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Bloc-notes éducatif - Page 9

  • Mes élèves adorent les notes

    quelle_note2-48708.jpgImaginez alors la déception de mes petits sixièmes quand j'ai décidé de les abandonner ce trimestre. En effet, dans mon collège on expérimente cette année dans certaines matières la classe sans notes. Cela fait des années que j'ai envie d'évaluer autrement, pas comme une fin en soi mais bien comme un moyen de mieux accompagner les élèves alors que je suis si démuni (et si inefficace !) face à l'échec scolaire. Le dernier jour avant les vacances, on en a un peu discuté en classe. Mais pas longtemps, et c'est dommage. Ce sont surtout les meilleurs élèves qui étaient véhéments.

    • « Mais Monsieur après on sait pas si on la moyenne ! » Et alors, elle sert à quoi la moyenne ? Peut-être que je suis satisfait quand un élève a 10,01 ? Que la copie ne vaut même pas le poids du papier quand il a 9,5 ? La compensation de différentes notes en moyenne générale comme seul critère jugé en conseil de classe, déterminant pour l'orientation, est discutable.

    - « Mais Monsieur ca nous fait baisser la moyenne, surtout qu'avec vous on avait des bonnes notes ! » Alors premièrement le problème d'une expérimentation c'est qu'elle déstabilise un peu les élèves avec des notes là, des items validés ici, et qu'elle n'est pas forcément accompagnée d'un projet global, d'une dynamique d'équipe. C'est une question de pilotage d'établissement : avec de vrais projets menés et décidés par des conseils pédagogiques, la classe sans notes aurait plus d'impact.

    Le deuxième problème, c'est que si mes élèves avaient des bonnes notes précédemment c'est que j'en ai marre de la constance macabre, que condamner dès la sixième des élèves à des notes à un chiffre me tracasse, que je ne supporte plus cette note sur 20 qui ne veut rien dire, qui n'est pas utile à la progression des élèves, et qui fluctue étrangement selon que je suis fatigué ou selon qu'un élève est en tête ou en queue du fatras de copies qui s'empile sur ma table.

    • « Mais Monsieur nos parents ils comprennent pas ! » Ah ça je l'entends, le logiciel qu'on utilise, « sacoche », n'est pas parfait, ni pour le conseil de classe (on ne sait pas quand l'item a été acquis), ni pour les parents (mais qu'est ce que mon enfant doit précisément savoir faire en sixième?) en revanche pour nous l'évaluation par compétences est fabuleuse : si untel a deux ronds verts en argumentation mais deux ronds rouges en critique de document, je sais ce que chacun va faire au prochain contrôle ! Enfin j'avance un peu vers la pédagogie différenciée, vers la remédiation des difficultés, élève par élève !

    • « Et vous Monsieur vous en pensez quoi ? » Là je triche, mes gentils sixièmes ne se permettraient pas de me poser ce genre de questions...La classe sans notes fait que je prends presque du plaisir à corriger des copies là où chaque année je traînais de plus en plus les pieds, ayant l'impression que cela ne servait à rien...j'ai l'impression de mieux connaître mes élèves, j'ai l'espoir de les aider, j'ai envie de leur faire tout valider petit à petit, à leur rythme, vu que je peux construire mes cours avec des progressions de compétences, là où j'avais du mal à être cohérent, pour évaluer plutôt l'étude de documents sur cette sequence, et plutôt le développement argumenté sur celle-ci.

    En bref cette question de l'évaluation qui fait tant débat depuis la rentrée, depuis que Benoit Hamon a proposé une conférence sur ce sujet, et qui fait l'objet de tant de simplifications médiatiques (on ne veut pas supprimer l'évaluation mais la note sur 20!) ne peut être séparée d'une problématique globale, la refondation nécéssaire d'un système français désuet où on fait classe aujourd'hui comme on l'a fait pendant des siècles (la note sur 20 a été inventée par les Jésuites pour faire des classements dans des salles à 100 élèves!). Pour la classe sans notes comme pour toutes les autres manières de changer l'enseignement, l'orientation, l'éducation, elle ne peut reposer sur des bonnes volontés : il faut un accompagnement institutionnel, il faut des ressources, il faut des formations. Mais chers collègues, allez-y, c'est motivant, ca marche et cela redonne du sens au métier.

     

  • Eloge de la modernité

    Emmanuel-Macron-François-Hollande-BF-370x246.jpgLa date du prochain congrès du parti socialiste est connue depuis peu : début juin, nous pourrons, enfin, discuter de ce que pense, veut, propose et fait le PS, parti de la majorité parlementaire. Tant mieux, parce qu'on est beaucoup à avoir plein de choses à dire au sujet de ce que fait le gouvernement depuis mai 2012. Mais cet article doit parler de « modernité ». Au PS, la modernité est à la mode des années 80, l'époque des chemises à carreaux aux couleurs discutables, des musiques de Roch Voisine et de Vanessa Paradis, et du tournant de la rigueur.

    La modernité chez les socialistes se prône souvent au pouvoir. Il s'agit alors d'être « réaliste », « pragmatique » et de « sortir des postures idéologiques ». Il s'agit souvent aussi d'aller à l'encontre des programmes électoraux, ce qui peut, sans étonnement, avoir des incidences sur l'abstention et le vote d'extrême droite. Les « modernes », au PS, ont égaré leur dictionnaire de sciences politiques : ils se disent socio-démocrates, ce qui correspond au concept nordique de forts prélevements sociaux et de services publics puissants, alors qu'ils sont en réalité socio-libéraux, c'est à dire acquis à la libéralisation des forces du marché qu'ils veulent colorer d'un vernis social protecteur.

    Le « moderne », au PS, est investi sur les questions sociétales. Et soudain aphone quand il s'agit de s'exprimer sur les questions sociales (l'Etat ne peut pas tout, toussa toussa). C'est le modèle Zapatero. Le moderne a tendance à pantoufler dans le privé quand il est viré du pouvoir, juste rémunération de services rendus, c'est le modèle Schroeder qui a trouvé du réconfort dans les bras du consortium énergétique russe Gasprom.

    C'est le moment de vous faire une confidence, en fait, les modernes sont des anciens, puisque le social-libéralisme a perdu le pouvoir en Espagne, en Allemagne, en Angleterre, laissant derrière lui des bas salaires, des bulles immobilières et des services publics décrépis. Mais alors qui sont les vrais « modernes » ? Et bien, ceux qui proposent un nouveau modèle économique qui va au-delà d'une croissance inaccessible, basé sur la transition écologique et énergétique...Ceux qui font la distinction entre la « bonne » économie des réseaux courts et des coopératives, par exemple, et la « mauvaise » économie financiarisée qui ne produit aucun bien, aucun progrès (un peu comme le bon chasseur et le mauvais chasseur). Ceux qui ont déjà vu le schéma des récessions, en sciences éco, quand la rigueur publique jugule la consommation privée et enraye toute l'économie...Vous avez deviné, on les appelle « frondeurs » à l'assemblée.

    Le plus embêtant dans tout cela c'est que ce débat des anciens et des modernes n'est pas qu'un enjeu interne du parti socialiste. Des forces de gauche sont pourtant capables de s'unir pour porter un nouveau discours alternatif à la doxa « réaliste » des modernes des années 80. Mais si la puissance publique refuse d'agir, si l'alternance ne produit plus d'alternative, alors ca sert à quoi de voter ? Quand les affaires se succèdent, quand la gauche et la droite ont le même discours économique une fois arrivés au pouvoir...C'est la porte ouverte à des forces qui, c'est certain, ne sont pas des « modernes ».

     

  • 3 ministres, 3 projets, 3 problèmes

    89EtluYx.jpegAprès 6 ans passés à enseigner sous des ministres de droite, j'avais rêvé d'une politique éducative de gauche. En fait, la technostructure maintient le cap, et quel que soit le ministre, le mammouth avance, mais assez lentement. Je suis prof depuis 8 ans. Qu'est-ce qui a changé ? Un cahier de textes en ligne. Passer du rétroprojecteur au video-projecteur. Bazarder tous mes transparents et vieux manuels et passer mon temps sur youtube pour préparer mes cours. A part ca...j'aurais du mal à le dire. A part une réflexion plus poussée sur les compétences, mes projets interdisciplinaires, comme prof remplacant qui bouge beaucoup, sont très légers, mes innovations pédagogiques ressemblent plus à des expériences bricolées, qui parfois marchent.

    Mais ces 8 années d'expérience m'ont permis d'identifier quelques problèmes du système éducatif. Les heures que je passe à corriger des copies ne servent à rien car je ne remédie en rien aux difficultés de mes élèves d'où mon intérêt pour le socle commun et le remplacement de la note chiffrée. Tous ces cours déconnectés d'heure en heure ne font pas sens pour ces pré-adolescents qui ont d'autres préoccupations. Enfin, j'ai besoin de plus de temps avec mes collègues, de plus de formation continue, de vrais conseillers pédagogiques, pour arrêter de faire des cours qui se résument inlassablement à des exercices corrigés qui atterrissent pile poil sur ma trace écrite au tableau.

    Vincent Peillon s'est concentré sur l'école primaire, et le programme plus de maîtres que de classes, la réforme des rythmes, la scolarisation dès 3 ans, ca prenait du temps, sans conteste. Et pour le collège, les conseils de cycle sont devenus une réalité pour le lien CM2/6ème. Du passage éclair de Benoit Hamon on retiendra le lancement d'un débat sur la note et la priorité donnée à la lutte contre les inégalités sociales. Et de Najat Belkacem, on murmure (notamment sur le café pédagogique) qu'elle amorcerait une réforme du collège. D’après son discours en commission des finances/éducation de l'assemblée fin octobre, on avancerait sur plus de temps pour la transdisciplinarité, pour les équipes éducatives, et sur des moyens répartis entre établissements et académies sur de nouveaux critères faisant plus de place aux inégalités scolaires.

    Ça me va très bien. Parler de temps pour les équipes pédagogiques c'est mettre le petit doigt dans la question du métier, du temps de service, de la concertation entre enseignants pour faire un vrai diagnostic sur les élèves, voire se lancer dans une pédagogie différenciée avec des groupes de besoin et une géopolitique de la classe qui changerait complètement. Donner plus de temps à l'interdisciplinarité, si les acteurs innovants du système éducatif s'en emparent, ça pourrait être le début d'une révolution. Si le conseil pédagogique des établissements met en place une progression commune par niveau, associant toutes les disciplines et créant des ponts thématiques entre elles, on pourrait donner plus de sens au savoir scolaire. Et pour l'ambiance de la classe, pour la réussite des élèves, plus de sens, c'est important...

    Alors j'espère que ma ministre saura (je l'ai souhaité à maintes reprises) bousculer les conservatismes, les immobilismes, les corporatismes. Sinon chacun innovera dans son coin, on continuera à gâcher et à dégoûter de l'école, voire de la république, 10 à 30% d'une génération, et on s'étonnera des résultats...

  • Cantonales, géographie et ménardises

    La-France-peripherique.jpgCes élections cantonales de mars prochain ne sont pas une simple élection intermédiaire : c'est la dernière élection locale, sur une circonscription biterroise, avant les législatives de 2017. Plus que cela, dans cette « France périphérique » et marginalisée des villes moyennes et des banlieues résidentielles tant prisée par l'extrême-droite, que le géographe Christophe Guilluy décrit dans son dernier ouvrage, on attend la gauche au tournant. Et l'enjeu pour nous est d'être à la hauteur de cette attente, dans une ville prise d'assaut par une extrême droite aux nouveaux contours, réactionnaire et populiste. Qui sait, le candidat de la gauche pourrait affronter Robert Menard, soutenu par le FN en mars dernier.

    Parlons d'un territoire en particulier, le troisième canton de l'Herault, Béziers 2, qui couvre Lignan sur Orb, Corneilhan et le centre-ville de Béziers, du canal du midi à la route de Bédarieux, des arènes au Gasquinoy. Dans une des villes les plus pauvres de France, dans les quartiers les plus pauvres de Béziers, tels que Saint – Jacques et le Capnau, quartier où j'habite, quand 40% de la population ne survit qu'avec le RSA, quand un tiers des familles sont monoparentales, pour que la promesse républicaine ne soit pas un mot creux, la gauche doit avoir un projet social concret et ambitieux.

    Quand le décrochage scolaire amène 5% de scolarisation en moins chez les 15/17 ans, quand le parc de logements date pour les 2/3 d'avant 1975 (contre la moitié à l'échelle départementale), quand le taux de couverture en hébergement de personnes âgées est de 20 points inférieur à la moyenne départementale, quand 7% des domiciles ne sont pas pourvus de chauffage, l'élection des conseillers départementaux, qui vont débattre de la précarité énergétique, de la petite enfance, de l'autonomie des personnes âgées et de l'aide sociale prend tout son sens.

    Le but ne sera pas de tout résumer à une campagne contre un maire qui commence son mandat, ni de tout miser sur un bilan, certes bon, avec une collectivité départementale, à majorité socialiste, qui a bien protégé les Biterrois, alors que la mairie est à droite depuis 1995. Oh non, l'enjeu est bien plus vaste, il s'agit de réconcilier la gauche et les catégories populaires, avec les classes moyennes aussi, de parler politique autrement, de faire de la politique autrement, de montrer un nouveau visage de la gauche.

    Alors qu'à l'échelle nationale la gauche n'est ambitieuse que pour des sujets sociétaux qui ne semblent pas prioritaires pour les plus faibles, alors qu'elle semble trahir les promesses de la campagne de 2012, à l'échelle locale, il faudra parler concret. Du poids des cartables scolaires à l'heure des manuels numériques, de l'isolation thermique, de la solitude des familles monoparentales et des aidants aux personnes agées ou peu autonomes, par exemple. Ce sera aussi l'occasion de dénoncer l'hypocrisie de la droite d'Aboud et de l'extrême droite de Menard qui semblent tant s'apprécier depuis les élections sénatoriales...

    Face à une extrême droite adepte des coups de com' et des mesures spectaculaires qui ne coûtent rien (brigade canine, arrêté anti-crachats) ou de celles qui coûtent plus (jumelage sulfureux en Syrie, baisse d'impôts pour les propriétaires), il faudra aussi avoir un discours clair sur la République, sur le vivre-ensemble, dans une ville où la droite a surfé sur le communautarisme, et laissé des ghettos se développer en plein centre-ville. C'est un beau défi pour une nouvelle gauche, populaire, détachée des gueguerres d'antan...qui peut l'emporter, unie et déterminée.