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Le Prof

  • 54 profs, 10 nationalités, 1 marshmallow

    Il y a 4 semaines, j’atterrissais à l’aéroport de Tbilissi, capitale de la Géorgie. Je connaissais peu ce pays et je prononçais difficilement le nom de la capitale. Je savais que le pays avait quelques difficultés à vivre en bonne intelligence avec son voisin russe, qu’il ne fallait pas trop s’approcher de la frontière nord, et que, quand je marchais dans les rues de la vieille ville, je mettais mes pas dans ceux de Staline.

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  • Humilier, nier, ne rien changer

    En début de semaine, je suis sorti du collège un peu tard. La réunion avait duré une heure et demi, j’étais furieux, désabusé. Petit à petit, cette fureur s’est transformée en envie de tout changer. Je parle de quoi ? De ces collègues qui résument l’échec d’un élève à un manque de travail. D’un système éducatif hypocrite qui ne donne aucun conseil aux élèves pour progresser. D’une école française dont les professeurs ne sont pas formés pour évaluer et orienter. Je veux parler de ces délégués d’élèves qu’on coupe et qu’on sermonne, d’une cérémonie pompeuse et infantilisante où on distribue des carottes et où volent les bâtons : le conseil de classe.

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  • Voyager dans le temps

    animaatjes-asterix-86748.jpgArriver au bout d'un modèle littéraire, ca se fête. Pour ma part, après quelques années de pérégrinations littéraires, j'ai quasiment épuisé un genre littéraire assez méconnu, le polar antique. Le polar historique est un genre très apprécié, notamment en France. Vous connaissez sans doute Claude Izner pour la France de la belle époque, Jean d'Aillon pour le XVIIème siècle ou encore Jean-Francois Parot pour le XVIIIème siècle. Les enquêtes policières de ces auteurs, à travers les personnages de Louis Fronsac, Nicolas Le Floch vous font connaître l'organisation sociale, la vie de la cour et de la bourgeoisie, les méandres administratifs de ces riches époques.

    Les auteurs français ne sont pas les seuls à écrire des polars antiques. Des Américains, des Italiens sont aussi bien classés. Le genre du polar antique, je me limiterai au monde romain, sont un exceptionnel outil, notamment pour un professeur d'histoire-géographie passionné par l'Antiquité, de mieux appréhender l'histoire sociale, économique, religieuse et politique de l'âge d'or.

    Voyager dans le temps, c'est traverser le forum romain alors que la république romaine agonise, avec Gordien, le personnage de Steven Saylor, et Decius Metellus, le héros des romains de John Maddox Roberts. Ce voyage prend en diagonale les provinces et les époques, allant de l'antiquité tardive, de la dynastie des Valentiniens sortie du néant historique par Bernard Lançon, aux règnes de Claude, ami du personnage Aurelius Statius inventé par Danila Comastri Montanari, à ceux de Domitien et de Trajan, mis en avant par des femmes dans les romans de Kate Quinn.

    Le polar antique est passionnant. Il utilise les postes impériales, quadrille les camps des légions de Germanie avec Lindsey Davis, accoste sur les quais d'Alexandrie avec Gordien, rejoue la relation maitre / esclave déjà mise à l'honneur avec Plaute, à travers l'affranchi Castor, chez Comastri Montanari. Le polar antique visite les colonies gauloises, notamment Autun, avec Anne de Leseleuc, décrit l'organisation de l'armée romaine avec Kate Quinn, au cœur de la campagne de Dacie, explique la succession des empereurs, et même leur entourage, avec Didier Besse et Cristina Rodriguez qui ont choisi de magnifier la garde prétorienne des gardes du corps de l'empereur.

    J'avais déjà découvert, enfant, la Rome antique des romans de jeunesse d'Odile Weulersse (Tumulte à Rome) ou avec « Caius et le gladiateur » d'Henri Winterfeld. A part quelques auteurs que je n'ai pas encore trouvé, tels que Christian Goudineau et d'autres indiqués sur ce site http://www.peplums.info/pep54l.htm, j'arrive au bout de mes recherches.

     

    Et pourtant, tant qu'à voyager dans le temps, je choisirai la Rome Antique, si possible comme sénateur, ou décurion local. Confort de vie (eau courante pour les Riches!), vie culturelle intense, société apaisée (torture et peine de mort très rare), j'ai hâte d'aménager mon « triclinium » pour faire profiter mes convives des bizarres habitudes culinaires romaines, du précurseur de la sauce à nems (le garum) au manger / coucher...en passant par une société où la mobilité sociale était possible (Ciceron, Homo Novi), où les femmes, même non-citoyennes, avaient une place importante, et une liberté qui n'était pas encore réduite par des principes religieux.

    Enfin, pour une note conclutive politico/syndicale, les cultures de l'antiquité n'ont pas besoin d'une réforme du collège pour réduire leur influence. C'est l'élitisme de ses acteurs qui lui nuit : les mondes antiques me font rêver, et j'espère bien, à travers les Enseignements Pratiques Interdisciplinaires, contribuer à les ressusciter.

  • La vision du métier

     

    educ-prioritaire-2.jpgL'image du métier d'enseignant est tellement différente de ce qu'on vit au quotidien sur l'estrade. Sans parler de la question des vacances, de la référence aux 18h qui ne sont qu'une petite partie du travail... Entre les films cultes où le professeur disserte, où l'orateur plaide comme au tribunal devant ses ouailles subjuguées, et la réalité du terrain, quel fossé ! Pourtant, certains ne se font pas à cette différence. Ils rêvent d'un âge d'or, regrettent l'autorité perdue, dénoncent la « fumisterie pédagogiste » et refusent l'évolution du système éducatif français, notamment vers des solutions d'inspiration nordique (socle commun, évaluation sans notes, numérique, etc.).

    Ils appellent « pédagogie du garçon de café » le fait d'accompagner les élèves dans leur travail, en se mettant à leurs côtés, à table, pour comprendre pourquoi les consignes ne sont pas comprises, pourquoi ils n'arrivent pas à retenir telle ou telle notion. Apparemment, se mettre au niveau des élèves, c'est perdre sa dignité...

    Ils se moquent de tous les tatônnements de ces enseignants passionnés qui tentent, en maths avec le travail en îlot, en histoire-géo avec les tâches complexes, en français avec la twittérature par exemple, de développer le travail d'équipe, l'autonomie de l'élève, la capacité à s'entraider et à coopérer pour développer de nouvelles compétences pourtant si utiles.

    Ils dénoncent la « bienveillance », dans l'évaluation ou dans la gestion de classe. Et pourtant, il faut bien les encourager, ces élèves si abîmés, surtout au collège, en tension face à l'échec, désorientés par des difficultés sociales, ou harcelés par leurs camarades, dans les pires cas.

    Cette année, après 6 années de pérégrination comme professeur remplaçant, j'ai obtenu un poste fixe. Je suis en REP +, les anciens collèges ECLAIR, établissement sur-prioritaire, et je l'ai choisi. Pour être utile, il faut agir à la base des inégalités, là où elles forgent les destins. Et je me sens comme un poisson dans l'eau. Depuis deux semaines, chaque collègue qui me croise me propose de travailler avec lui « eh tu veux pas qu'on travaille l'architecture ensemble en histoire et en technologie ? » « Je monte un projet EPS/histoire/SVT avec les sixiemes sur un ancien volcan tu es partant ? » « Je mets mes élèves par table de 4 en maths pour les faire bosser ensemble tu veux venir voir ? ». Les syndicats enseignants qui dénoncent l'interdisciplinarité tomberaient dans les vapes s'ils venaient faire un tour dans mon collège. Les EPI tant décriés par ceux qui veulent garder un collège qui ne marche plus existent déjà ici.

    « Non à la réunionnite ! » scandent leur tract ! QUOI rester après les cours pour discuter des élèves, des progressions, de l'activité, notamment culturelle, de l'établissement ? JAMAIS ! « Liberté pédagogique  »! Et pourtant. Comme si une réunion trimestrielle bâclée en 1h30 pour 30 gamins suffisait à cerner les difficultés des élèves, les moyens de les faire progresser ensemble.

    Dans mon établissement, grâce à la pondération mise en place par la réforme de cette rentrée, les réunions d'entre midi et deux qui avaient lieu entre deux salades et deux baguettes de pain sont prises sur des creneaux laissés libres. Et même si ce n'était pas le cas, la « réunionnite » fait partie des mœurs dans l'éducation prioritaire et les deux créneaux sont largement dépassés. Ce mardi, on coordonne l'action des professeurs principaux sur l'orientation. Demain, je vois mes collègues d'histoire-géo pour échanger sur l'enseignement moral et civique et créer un parcours citoyenneté. La semaine prochaine, je vois les collègues de la classe dont j'ai la charge pour repérer les élèves en difficulté et on vient nous expliquer le fonctionnement de la classe ENA (élèves nouvellement arrivés).

    Ca va être difficile. 50% des familles boursières au plus fort taux, un tiers sous le seuil de pauvreté, dans une des 5 villes les plus pauvres de France, avec un maire d'extrême droite qui met en miettes le vivre-ensemble tous les jours (voir le dernier bulletin municipal avec des photos de migrants prenant d'assaut les trains pour Béziers). Mais même pas peur. Mes collègues s'épaulent, avec pour maître mot l'exigence et la justice. Mes élèves sont très gentils, et pas plus remuants que d'autres. A suivre !