Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

prof - Page 3

  • Le marteau, l'enclume, les Romains et la cuisine souabe

    2116_AlauneTourdesuisse_content_img_33.jpgBon...ce titre fait un peu inventaire à la prévert, et malheureusement ni le marteau, ni l'enclume ne lisent ce blog. Mais, les 22 autres personnes qui partagent mon statut comprendront un peu mon sentiment de neurone irresponsable. Romains et cuisine souabe...Quel rapport avec la sauerkraut, me direz-vous! Celui d'être le sujet de mes deux prochains cours, en sixieme, et en section européenne...Et j'aime bien réfléchir un peu à mes sujets avant de les mettre en scène, en place, en oeuvre dans ces 50m² de classe de one man show quotidien.

    Rien n'est facile. Je ne parle pas d'un certain échelon territorial et organisationnel, ni d'une campagne dure à démarrer (http://psbeziers2.hautetfort.com/media/02/00/33768990.pdf). La caravane du MJS qui a arpenté les départements franciliens ce weekend a bien montré que le débat n'était pour ou contre l'Europe mais bien quel projet nous voulions pour l'Europe: un supermarché ou un espace de libertés ou de droits? ( http://mjs-idf.fr/2009/04/la-caravane-leurope-gauche-maintenant.html)

    Rien n'est facile...la leçon d'éducation civique s'est bien passée mais dans certaines classes, j'ai perdu un quart des élèves....Parce que notre éducation est républicainement élitiste (cherchez l'erreur) et parce que la pédagogie différenciée est une vaste blague, surtout dans mes cours. Mes cours de géographie sont fabuleusement désorganisés, la sixieme folle me fait la tête et la sixieme chiante fait grève. Heureusement, reste la sixieme sage pour qui le rhum est un héritage du monde romain...

    Les Romains, parlons-en! J'ai enfin démarré ce grand chapitre d'une grande civilisation qui me passionne, d'une cité qui a conquis le monde connu et développé une bureaucratie qui me laisse reveur...La Rome antique, j'en ai bavé à la fac et au CAPES pourtant! Mais je ne m'en lasse pas. Commencons donc par évoquer les héritages de cet empire, dans notre culture, notre paysage, le vocabulaire de notre vie quotidienne, dans la politique notamment. Ca fait deja une bonne intro. Ensuite on peut suivre un bon vieux plan chronologique avec la légende, la république (et l'invasion de l'Italie), puis l'empire (et la conquête du bassin méditerranéen). On peut passer rapidement sur le bas empire pour embrayer rapidement sur la Gaule romaine. Le problème c'est que mon bouquin est pourri. Ensuite, le but, c'est quand meme de varier un peu les plaisirs: arriver à raconter une histoire (spoutch le raton laveur ne suffira pas pour les sixieme sage), faire travailler les élèves sur les historiens antiques, de sympathiques cartes à colorier, et appréhender aussi une civilisation dans son système politique (schéma) et son organisation sociale (récit).

    Good luck, en bref! Et la cuisine souabe alors? Et bien mes charmants lycéens en ont ras la patate de mes lecons sur l'Europe économique, la directive Bolkestein et le budget de l'UE. Mes projets de suivi de campagne électorale ne leur ont pas trop plu on va donc s'intéresser aux particularismes régionaux, à travers leur histoire et leur gastronomie! deux cours passionnants en perspective! L'Europe, ses états et ses régions: je vais donc m'interesser à l'histoire de la Baviere, de la Prusse, de la Saxe au XIXème siècle (et donc commander la salle informatique), mais aussi au vocabulaire de la cuisine: la gastronomie des Länder en pratique, et en exposés! Et en dégustation avec des productions de spätzle, knödle et quelques patisseries bavaroises de type apfelstrudel pour renouer avec la pédagogie du chocolat!

  • Une heure de cours

    theatre-scene.gifUne heure de cours, comme ca, ca a pas l'air méchant. 55 minutes après tout. C'est quand même pas une mi-temps de D1! Une heure de cours, c'est, ma foi, faire passer l'heure, faire quelques exercices et écrire quelques lignes dans le cahier, rien de très crevant! s.... de fonctionnaires! Et pourtant, le soir, il fait bon s'allonger entre deux poufs (euh les chaises ikea quoi) sur le balcon de Vitry. Se laisser bercer par les bruits de la route, des pompiers au bus, laisser la fatigue s'évaporer par tous les pores, sentir son bras flageolant parce qu'il est resté toute la journée levé à écrire (très mal) le cours au tableau, avec le feutre, ou le vocabulaire de ma section euro, à la craie (c'est 3 fois plus fatiguant...). Sentir ses jambes engourdies quand on ne s'assoit jamais pendant le cours...vaguement appuyé sur une table pour surveiller un secteur stratégique ou contre le mur, pour observer la classe au travail...ou en action, quand il faut monter, redescendre encore et toujours les 3 étages de mon perchoir...

    Une heure de cours, c'est un monde en ébullition. C'est une salle de moins de 100 m² où vous êtes toujours seuls contre tous. C'est ma scène. C'est un rituel quotidien et immuable. Cette clé qui ne veut pas ouvrir la porte, ces élèves que je salue quand ils entrent, qui me répondent avec toutes les intonations possibles et inimaginables. Un tel me regarde à peine, un autre bouscule tout le monde pour passer, le dernier me sourit pendant qu'une autre m'apostrophe...Le cours s'installe, le premier rapport de force c'est justement cette rapidité d'installation. Un démarrage rapide, des élèves assis qui sortent leurs affaires calmement, est de bon augure. Au contraire, le bruit assourdissant d'élèves qui s'insultent de tous les côtés, gardent leurs manteaux et le sac sur la table, c'est le rapport de forces négatif qui s'installe, dès le début. Moment difficile du fait du bruit et du caractère décisif de l'entrée en matière, c'est le moment de séparer les élèves trop conviviaux...

    Commencer un cours, quand tous ces aspects matériels sont établis, c'est quoi? Une indication: dans certaines classes cette première phase dure de 5à 10mn. Ensuite, pour ces pauvres élèves qui changent 6 fois de classe par jour, il suffit de remettre les pendules à l'heure. Les enjeux, la lecon, les devoirs...dans le désordre des débuts de cours, je bacle souvent cette phase. Erreur irréparable, le cours mal engagé ne peut se poursuivre que dans la brouillonnerie la plus effrontée.

    Un cours se poursuit ensuite de mille et une manières, aucun ne se ressemble. Comme architecte, contremaitre, chef d'orchestre et metteur en scène, il faut impulser et s'imposer... Recentrer l'attention en essayant à la fois de poursuivre une explication d'introduction attrayante et de maintenir le calme necessaire. un exemple. "La guerre froide, c'est l'affrontement entre deux blocs - mehdi lâche ta regle - qui apres la seconde guerre - cyril tais-toi - apres la seconde guerre mondiale, sont en position de superpuissance - clément, qu'est ce que je viens de dire? " Ca c'est la mauvaise ambiance, assez fréquente...on peut y mettre un terme par une politique de terreur préventive: des mots durs, un silence absolu sous peine de torture éhontement perverse, etc. On a alors 2mn top chrono pour mener son intro avant que la marmite ne déborde.

    Au delà de ces petites phases explicatives qui sont, contrairement à la pensée commune, réduites au minimum au collège (dans mon cas en tout cas) on a la mise en activité. Une tâche d'observation, d'analyse, d'argumentation. Des consignes claires, et un regard percant qui oblige tous les élèves à se concentrer: déplacements stratégiques, coups d'oeil par dessus l'épaule, chuts répétés...c'est une phase très active pour l'enseignant (à part avec la sixieme sage). Et ensuite, le meilleur moment, la mise en commun: c'est le moment où l'on peut faire travailler tous les élèves en corrigeant les exercices: un tel pour présenter le document, un tel pour le lire, un tel pour lire la question, la réponse, et un autre pour la compléter...c'est le meilleur exercice du chef d'orchestre qu'est l'enseignant...

    Mais dans les faits..dans les faits on crie beaucoup, parfois en vain, dans les faits on punit, on change de places les gens (5 changements dans la sixieme chiante today!) dans les faits on met les élèves en faute ("quoi tu n'as pas entendu la question"), dans les faits, on cherche à la fois à créer un climat de travail, à poursuivre un projet de séquence et à faire participer tous les élèves, c'est épuisant! En vérité, c'est de la fatigue, de la colère, mais aussi beaucoup de rire, quand une troisième dit que "les Allemands, quand même, ils l'ont un peu cherché la guerre froide", quand vos fans vous houspillent ou quand une élève de première, entre deux exercices, vous raconte une blague de crocodiles...c'est le bonheur, quand un document fait réfléchir les élèves, quand une séance "marche" bien, quand vos élèves sourient et se moquent gentiment de vous parce que vous n'êtes pas nés avec un rétroprojecteur enchainé au poignet...C'est aussi ces élèves de sixieme qui trainent pour sortir, alors que le café ou le bus vous appellent, ces moqueries inter-élèves à réprimer sévèrement, ou encore la gestion-du-tableau-avec-un-oeil-dans-le-dos qui donne de méchants torticolis...

    Une heure de cours, ce moment intense, que nous avons tous connu côté chaise, avec ses petits mots, ses rêveries, ses drames de classe et ses moqueries, cette envie de participer -ou pas- contenue...mais côté estrade, c'est encore autre chose...que j'aime!

  • "c'est dur la reprise hein"

    c'est ce que m'a dit mon collègue quand je sortais de ma classe en rampant...

    Europe_map_1648.pngJ'ai mal partout. Pourtant je ne suis ni ouvrier sidérurgiste ni macon mais j'ai mal partout...bon c'est vrai que 3 RER, 3 metro, 2 bus, ca use! 20mn de marche, 12 étages d'escalier en cumulé, ca fatigue! Mais surtout, j'ai retrouvé les couloirs bruyants, le brouhaha de la classe, cette fatigue qui s'abat au deuxieme cours de l'apres-midi...Deuxieme jour de rentrée après des vacances merveilleuses, et déjà, je me demande comment je vais tenir. Heureusement que mes rythmes d'engagement ne m'accablent pas (mais alors pas du tout)!

    Aujourd'hui, mes élèves étaient au top du top. J'ai crisé à peu près une dizaine de fois, à 15h je devais me tenir aux murs pour descendre à la récré...mon premier rang de sixieme sage m'a trahi (dire humhum à chaque fois que je finis une phrase, en coeur, c'est ereintant), ma troisieme était gentiment brouillonne et bavarde, j'ai retrouvé des pistaches partout à la fin du cours, tandis que ma sixieme folle a grimpé au rideau dès les premières minutes avant que je mette en place une remédiation de type totalitaro-discrétionnaire qui a eu raison des plus intrépides. Le temps d'expliquer à quel point la démocratie athénienne était une anomalie de l'histoire et de mettre en exergue le caractère gentil et méchant des deux blocs de la guerre froide.

    J'organise dans deux semaines un weekend de formation sur l'Europe, il est peut-être temps de s'en préoccuper...Au cas où personne n'aurait compris je ne suis pas un européiste béat. Mon Europe à moi, passionné d'histoire moderne, c'est celle du traité de Westphalie (1648), dernier morceau de diplomatie écrit en latin qui faisait de la France la première puissance mondiale...Mon Europe à moi ne va pas forcément jusqu'à la Volga et l'Elbrouz...Mon Europe à moi n'est pas une fin (je sais la paix la prospérité les pères fondateurs etc....), c'est un moyen, un moyen sur lequel, à l'orée de ce XXIème siècle inquiétant, je crois beaucoup, j'espere beaucoup pour être le fer de lance d'un monde multipolaire et d'un autre modèle de développement, économique, social, humain pour résumer. Je compte beaucoup sur l'Europe, et je compte beaucoup sur la gauche pour la transformer.

    Un monde multipolaire? Les pays émergents auront bientôt leur mot à dire sur la marche du monde, du maintien de la paix aux règles du commerce international. La Chine commence à peine à profiter du libre-échange, et on n'a rien vu encore. L'Afrique du sud, le Brésil, l'Inde apparaissent récemment dans un nouveau rôle de géant régional, arbitre des conflits...Bientôt, une assemblée de ces géants régionaux prendra de l'ampleur. L'Union Africaine fera sa déclaration Monroe, l'Inde deviendra un acteur incontournable du moyen-orient, et que deviendra l'Union Européenne? Ce qu'elle sera devenue, ce que les citoyens voudront bien en faire, simple confédération aux contours indéfinis et aux compétences floues, ou une fédération qui voudrait faire entendre sa voix dans les relations internationales, et ferait le choix difficile mais décisif d'un approfondissement institutionnel? Je ne me prononce pas sur ce débat...

    Un autre modèle de développement? Le capitalisme est fou, les inégalités se creusent dans le monde, entre les nords et les suds, mais aussi, au sud, entre les différentes strates de la société...Les ressources minérales, naturelles, sont pillées de manière inconsidérée, les échanges sont inégaux et les accords bilatéraux, menés notamment par les EU en Amérique du sud, sur le plan économique, sont détestables. Les organisations mondiales ont une puissance très limitée et les multinationales sont aussi puissantes que des états. Il est temps d'agir, il est temps de construire un autre monde, il est temps pour l'UE d'organiser le monde et la société. Comment? En redéfinissant le rôle de la puissance publique qui n'est pas ce "problème" décrié par Reagan mais bien la solution. Comment? En mettant l'économie au service de la société et de l'intérêt général et non le contraire, notamment en ce qui concerne les normes environnementales. Comment? En redéfinissant non seulement les droits de l'homme, notamment sociaux, et les libertés individuelles, et en les faisant respecter. Cet autre modèle de développement n'est pas assez précis, mais quand il le sera, l'alternative qui le conduira, le portera, pourra représenter et réaliser un autre projet pour l'Europe et le monde.

     

  • Eduquer: la société est-elle prête?

    L'école est un monde mythique. Parce que tout le monde connait des histoires de sarbacane, de cartouches d'encre, de surveillants débonnaires ou de professeurs étiquettés, parce que l'immense majorité de la population passe sur des bancs usés, s'est acharnée sur des dictées alambiquées et autres exercices géométriques biscornus, l'Ecole est un bien commun, un sujet politique majeur qui provoque des clivages transpartisans et passionnés. L'école et l'éducation en général est un service public qui produit de l'espoir, du rêve, mais aussi beaucoup de désespoir, de tristesse et de frustration, et à ce titre-là, un enjeu majeur pour la gauche, dans le monde entier.

    Finis les tableaux noirs, les maîtres sévères portant des habits sombres, finis les affluents appris par coeur et les images d'Epinal, l'école du XXIème siècle a beaucoup changé. Elle accueille tous les enfants, mais ne les fait pas tous réussir. Elle prépare à toutes les filières et à tous les diplômes, mais la probabilité d'intégrer telle ou telle école et telle ou telle filière relève d'un jeu où les dés sont pipés par un phénomène incontournable: la reproduction sociale.

    Un enseignant passe ses journées, sa vie, à lutter contre la reproduction sociale. De la maternelle à l'université. Parce que rester assis et écouter n'est pas inné. Parce qu'être poli s'apprend. Parce qu'écrire et lire est plus ou moins aisé, lié à des habitudes culturelles et à des environnements sociaux et familiaux, au nombre et à la nature des livres de la bibliotheque familiale pour faire court. La réussite éducative est le recoupement de multiples facteurs. Une écriture illisible c'est encore en 2009 une scolarité difficile voire une vie brisée? Etre timide, c'est encore en 2009 une sociabilisation difficile dans des cours dialogués qui se révèlent une torture quotidienne ou même des exposés terrifiants pour des enfants non-préparés. L'éducation française reste une éducation classique et humaniste de culture écrite valorisant la transmission de connaissances et de savoirs.

    Ce qu'elle devrait être? Une éducation citoyenne ET technique de culture ECRITE et ORALE valorisant l'acquisition de connaissances ET de compétences. Mais même à gauche, le consensus n'existe pas sur une telle alternative, et un autre clivage entre conservateurs et progressistes traverse tous les partis et toutes les tendances.

    Si éduquer consistait à lire de manière convaincante des manuels scolaires ou à barbouiller de rouge des copies de charmants bambins, cela se saurait. Si faire cours consister à raconter de charmantes histoires ou corriger des exercices, cela se saurait. Or, éduquer relève de l'apprentissage de savoir-faires, et de savoir-êtres implicites qui relèvent d'une adaptation des enfants à une civilisation (Non?)...le problème c'est que cette éducation est confrontée à des jeunes qui construisent leur identité, et ma foi, souvent en opposition avec un cadre educatif assez rigide. S'asseoir, se lever, se ranger, lever la main, répondre, ranger ses affaires, le petit collègien va exécuter une bonne dizaine d'ordres indiqués d'une manière qui va de la gentille injonction au commandement hurlé façon sergent-instructeur...La révolte est inévitable, et la révolte quotidienne conduit à l'échec d'élèves étiquettés comme perturbateurs.

    Eduquer, comme capacité à expliquer, faire comprendre, faire progresser...comme maitrise des processus d'apprentissages qui évidemment ne sont pas pris en compte dans la formation des enseignants. Rien n'est prévu pour passer d'un cours classique s'adressant collectivement à des élèves supposés issus du même niveau et de la même origine...à une pédagogie différenciée s'adressant à des élèves différents qui n'avancent pas au même rythme et éprouvent des difficultés différentes (expression écrite, orale, compréhension des consignes, précision et construction des réponses...). C'est bien gentil à dire tout cela, mais à mettre en oeuvre...faire travailler des élèves par groupe sur des exercices différents relevant de compétences transversales reviendrait à doubler le temps de travail et de concertation des professeurs qui deviendraient de véritables « techniciens pédagogiques » et non plus de simples spécialistes d'une discipline universitaire et enseignée. La société est-elle prête?