'Union européenne et ses enjeux historiques, institutionnels et géopolitiques. Ensuite? La guerre froide, concentrée sur les deux contre-modèles, des théâtres récurrents et des phases de regel/dégel.

    Et enfin, les Etats-Unis d'Amérique. Bon ma bible c'est le programme. "Une présentation de l'immensité, du poids démographique et de la métropolisation du territoire introduit l'étude. L'analyse porte sur quelques éléments qui rendent compte de la puissance mondiale des Etats-Unis (ressources, technologies, poids économique, puissance militaire, rayonnement culturel). Le rôle joué par ce pays dans l'organisation du monde depuis 1945 permet d'éclairer quelques origines de sa puissance."

    Bon le propre des programmes c'est qu'on se demande par quel bout les prendre. Quels outils d'abord? Les connaissances des élèves. Fabuleuses, un brain storming me permettra de dégager les principaux aspects de la puissance américaine. Photos et cartes peuvent à la fois permettre de s'interesser rapidement à la configuration et à la diversité du territoire américain mais aussi de familiariser les élèves avec les légendes, les croquis et le vocabulaire cartographique. Mais comment entrer en matière, réchauffer les LE neurones frigorifié de mes chers élèves qui traverseront une cour glacée par les frimats de février pour se rendre dans ma salle?

    A_la_Maison_Blanche.jpgLa série "the west wing" (à la maison blanche) que je visionne en boucle depuis 3 jours me semble parfaite pour illustrer l'importance donnée au chef d'état étatsunien dans la culture mondiale. Le président Bartlett passe de la gestion de la crise du Cachemire à la protection des parcs nationaux en passant par la querelle écoles privées/publiques avant de prendre au téléphone le premier ministre bulgare...soutenu sans faille par une équipe de conseillers jeunes (et souvent séduisant-e-s). On peut dévier sur tous les films mettant en scene la maison blanche, des photos des acteurs ayant joué le président, et atterrir sur les élections de janvier évidemment. Cette entrée en matière pose évidemment question: pourquoi tant d'importance donnée à ce chef d'état?

    On atterrit sur un brain storming de tableau "pourquoi dit-on que les EU sont une puissance mondiale?" en faisant travailler les élèves sur un plan détaillé de paragraphe argumenté, par la suite. La leçon sur la guerre froide qu'on vient de finir doit permettre de dégager et définir le concept de "hyperpuissance". Ensuite un problème se pose pour conduire la séquence...vais-je tomber dans le piège du plan à tiroirs Territoire/Population/rayonnement?

    NON! Je peux tenter l'acrobatie délirante d'un plan multi-scalaire thémathico-mi-chronologique (je sais j'abuse) construit par les élèves sur la base d'une question orale portant sur l'originalité de la puissance américaine. Le but? Par un questionnement ciblé, et un travail en profondeur sur de multiples supports (photos, textes, tableaux, cartes) donner aux élèves une loupe pédagogique. S'interroger d'abord sur l'immensité du territoire américain dans sa richesse et sa diversité IA peuplé par vagues successives forgeant une population urbaine plus ou moins métissée IB dans laquelle une place importante serait accordée aux grandes agglomérations pour ensuite passer au II avec une loupe décroissante et s'interesser à la place des EU dans le monde...là encore, comment ne pas tomber dans le tryptique économique/culturel/militaire? Dur dur! Le but de prime abord: construire une carte sur les EU dans le monde. On peut réfléchir sur la légende de cette carte qui prédéfinirait le plan. Un monde "disneylandisé" en I permettrait de localiser une culture exportée par les grandes firmes, les centres de loisirs; holywood en localisant ce phénomène. Un II permettrait de s'interesser au géant économique en localisant la bourse de New York, les flux commerciaux maritimes et les facades maritimes...enfin un III permettrait de spacialiser son rôle de "gendarme du monde": les flottes, les bases militaires et les pays alliés, ainsi que les interventions militaires récentes semblent une bonne entrée. La conclusion de cette séquence pourrait voir mis en exergue le débat autour du rôle de la puissance américaine, sans doute à travers une étude de cas sur l'intervention en Irak...

    Voilà, de prime abord, comment je vais travailler sur cette séquence!

  • Ma vie sur l'estrade 5: conseils, cours et pas perdus

    salle_de_classe_1.jpg20h40. sur la passerelle de Massy Palaiseau, les voyageurs se font rare. Dans l'atmosphère humide des soirées pluvieuses d'ile de France, les pas de mes chaussures noires usées et que je n'ai toujours pas le temps de remplacer sonnent creux. J'ai faim, le conseil de classe des première euro s'est terminé il y a 20 mn. Je suis fatigué, la journée a été dure. Elle n'est pas finie, une heure et un kebab plus tard j'arrive à peine chez moi où m'attend une réunion msn avec ma chère AF de l'Essonne.

    ma voiture au controle technique à 9h, tenir le bureau de vote des élections professionnelles à 10h, rameuter les collegues dans tout le college à 11h, manger à 12h(pas assez), et mes cours de 13h à 17H. Journée sympathique. Les sixiemes adorables sont fidèles à leur réputation.  Tout le monde (vraiment tout le monde) participe, on se détend et le cours avance quand même c'est formidable. un demi-groupe de troisieme découvre avec stupeur et abomination la prise de notes ("c'est vrai qu'au lycée on a pas droit au stylo plume?"), et les sixieme affreuses, fideles à elles-mêmes, sont à la fois attachantes et enrageantes. à 17h, je cours, et le conseil des premieres commence.

    C'est solennel. Les profs se présentent devant tous les élèves rassemblés au fond de la classe et tous les eleves passent un par un devant le conseil. Quelques ressentis? une différence immense avec le college, pas de problème de discipline. Des eleves qui décrochent face aux difficultés d'une premiere S spé maths, la plus dure des dures (moyenne de maths 8 au premier trimestre), et quelquefois je suis intérieurement énervé par des dialogues farfelus. "elle a des difficultés en maths" "et bien faut plus travailler, faut faire des devoirs en plus, faut écouter" et créer des cours particuliers gratuits au lycée aussi peut-être ou casser les filières pour éviter cette surenchere absurde d'options? Casser les filières pour éviter à des littéraires de se retrouver en S pour faire plaisir aux parents?

    " elle a des lacunes, elle a du mal au premier trimestre à suivre le rythme" "elle travaille combien le soir?" "une heure à peu pres" "mais c'est pas assez ca!" ca veut dire quoi que des adolescents qui pratiquent un peu de sport, se détendent, sortent un peu, devraient compléter leurs 30heures hebdomadaires par 10/20h de travail personnel? Mais à quel titre? le travail se fait à l'école?

    et cette école justement, est elle bien attractive? Je me suis imprimé un rapport de meirieu sur l'ennui à l'école. mes troisiemes s'ennuient. Un premiere s'ennuie et dit qu'il veut partir à l'armée. que faire?

    Et ma journée d'hier au fait? lever en retard, j'arrive au collège pour préparer le petit déjeuner de la sixieme bavarde. pendant une heure, je sers le chocolat, les oranges, le lait à des élèves très contents d'être servis par leur prof d'histoire. C'est soi disant une initiation à la nutrition hein. Je gère une parent d'élève qui fait un scandale, j'amene un collé à la vie scolaire, et je repars en courant pour récupérer mes troisiemes qui ont une heure "d'intervention de la SNCF" au programme: dégradations et malveillance dans le RER... vaste programme. Le soir, au conseil de classe, j'apprends que je vais trop vite en troisieme, qu'il faut dicter aux élèves pour qu'ils comprennent mieux...quand les éleves sont réactionnaires, où va le monde!

  • rapport de l'INRP: l'orientation tout au long de la vie

     I/ qu'est-ce que l'orientation?

     

    Orientation: choix et décisions des individus concernant leur vie active, tant scolaire que professionnelle. L'orientation scolaire, c'est des choix de formation qui permettent de répartir les élèves entre les filières alors que l'orientation professionnelle concerne le choix d'une activité et d'un métier. L'orientation professionnelle est souvent liée à l'orientation scolaire mais pas forcément: l'orientation répond à des facteurs individuels (aspirations personnelles) et collectives (processus sociaux). L'orientation dépend aussi de la conjoncture économique: en période de recession ou de chômage, les aspirations laissent le pas aux besoins économiques.

     

    L'orientation est aussi une affaire d'état qui fait l'objet de financements publics, de personnels spécifiques (dont les enseignants). Ces services ne relèvent pas d'une politique globale et cohérente: certains sérvices d'orientation sont spécifiques (ML; CIO); d'autres intégrés à des activités de placement (ANPE) ou professionnels (FONGECIF). Le rapport Reiss (2007) relevait la mauvaise image des conseillers d'orientation psychologues, peu nombreux et répondant mal aux attentes des usagers (formation, horaires). La nature cloisonnée des systèmes d'orientation (scolaire, chômeurs, salariés) est aussi souvent déplorée.

     

    II/ Qui travaille dans l'orientation?

     

    Concernant le domaine de l'éducation nationale, plusieurs dizaines de milliers de personnes travaillent dans les établissements (3000 COP), dans les CIO (1500) ou dans les rectorats et au ministères (quelques centaines d'inspecteurs et de conseillers techniques). Le ministère du travail, de son côté, emploie 800 psychologues et 200 agents techniques d'orientation dans les AFPA, chargés de la formation professionnelles des jeunes adultes. 20 000 conseillers polyvalents, quelques milliers de directeurs et cadres opérationnels travaillent dans les 1300 agences de l'ANPE. 1100 professionnels accompagnent les handicapés dans leur insertion professionnelle à cap emploi tandis que 11 000 employés des missions locales d'insertion s'occupent de l'insertion professionnelle des jeunes. D'autre part, 400 consultants de l'APEC aident les cadres à retrouver un emploi tandis que les 200 conseillers de la FONGECIF s'occupent de la mobilité professionnelle des salariés.

     

    La flexibilité, la précarisation et la réorientation supposées par les mutations du marché de l'emploi font de l'alternance formation / emploi / chômage une norme plus qu'une exception. Ce besoin d'individualisation des parcours devant des prises de décision en matière de formation et d'emploi continuelles a fait l'objet de plusieurs évolutions: d'une part la territorialisation des politiques d'emploi avec la décentralisation de certaines compétences (formation professionnelle aux régions par exemple), d'autre part la mise en concurrence des prestataires de l'insertion professionnelle. Cette concurrence correspond aux politiques de « nouvelle gestion publique », libéralisation des services publics mis en concurrence avec le privé et gérés avec des méthodes importées de la sphère économique privée.

     

    III/ Quel pilotage pour l'orientation?

     

    Concernant l'orientation scolaire, elle appartient au ministère de l'éducation nationale: dans chaque académie, les CIO, les COP et les SCUIO universitaires sont pilotés par un service du rectorat, alors que la production de brochures est assurée par l'ONISEP depuis 1970. L'institut national d'orientation professionnelle a été créé en 1928, alors que les CIO apparaissent en 1971 et que le statut des COP est défini en 1991. Les SCUIO, apparus avec la loi Savary en 1984, s'interessent maintenant aussi à la préparation de l'insertion professionnelle des jeunes dîplomés. Depuis 2006, un délégué interministériel à l'orientation est chargé de coordonner les différents acteurs, avec quelques objectifs: la réduction des sorties du système scolaire sans qualification (18%!) ou encore la meilleure connaissance des métiers...et quelques réalisations: les conseils de classe du deuxième trimestre se concentrenr sur la question de l'orientation tandis que la découverte professionnelle en 3ème et les entretiens d'orientation en 3ème et en 1ère se généralisent! Pour lutter contre les abandons en premier cycle universitaire, le schéma national d'orientation propose aussi plus de réorientations, plus d'orientation sur les débouchés et les contenus des filières, tandis que les observatoires et le tutorat étudiant apparaissent dans toutes les universités! D'après l'OCDE, les élèves font peu appel au service public d'orientation, le choix d'orientation ayant lieu au sein de la famille.

     

    IV/ Qui s'occupe de l'insertion professionnelle?

     

    Le conseil en orientation professionnelle, transition entre le chômage et la formation ou l'emploi, est très éclaté en France. Seule l'AFPA, créée en 1966, (gérée par l'état et les syndicats, patronaux et salariés), dispose de personnels spécialisés. Ce conseil prend la forme de bilan de compétences, d'aide à la validation d'acquis ou à l'élaboration de projets, pour laquelle l'ANPE fait parfois appel à des prestataires externes et privés. D'autre part, concernant les publics spécifiques, les missions locales et autres PAIO prennent en charge les jeunes de 16 à 25 ans qui ont quitté le système scolaire tandis que les commissions départementales d'aide à l'insertion s'occupent des allocataires des minimas sociaux. En effet, depuis 2003, le RMI donne droit à un référent et à un contrat d'insertion dans les 3 mois, prévoyant des stages, l'accompagnement au retour à l'emploi ou l'accès à un contrat aidé. Le problème de la multiplicité des acteurs a fait l'objet de réponses avec la mise en place de la loi de cohésion sociale (2005) qui prévoit la création de « maisons de l'emploi » au niveau local, véritables guichets uniques de l'accompagnement vers l'emploi, doublés par des PLIE (plans locaux d'insertion à l'emploi) pour les publics les plus en difficulté.

     

    Concernant la réorganisation des services, la convention tripartite Etat/ANPE/ASSEDIC du 5 mai 2006 prévoit la mise en place pour chaque usager de Plan Personnalisé d'aide au Retour à l'Emploi facilités par le croisement des fichiers qui deviennent uniques et le rapprochement des 2 structures (pôle emploi). En Europe, la plupart des pays ont opté pour un système d'aides à 3 niveaux: une simple information, puis des entretiens courts, ou des vrais dispositifs d'insertion pour les personnes en difficulté. En Irlande, les conseillers en orientation professionnelle font l'objet d'une formation professionnelle alors qu'en Flandre, l'accent est mis sur l'autonomie de l'usager qui est accompagné vers l'auto-évaluation de ses compétences et l'élaboration de CV par un serveur informatique. Cette comparaison met le doigt sur le déficit de formation des acteurs de l'orientation professionnelle en France, plus portés sur des aspects administratifs de l'insertion que sur le « conseil ».

     

    V/ Formation et mobilité professionnelle

     

    La mobilité professionnelle fait de son côté appel à des prestataires spécialisés dans les bilans et les validations de compétences, comme la FONGECIF financée par l'aide obligatoire des entreprises à la formation professionnelle (accord interprofessionnel de 2003 sur la formation professionnelle établissant l'aide à 0,9% de la masse salariale). Les bilans de compétence sont délivrés par plus de 900 organismes dont le CIBC, rattaché au ministère du travail. 50 000 bilans de compétences ont été réalisés l'an dernier dont 70% pour des demandeurs d'emploi. La Validation des Acquis de l'Expérience (VAE) créée par la loi de modernisation sociale de janvier 2002 et coordonnée au niveau régional par les PRC, permet de faire valider des expériences par des diplômes ou des titres. Elle est payante, concerne dans 42% des cas des demandeurs d'emploi, et près de 37 000 dossiers ont été présentés en 2003, alors que le taux de réussite s'établissait à 45% en 2004.

     

    La formation professionnelle continue en France fait l'objet de deux critiques: elle favorise globalement les plus qualifiés et fait l'objet de droits rattachés aux entreprises et non aux personnes, ainsi le « droit individuel à la formation » créé en 2004 n'est pas transférable d'une entreprise à l'autre. L'un des objectifs de l'UE, à travers la stratégie de Lisbonne, est de favoriser l'apprentissage tout au long de la vie, le « longlife learning », pourtant les entreprises et les syndicats s'intéressent peu aux services d'orientation professionnelle. À l'étranger en revanche, les grandes entreprises néerlandaises se sont dôtées de centres de mobilité professionnelle tandis qu'au Royaume Uni les entreprises favorisant la formation professionnelle bénéficient d'un label « investors in people ». En Norvège, les étudiants font l'objet de « programmes de sensibilisation aux choix professionnels » tandis que les agences d'insertion professionnelle donnent gratuitement accès au téléphone aux salariés en reconversion professionnelle.

     

    VI/ Qui pilote l'insertion professionnelle en France?

     

    La formation professionnelle en France est depuis les lois de décentralisation une compétence de la Région tandis que les politiques d'emploi restent pilotés au niveau national, mais le partage des compétences est flou, par exemple au niveau des jeunes, les AFPA sont gérées au niveau régional alors que les ML-PAIO dépendent de l'Etat. Le rôle des régions est promu par l'UE qui défend un concept d'orientation active individualisée, pour mieux connaître les besoins des usagers, mieux coordonner les acteurs de ce secteur ou encore pour garantir de bonnes et égales conditions d'accès à ces services. La région par exemple peut avoir un rôle plus important dans la sollicitation des entreprises pour trouver des stagiaires, des formations en alternance, ou favoriser les pratiques coopératives en général. La collaboration avec les structures d'aide à l'insertion professionnelle peut se faire sur la base de contractualisations locales ou nationales. Le rapprochement des structures est une idée intéressante, testée dans certaines zones rurales où les agences locales pour l'emploi sont utilisées pour accueillir les services d'orientation des AFPA. La décentralisation pose toutefois un problème réel d'inégalités territoriales dans l'accès à ces services, constatés en Espagne ou en Pologne, par exemple. Ces inégalités et ces incohérences ont amené, en Italie, la création d'un comité national d'orientation où se rencontrent notamment les différentes collectivités locales ayant cette compétence.

     

    En conclusion, le système français d'orientation tout au long de la vie souffre de son cloisonnement et de son manque de coordination en fonction des acteurs, des publics ciblés. Les régions font preuve d'initiatives intéressantes dans le domaine de la formation professionnelle malgré le problème des frontières floues avec le domaine de l'emploi. Repenser l'action publique passe par plusieurs chantiers ou questions ouvertes: une instance publique nationale chargée d'impulser la politique d'orientation avec tous ses acteurs, la fusion des services dépendant du ministère de l'éducation, ou encore la question de la régionalisation des services publics d'orientation.