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Le Militant

  • Les électeurs FN, les plus motivés?

    Qui-sont-les-electeurs-du-FN.jpgAprès le premier tour des élections régionales, l’institut de sondages Harris interactive à sorti 3 enquêtes passionnantes pour comprendre le résultat des dernières échéances électorales : la première, réalisée pour ‘20 minutes’ et très commentée, concernait le vote des 18/30ans. La seconde réalisée pour M6 concernait les réactions à chaud des électeurs après les résultats du premier tour. Enfin une troisième étude, classique, s’intéresse toujours pour M6 aux motivations des électeurs. J’en ressors quelques éléments surprenants sur l’impact de l’actualité , des médias, et plus largement, de la situation de la gauche.


    - Le vote de gauche est fort dans notre pays, mais cette force est fragile : au premier tour les listes de gauche recueillent 37% (Ext et divers gauche comprise) contre moins de 32% pour la droite et plus de 28% pour le Front National. Mais les motivations de ces votes de gauche sont très différents : pour les électeurs du front de gauche la première forme de motivation est un vote d’adhesion. Pour les électeurs EELV il s’agirait d’un vote par défaut (la moins éloignée de ses opinions). Enfin, pour les électeurs PS/PRG il s’agirait d’un vote utile (pas convaincu mais volonté d’accéder au second tour). Pour les électeurs frontistes le vote d’adhésion prend de plus en plus le pas sur le vote de protestation (37% contre 29%).

    - La première motivation des électeurs FN ? la volonté de changement pour 48% de ses électeurs, notamment les plus jeunes, contre 33% qui manifestent leur mécontentement contre les partis de gauche et de droite ; Une motivation puissante qui amène 93% des électeurs FN des présidentielles à choisir le même parti pour les régionales quand les républicains ne rassemblent que 68% des électeurs sarkozistes et le PS que 66% des électeurs de François Hollande aux présidentielles de 2012. Face à cette motivation puissante, les électeurs de gauche sont allés voter car c’est un devoir civique et que c’est important pour la démocratie. Quel enthousiasme.

    - L’Actualité a-t-elle un impact sur le vote ? tout d’abord les français n’ont voté en premier ni pour des projets concrets (75% des réponses tout de même) ni pour la personnalité des candidats (59%) mais bien pour une étiquette politique (80%). Ce qui est important, la politique n’est pas si personnifiée que cela. En revanche 29% des électeurs FN ont fait le choix d’aller voter du fait des attentats terroristes et 29% des électeurs PS/PRG ont pris la décision d’aller voter du fait du danger de voir le FN prendre la tête d’une région.

    - Paradoxe concernant les électeurs inscrits (abstentionnistes et électeurs), ils sont 37% à souhaiter la victoire de la gauche mais seulement 28% à anticiper une victoire aux régionales : la gauche est défaitiste ! Concernant les abstentionnistes, ils donnent comme raison de leur comportement électoral à 39% la defiance par rapport aux responsables politiques, à 26% le manque d’intêret pour ces échéances et à 24% l’impression que ce vote ne va pas changer leur vie. Si le 2eme et le 3ème résultat semblent mériter des argumentaires sur des réalisations politiques concrètes, la dernière est aussi à mettre en lien avec une motivation plus fréquente chez les électeurs FN que chez les autres : voter en fonction de sa situation personnelle actuelle comme 78% des électeurs FN contre 65% pour le reste de la population.

    Ces sondages mériteraient des analyses complexes tout comme d’autres qui précisent les sujets de prédilection des électeurs (emploi, immigration et sécurité pour ces élections alors qu’il ne s’agit pas de compétences régionales) ou leur situation sociale (39% des CSP- ont voté FN) ou le vote suivant l’âge (les quinquas PS contre les sextas « républicains). Pour l’essentiel, ce vote montre que la gauche et plus précisément le parti socialiste ont un problème pour mobiliser leur électorat, surtout par rapport à leur score aux présidentielles. Aujourd’hui, seuls le danger du FN et le rappel au civisme ont permis aux électeurs socialistes de se motiver pour se lever un dimanche matin.

    Compter uniquement sur ces facteurs de déclenchement du vote pour les présidentielles 2017 serait suicidaire pour le premier parti de la gauche qui a pu limiter la casse, avec 5 régions conservées, pour cette échéance. Cette situation pose aussi le rôle des médias pour créer un contexte de vote : l’omniprésence des attentats, les matinales faisant la part belle aux cadres du front national et les interviews uniquement consacrés à la pertinence du front républicain ont manifestement influencé les électeurs dans leur choix.

  • Eloge de la modernité

    Emmanuel-Macron-François-Hollande-BF-370x246.jpgLa date du prochain congrès du parti socialiste est connue depuis peu : début juin, nous pourrons, enfin, discuter de ce que pense, veut, propose et fait le PS, parti de la majorité parlementaire. Tant mieux, parce qu'on est beaucoup à avoir plein de choses à dire au sujet de ce que fait le gouvernement depuis mai 2012. Mais cet article doit parler de « modernité ». Au PS, la modernité est à la mode des années 80, l'époque des chemises à carreaux aux couleurs discutables, des musiques de Roch Voisine et de Vanessa Paradis, et du tournant de la rigueur.

    La modernité chez les socialistes se prône souvent au pouvoir. Il s'agit alors d'être « réaliste », « pragmatique » et de « sortir des postures idéologiques ». Il s'agit souvent aussi d'aller à l'encontre des programmes électoraux, ce qui peut, sans étonnement, avoir des incidences sur l'abstention et le vote d'extrême droite. Les « modernes », au PS, ont égaré leur dictionnaire de sciences politiques : ils se disent socio-démocrates, ce qui correspond au concept nordique de forts prélevements sociaux et de services publics puissants, alors qu'ils sont en réalité socio-libéraux, c'est à dire acquis à la libéralisation des forces du marché qu'ils veulent colorer d'un vernis social protecteur.

    Le « moderne », au PS, est investi sur les questions sociétales. Et soudain aphone quand il s'agit de s'exprimer sur les questions sociales (l'Etat ne peut pas tout, toussa toussa). C'est le modèle Zapatero. Le moderne a tendance à pantoufler dans le privé quand il est viré du pouvoir, juste rémunération de services rendus, c'est le modèle Schroeder qui a trouvé du réconfort dans les bras du consortium énergétique russe Gasprom.

    C'est le moment de vous faire une confidence, en fait, les modernes sont des anciens, puisque le social-libéralisme a perdu le pouvoir en Espagne, en Allemagne, en Angleterre, laissant derrière lui des bas salaires, des bulles immobilières et des services publics décrépis. Mais alors qui sont les vrais « modernes » ? Et bien, ceux qui proposent un nouveau modèle économique qui va au-delà d'une croissance inaccessible, basé sur la transition écologique et énergétique...Ceux qui font la distinction entre la « bonne » économie des réseaux courts et des coopératives, par exemple, et la « mauvaise » économie financiarisée qui ne produit aucun bien, aucun progrès (un peu comme le bon chasseur et le mauvais chasseur). Ceux qui ont déjà vu le schéma des récessions, en sciences éco, quand la rigueur publique jugule la consommation privée et enraye toute l'économie...Vous avez deviné, on les appelle « frondeurs » à l'assemblée.

    Le plus embêtant dans tout cela c'est que ce débat des anciens et des modernes n'est pas qu'un enjeu interne du parti socialiste. Des forces de gauche sont pourtant capables de s'unir pour porter un nouveau discours alternatif à la doxa « réaliste » des modernes des années 80. Mais si la puissance publique refuse d'agir, si l'alternance ne produit plus d'alternative, alors ca sert à quoi de voter ? Quand les affaires se succèdent, quand la gauche et la droite ont le même discours économique une fois arrivés au pouvoir...C'est la porte ouverte à des forces qui, c'est certain, ne sont pas des « modernes ».

     

  • 3 ministres, 3 projets, 3 problèmes

    89EtluYx.jpegAprès 6 ans passés à enseigner sous des ministres de droite, j'avais rêvé d'une politique éducative de gauche. En fait, la technostructure maintient le cap, et quel que soit le ministre, le mammouth avance, mais assez lentement. Je suis prof depuis 8 ans. Qu'est-ce qui a changé ? Un cahier de textes en ligne. Passer du rétroprojecteur au video-projecteur. Bazarder tous mes transparents et vieux manuels et passer mon temps sur youtube pour préparer mes cours. A part ca...j'aurais du mal à le dire. A part une réflexion plus poussée sur les compétences, mes projets interdisciplinaires, comme prof remplacant qui bouge beaucoup, sont très légers, mes innovations pédagogiques ressemblent plus à des expériences bricolées, qui parfois marchent.

    Mais ces 8 années d'expérience m'ont permis d'identifier quelques problèmes du système éducatif. Les heures que je passe à corriger des copies ne servent à rien car je ne remédie en rien aux difficultés de mes élèves d'où mon intérêt pour le socle commun et le remplacement de la note chiffrée. Tous ces cours déconnectés d'heure en heure ne font pas sens pour ces pré-adolescents qui ont d'autres préoccupations. Enfin, j'ai besoin de plus de temps avec mes collègues, de plus de formation continue, de vrais conseillers pédagogiques, pour arrêter de faire des cours qui se résument inlassablement à des exercices corrigés qui atterrissent pile poil sur ma trace écrite au tableau.

    Vincent Peillon s'est concentré sur l'école primaire, et le programme plus de maîtres que de classes, la réforme des rythmes, la scolarisation dès 3 ans, ca prenait du temps, sans conteste. Et pour le collège, les conseils de cycle sont devenus une réalité pour le lien CM2/6ème. Du passage éclair de Benoit Hamon on retiendra le lancement d'un débat sur la note et la priorité donnée à la lutte contre les inégalités sociales. Et de Najat Belkacem, on murmure (notamment sur le café pédagogique) qu'elle amorcerait une réforme du collège. D’après son discours en commission des finances/éducation de l'assemblée fin octobre, on avancerait sur plus de temps pour la transdisciplinarité, pour les équipes éducatives, et sur des moyens répartis entre établissements et académies sur de nouveaux critères faisant plus de place aux inégalités scolaires.

    Ça me va très bien. Parler de temps pour les équipes pédagogiques c'est mettre le petit doigt dans la question du métier, du temps de service, de la concertation entre enseignants pour faire un vrai diagnostic sur les élèves, voire se lancer dans une pédagogie différenciée avec des groupes de besoin et une géopolitique de la classe qui changerait complètement. Donner plus de temps à l'interdisciplinarité, si les acteurs innovants du système éducatif s'en emparent, ça pourrait être le début d'une révolution. Si le conseil pédagogique des établissements met en place une progression commune par niveau, associant toutes les disciplines et créant des ponts thématiques entre elles, on pourrait donner plus de sens au savoir scolaire. Et pour l'ambiance de la classe, pour la réussite des élèves, plus de sens, c'est important...

    Alors j'espère que ma ministre saura (je l'ai souhaité à maintes reprises) bousculer les conservatismes, les immobilismes, les corporatismes. Sinon chacun innovera dans son coin, on continuera à gâcher et à dégoûter de l'école, voire de la république, 10 à 30% d'une génération, et on s'étonnera des résultats...

  • Cantonales, géographie et ménardises

    La-France-peripherique.jpgCes élections cantonales de mars prochain ne sont pas une simple élection intermédiaire : c'est la dernière élection locale, sur une circonscription biterroise, avant les législatives de 2017. Plus que cela, dans cette « France périphérique » et marginalisée des villes moyennes et des banlieues résidentielles tant prisée par l'extrême-droite, que le géographe Christophe Guilluy décrit dans son dernier ouvrage, on attend la gauche au tournant. Et l'enjeu pour nous est d'être à la hauteur de cette attente, dans une ville prise d'assaut par une extrême droite aux nouveaux contours, réactionnaire et populiste. Qui sait, le candidat de la gauche pourrait affronter Robert Menard, soutenu par le FN en mars dernier.

    Parlons d'un territoire en particulier, le troisième canton de l'Herault, Béziers 2, qui couvre Lignan sur Orb, Corneilhan et le centre-ville de Béziers, du canal du midi à la route de Bédarieux, des arènes au Gasquinoy. Dans une des villes les plus pauvres de France, dans les quartiers les plus pauvres de Béziers, tels que Saint – Jacques et le Capnau, quartier où j'habite, quand 40% de la population ne survit qu'avec le RSA, quand un tiers des familles sont monoparentales, pour que la promesse républicaine ne soit pas un mot creux, la gauche doit avoir un projet social concret et ambitieux.

    Quand le décrochage scolaire amène 5% de scolarisation en moins chez les 15/17 ans, quand le parc de logements date pour les 2/3 d'avant 1975 (contre la moitié à l'échelle départementale), quand le taux de couverture en hébergement de personnes âgées est de 20 points inférieur à la moyenne départementale, quand 7% des domiciles ne sont pas pourvus de chauffage, l'élection des conseillers départementaux, qui vont débattre de la précarité énergétique, de la petite enfance, de l'autonomie des personnes âgées et de l'aide sociale prend tout son sens.

    Le but ne sera pas de tout résumer à une campagne contre un maire qui commence son mandat, ni de tout miser sur un bilan, certes bon, avec une collectivité départementale, à majorité socialiste, qui a bien protégé les Biterrois, alors que la mairie est à droite depuis 1995. Oh non, l'enjeu est bien plus vaste, il s'agit de réconcilier la gauche et les catégories populaires, avec les classes moyennes aussi, de parler politique autrement, de faire de la politique autrement, de montrer un nouveau visage de la gauche.

    Alors qu'à l'échelle nationale la gauche n'est ambitieuse que pour des sujets sociétaux qui ne semblent pas prioritaires pour les plus faibles, alors qu'elle semble trahir les promesses de la campagne de 2012, à l'échelle locale, il faudra parler concret. Du poids des cartables scolaires à l'heure des manuels numériques, de l'isolation thermique, de la solitude des familles monoparentales et des aidants aux personnes agées ou peu autonomes, par exemple. Ce sera aussi l'occasion de dénoncer l'hypocrisie de la droite d'Aboud et de l'extrême droite de Menard qui semblent tant s'apprécier depuis les élections sénatoriales...

    Face à une extrême droite adepte des coups de com' et des mesures spectaculaires qui ne coûtent rien (brigade canine, arrêté anti-crachats) ou de celles qui coûtent plus (jumelage sulfureux en Syrie, baisse d'impôts pour les propriétaires), il faudra aussi avoir un discours clair sur la République, sur le vivre-ensemble, dans une ville où la droite a surfé sur le communautarisme, et laissé des ghettos se développer en plein centre-ville. C'est un beau défi pour une nouvelle gauche, populaire, détachée des gueguerres d'antan...qui peut l'emporter, unie et déterminée.