Nicolas Anoto
Nicolas Anoto
Créez votre badge le_prof : Nicolas: Prof et militant

16.09.2009

L'échec scolaire n'est pas une fatalité!

bonnet.jpgL'échec scolaire est une source de souffrance, de débat, et de profit. Acadomia & Cie, les affiches du métro en témoignent, n'ont rien à gagner à la lutte contre l'échec scolaire. Pour moi, qui enseigne depuis 2 ans en banlieue parisienne, l'échec scolaire, ce n'est pas qu'un mot, c'est une mosaïque de visages et de souvenirs...des élèves, des parents, mais aussi des collègues, rencontrés au hasard de mes affectations, notamment en ZEP, plus ou moins combattifs et confiants face à ce terrible ennemi.

L'échec scolaire, ce n'est pas un microbe qui se propage, et pas non plus un héritage contre lequel on ne peut rien. L'échec scolaire, c'est le fruit de méthodes pédagogiques conservatrices et inadaptées, d'origines socio-culturelles défavorables, et enfin, d'un fatalisme exacerbé de la société envers un phénomène qui n'est traité qu'à la marge, quand il est déjà trop tard.

Comment le détecter? J'ai quelques exemples. Sophie, qui travaille beaucoup, obtient des notes très moyennes, et souffre. William, qui bouge sans arrêt sur sa chaise, souffre terriblement de ne pas pouvoir s'exprimer. Coralie, passe sans redoubler depuis la sixieme car on a supprimé les redoublements sans prévoir de dispositif alternatif, et elle a baissé les bras. Sophie, William, Coralie ne sont ni des faineants, ni des rebelles, ni des attardés...Ce sont des enfants que le système éducatif français n'a pas pu et n'a pas voulu aider. Ce sont de futurs adultes, qui toute leur vie, se rappelleront avec d'une formation initiale où ils n'ont été ni accompagnés, ni aidés...ni écoutés.

Je veux lutter contre l'échec scolaire. Je ne veux pas céder au découragement. Je ne veux pas me laisser aller, considérer que je ne peux rien ou même, accuser mes élèves. J'accuse le système éducatif, de reproduire les inégalités sociales en s'adressant aux élèves issus de milieux favorisés, cultivés. J'accuse le principe de « liberté pédagogique », clamé par les différents ministres de l'éducation qui se sont succédé depuis 2002, d'empêcher toute rénovation et toute harmonisation des méthodes pédagogiques pratiquées en France. J'accuse la séparation des disciplines et des filières, le caractère uniquement disciplinaire de la formation des enseignants, d'anéantir la cohérence et le sens des enseignements proposés.

Seul, je ne peux pas faire grand chose. La première année, j'ai joué sur les notes. Coralie ne dépassait pas 6, inoxerablement, un jour, j'en ai eu marre, j'ai trafiqué le barême et elle a eu 11. Surprise. Joyeuse. Et aussitôt confiante, elle a eu 9,5 au contrôle suivant, sans bidouillage! Mais cela n'a pas suffi, et Coralie, a la fin de l'année, a été « envoyée » au lycée professionnel. J'ai voulu individualiser mes consignes lors de ma 3ème année d'enseignement, j'ai noté mes élèves de troisième pour la progression dans les compétences défaillantes que j'avais pu observer (ex. argumenter, être précis, etc;). Ca a marché, les progrès étaient réels, mais c'était déjà la fin de l'année, les parents « hurlaient » pour avoir des notes...J'ai multiplié les exposés, les travaux de groupe, j'ai tatonné, mais j'ai perdu beaucoup de temps, cette obsession des enseignants d'histoire-géographie, qui veulent « finir le programme ».

Le système tout entier doit changer, ou mes efforts seront vains. Les cours doivent faire sens pour motiver les élèves. La pédagogie différenciée doit être enseignée aux profs pour permettre de prendre en compte tous les élèves et de démocratiser réellement la réussite scolaire. Les rythmes scolaires doivent être refondés pour prendre en compte les rythmes biologiques de l'enfant, assoupi au cours de 8h, follement exité au cours de 15h...C'est une révolution éducative qui peut seule, empêcher l'éducation nationale d'être délaissée et laissée au secteur marchand...où les élèves deviendront non plus des citoyens élevés par l'esprit critique, mais bien des consommateurs en herbe, dénués d'autonomie!

Cette évolution doit être voulue, portée, revendiquée non seulement par les enseignants, leurs syndicats, mais aussi et surtout par toute la société: élèves, parents, tout le monde, un jour ou l'autre, passe par l'école! C'est la condition du changement et d'un investissement profond de toute la société, d'un investissement sur le long terme, pour l'Ecole.

31.08.2009

Pourquoi, cette année, j'arrête d'enseigner...

prof.jpgDemain, je ne rejoindrai pas mon établissement de rattachement pour effectuer ma rentrée scolaire de prof remplacant, comme tous les 1er septembre depuis 3 ans... Je ne ferais pas ma rentrée dans un collège de la banlieue de Nîmes. Pourtant, mon envie d'enseigner, ma passion d'enseigner, n'a jamais été aussi forte. Comment expliquer ce paradoxe? Pour cette année, peut-être pour d'autres mais pas pour beaucoup en tout cas, je serais syndicaliste. Je reste à Paris, comme militant du SE-UNSA Versailles (héritier de la puissante FEN). Défendre une autre politique éducative, et développer le syndicalisme enseignant dans la partie Ouest de la région parisienne, voici mes projets pour 2009/2010! Je profite d'une occasion de rester en région parisienne, alors que j'avais obtenu (trop tôt en fait) ma mutation pour le sud...Pourquoi? Parce que je n'ai pas le temps d'être à la fois un bon prof et un bon militant, et parce que je souhaite rester à Paris, parce que tout se passe la-bas, parce que c'est là où je milite, au MJS. La vie est faite de plusieurs temps...J'ai été professeur d'histoire géo pendant 3 ans après 5 ans d'études, j'ai été stagiaire à l'IUFM, prof principal en ZEP, prof remplacant à la campagne, prof de section européenne...Il y a plusieurs temps dans la vie. Voici venu le temps de militer. Parce que toute ma vie je militerai, parce que toute ma vie je serai prof ET militant, parce qu'enseigner avec passion ne suffit pas, encore faut-il un système éducatif juste et efficace!

Il faut bien s'expliquer, pour une fois, plutôt que d'expliquer mille fois à mille personnes ce choix. D'abord, à mes élèves...J'ai vécu une année formidable avec mes élèves massicots, qu'ils soient au collège ou en section européenne, donc non, vous ne m'avez pas mis à bout, je vous rassure? (ou vous décoit?) Par votre gentillesse, votre intérêt, vos réussites, vous avez conforté, voire fait explosé mon envie innassouvie d'être un bon prof! Pour longtemps, voire pour la vie (même si l'envie des concours me démange). Merci encore à vous...A mes collègues? Je n'abandonne pas ce beau métier, j'y reviendrai bientôt. Mais alors, je serais un prof à temps plein. Alors, la reproduction sociale n'a qu'à bien se tenir, toutes les offensives conservatrices et libérales contre le service public d'éducation peuvent fourbir leurs armes, car je serai implacable. Comme écrivait De Gaulle dans ses mémoires de guerre, mon livre de chevet avec Harry Potter, "Si je vis, je me battrai, où il faudra, tant qu'il faudra"... Je serais prof à temps plein, pour monter des échanges, pour organiser du soutien, pour appliquer une pédagogie différenciée, pour m'investir dans la vie de l'établissement. Et ce n'était pas possible aujourd'hui.

En effet, cette année 2008/2009 a été atroce. 3 heures de transport par jour, toujours courir à Paris pour assumer mes responsabilités, souvent en retard... J'ai baclé mes cours parce que j'organisais des manifs. J'ai baclé mes corrections parce que beaucoup de weekends, j'étais en réunion. J'ai fait des rappels en salle des profs. J'ai été en rogne toute l'année (pardonnez-moi, chers colocs!), et forcément injuste (pardonnez-moi, chers élèves!), parce que je n'avais pas toujours le temps de dormir. Et surtout, j'en avais marre d'être culpabilisé, parce que je n'avais pas le temps de faire ceci ou cela...Pas toujours facile d'être prof et militant!

logo-Se2007-Sopp-col.gifAlors maintenant, j'ai le temps. Le temps de m'engager. Cette année, je serais militant à temps plein! Permanent d'une organisation syndicale le jour, militant la nuit! Je vais travailler dans un syndicat qui a un projet ambitieux pour l'éducation: un projet éducatif fondé sur de nouvelles méthodes pédagogiques, des enseignements transversaux, un autre rôle de l'enseignant, d'autres rythmes scolaires et une refonte complète du système éducatif français. Je souhaite faire entendre une voix plus positive, plus constructive, dans le débat éducatif.

Alors oui, cette année, ce blog ne sera pas celui d'un prof militant mais bien d'un militant syndicaliste et politique. Le ton ne changera pas beaucoup. Pour moi, engagements divers, activité professionnelle, et autres récits de la vie quotidienne, tout se confond pour me permettre, à ma modeste échelle, de changer le monde.

22.05.2009

Sisyphe, patron des profs?

 sisyphe.jpgSisyphe n'était pas prof. Ca se saurait. Mais ce mythologique damné qui poussait son rocher sur une montagne avait un petit quelque chose du sacerdoce pédagogique. Tous les jours, je suis injuste. Cela faisait longtemps que je voulais l'écrire. Tous les jours, j'abandonne lâchement des élèves à leur échec, à leur haine de l'école, à leur tristesse et à leur colère. Tous les jours je le regrette, et pourtant, le lendemain, la comédie recommence. Tous les jours, je gueule sur de pauvres sixieme surexcités, affolant les plus sages, blasant les plus agités, tous les jours je punis les innocents et je laisse impunis les plus affreux jojos. L'enseignement en collège dans toutes sa splendeur, au crépuscule des années 2000...

Comment en arriver là? Le temps d'un cours est rythmé par le professeur. Suivre le programme à tout prix, telle est la maxime. Vite il faut s'asseoir, vite il faut ranger ses affaires sur la table. À peine le temps de raconter son weekend, que déjà, les punitions pleuvent sur les élèves qui ne sont pas assez rapides. A tout prix, le cours doit commencer, aucune des 55mn du cours ne doit être perdu, pour parvenir au bout des 50 chapitres du programme. Et ceci dans toutes les matières. Combien de cris et de rancoeurs pour suivre ces objectifs! Combien de temps perdu en gestion pénitentiaire d'un quart de la classe qui n'a pas fait ses devoirs, n'a pas ses affaires, ne veut pas travailler et bavarde sans cesse? La moitié du cours. L'autre moitié pour les ¾ restants ? Non, la lecon doit avancer. Je ne réponds pas aux questions, je laisse à peine aux élèves le temps de s'exprimer, je passe à peine dans les rangs. Vaincre le bavardage, détecter l'inatention, foudroyer ceux qui se retournent...et j'oublie de corriger les exercices, de remplir la fiche d'appel ou de faire noter correctement les définitions notionnelles. Mea culpa!

Que de victimes!

  • Les élèves en échec: j'ai rencontré quelques élèves tristes et calmes, travailleurs et soucieux, bien suivis par leurs parents mais en échec: difficultés méthodologiques, difficultés à se détacher du document pour avancer par soi-même. Pour certains, il s'agit de troubles dys- (dyspraxie, dyslexie) qui rendent difficiles la lecture, l'écriture, l'apprentissage ou les actions combinées. Sans accompagnement, détection, prise en charge par une AVS, cet échec passe inapercu. Il faut déranger pour être écouté, pour avoir droit à une vraie discussion en conseil de classe.

  • Les élèves en voie de déscolarisation: certains élèves, dès la sixieme, n'en peuvent plus de l'école. Marre de cette autorité souvent injuste, et de ces rythmes effrenés. Alors, ces élèves nous poussent à bout, font tout pour être virés de cours, s'absentent de plus en plus fréquemment. Souvent, pas de parents derrière. La déscolarisation est un processus implacable et cruel. L'école c'est la société, la classe c'est une tribu. L'absentéisme, c'est la marginalisation progressive pour un élève, mis souvent au fond de la classe. Heureusement, il existe encore des éducateurs pour les prendre en charge. Mais parfois c'est trop tard. C'est l'apprentissage.

  • Les élèves « perturbateurs »: qu'est ce qu'un élève perturbateur? Un bavard? Même les bons élèves sont parfois bavards. Le perturbateur refuse l'autorité, dommage, l'enseignant français pratique la pédagogie du knout verbal. Un bon élève n'est pas un élève mort, quand même, c'est un élève silencieux qui écrit son cours lisiblement et prend régulièrement la parole à l'oral, mais pas trop, et en levant la main si possible. En bref, le bon élève n'est pas un vrai adolescent. L'élève perturbateur, je le dis dès maintenant, ira droit au lycée professionnel. Il oublie ses affaires, le devoir à rendre, s'exclut de lui-même en créant son sous-groupe dans la classe qui a ses propres repères, musique de rebelle, raclement de la gorge (tchiper?) et d'autres encore. Certains dispositifs, comme la classe SAS (deux semaines de recadrage), le suivi de l'équipe pédagogique, le détachement d'avec son groupe d'amis, l'implication des parents peuvent le remettre dans le droit chemin...du lycée général.

Vous l'avez compris, pour chacun de ces cas je pense à mes élèves, anciens, présents...et futurs? Ceux que j'ai candidement voulu sauver. C. en seconde, A. en troisième, à travers plus d'attention et mon fameux « effet moyenne » (surnotation exceptionnelle pour redonner goût à l'effort, NDLR) qui a failli marcher avant que la fatale et implacable machine de l'Orientation à la française (par l'échec) ne vienne réduire à néant mes efforts. CAP tant pis pour la motivation et l'espoir. Ceux que j'ai laissé tomber, M. de sixieme qui ne vient plus en cours. Ceux que je regarde s'enfoncer dans leur échec parce que je ne suis pas formé pour les aider comme S. de troisième ou E. de sixieme.

Combien de victimes, encore, pour que l'Ecole change et s'interesse à tous les élèves? Combien de victimes du knout verbal, de l'orientation par l'échec, de méthodes pédagogiques désuètes et d'une Ecole qui renforce les inégalités sociales...qu'elle devait briser, croyais-je en passant le CAPES?

Et si Sysiphe se rebellait?

28.03.2009

It was a cloudy night...

 800px-Tower_Bridge_London_Feb_2006.jpgI was sitting on a bank in a little garden. It was a windy, cold and cloudy night. There was no noise, only stars in the sky and a dog, little, deaf and blind, who was walking, snoring and jumping beside me. I was in a little garden, in the south of England, I was 25 and I was, at this moment, sure, that my life would be wonderful. It was a great moment.

But a motor roared, the dog belled, and all was gone :-)

Je suis en Angleterre depuis 4 jours. Remplacant au pied levé pour accompagner un voyage scolaire, j'ai quitté mes pénates vitriotes, mes disciples massicois (mais pas mes pensées rhodaniennes!) pour passer le Channel, dépasser les blanches falaises de Douvres, et découvrir les joies des séjours en famille...Mais procédons par ordre. Lundi, à 4h du matin, je me retrouvais devant mon collège, chargé de ma valise antique, confronté à des parents d'élèves matinaux pour me dévisager comme un accompagnateur-digne-de-confiance que je n'avais pas vraiment l'impression d'être. Le rendu de carte d'identités me permet de connaître un peu les élèves qui découvrent mon sympathique autoritarisme. Je fais la connaissance d'élèves de classes qui ne me connaissent pas mais qui sont adorables. Destination? Le sud de l'Angleterre, pour une série de visites quotidiennes qui nous ramènent tous les soirs à Little Hampton, petite ville côtière du West Sussex.

Les élèves, dans le car, sont un peu terrifiés et excités par la perspective de découvrir leurs hôtes et, même à plusieurs, d'être confrontés à des familles inconnues et étrangères. Ils ne sont pas les seuls, mais moi je ne peux pas le dire. Petit à petit tout le monde est dispatché et à mon tour, avec mon chauffeur, je suis amené chez ma famille d'accueil. Enfin, je rentre dans des maisons « attachées » si familières depuis mes escapades londoniennes et écossaises. Ces maisons de la même couleur qui se ressemblent aux 4 coins de l'Angleterre, disposées de la même manière, avec leur salon aux baies octogonales, comme dans Harry Potter!

Pendant 5 jours, j'ai découvert les tartes à la viande (steakpie), les douches bizarres, les switch pour brancher les appareils électriques sur les plots, et beaucoup parlé en anglais (ca m'a fait du bien!) avec de vrais gens, des Européens, assez ouverts, et ma foi, à part des petites choses marrantes (des sandwitch à l'oeuf à l'absence de rideau en passant par les sweetheart de mon hôtesse...conviviale et le rhum jamaïquain à 50 degrés), j'ai bien vu qu'on vivait pareil, de quelque côté de la Manche que l'on soit.

Je visite, je marche beaucoup, entouré, submergé par 50 sympathiques élèves de 4eme/3eme qui se prennent pour des paparazzi en herbe et trouvent intéressant de me photographier mangeant un fish and chips...plus ou moins élégamment. Du fort de Newhaven au château de Beaulieu, des boutiques de Covent garden, à Londres, aux rues animées de Chichester et Canterbury, j'ai adoré rassurer ces élèves un peu déboussolés par les familles anglaises...Pas de citations facebook pour la semaine, quelques petites perles: Ma collègue d'anglais, après une petite remarque perdue à la fenêtre: « monsieur A. vous signale qu'il y a des moutons sur votre gauche » ou encore, alors que j'exprimais ma compassion pour des mouettes si moches, sur la plage de Brighton: « Monsieur » m'expliquait Alice  « Clara elle dit que vous ressemblez à une mouette »...Innocemment, comme une information évidemment.

En bref tout va bien. Mon répondeur déborde, ma boite mail explose, ma journée de formation est en suspens et mon voyage de section euro bientôt abandonné, mais tout va bien, les vagues tressautantes et scintillantes, apercues à Deauville en septembre et maintenant à Brighton, ne refletent plus l'ombre du vainqueur de Trafalgar Square, des flottes franco-anglaises qui se disputaient la Manche, l'Océan, le Monde: comme le relatait le Guardian d'aujourd'hui, quand le nouveau premier ministre israélien veut reprendre la colonisation de la west bank et nomme un extrémiste aux affaires étrangères; c'est d'autres dangers qui se préparent, qui voilent l'horizon bruiné des faubourgs londoniens que j'ai quitté, a few hours ago...

26/03, little Hampton, west sussex, england

21.03.2009

Moi, la Manche, je vais la traverser!

angleterre_1172476623.jpgGuillaume le conquérant, descendant des Vikings, duc de Normandie qui avait, comme fils illégitime, durement gagné son fief, avait sans doute plus d'appréhension que moi la veille de son départ pour la Terre des Angles, l'Angleterre. Sur la vague promesse d'un roi mourrant, il quittait un état puissant pour un territoire plein d'ombres et de forêts inextricables, la "Brittania" des Romains, là où les chars roulaient à gauche pour laisser la main droite libre pour combattre... A Hastings, le sort favorable des armes assurait à ce seigneur français la possession d'un royaume peu peuplé mais bien protégé par la Mer. Qui subjuguerait le monde au XIXème siècle après avoir terrassé la France.

Dans un peu plus de 24h, je franchirais la Manche...Ce que Napoléon n'a pas pu faire, je le ferai!

Vous vous demandez sans doute comment j'ose faire état de mes pérégrinations touristiques. Ce n'est point le cas, l'Education Nationale a jugé que j'étais plus utile comme animateur de colonies accompagnateur d'un voyage scolaire, que comme enseignant...Et je pars donc pour 5 jours visiter Chichester, Brighton, Londres et Canterbury...contraint de quitter ROMI, MONA, KROL et EFLA, mes fidèles compagnons, contraint de quitter les friches industrielles de l'Ile de France pour une autre île...

Vous imaginez mes immenses regrets.

Finies les soirées "maison blanche", où je me dis "mon dieu mon premier secrétaire, le secrétaire général de la maison blanche a quand même des responsabilités autrement plus écrasantes que le coordinateur régional du MJS Ile de France!" en sirotant mon lait ou miel ou mon thé citron sur le canapé IKEA de la colocation...Finies aussi ces voyages si longs dans le RER où je claque des doigts sur les rythmes endiablés de mon lecteur mp3 en remontant (difficilement) les marches hautes et innombrables du passage RER B/RER C de la station saint Michel...ma préférée!

n56876219658_1738.jpg

Demain, c'est le printemps des libertés! celà fait 4 jours que je bricole des pointages pour assurer le succès de cette belle manifestation. Le parti socialiste est de retour, il innove par de telles manifestations qui marquent la volonté d'être au centre d'une alternative politique. Ce n'est pas un one-man-show, c'est un rendez-vous politique avec des élus, des cadres associatifs et syndicaux qui ont à coeur de défendre les libertés publiques. Je suis de tout coeur avec Martine Aubry qui, aujourd'hui, en conseil  national du PS, lancait brillamment la campagne des européennes.

Et mes élèves me direz-vous? Ils vont bien, merci merci. Les troisieme ont été au top dans un brain storming très interactif sur les Etats-unis. Reste un petit DM sur territoire et population, une bonne séquence sur l'hyperpuissance mondiale aggrémentée d'une projection d'un épisode de the west wing pour continuer, sur les chapeaux de roue, notre merveilleux périple vers le brevet des collèges. Les sixieme tablent péniblement sur des exposés mal préparés (mea culpa) qui ne va pas leur apprendre beaucoup sur la mythologie grecque, alors que mes premieres européennes découvrent avec délices le romantisme de Beethoven, Grimm et Caspar David Friedrich, qui feront l'objet de présentations orales à mon retour.

La vie est belle...

06.03.2009

Une heure de cours

theatre-scene.gifUne heure de cours, comme ca, ca a pas l'air méchant. 55 minutes après tout. C'est quand même pas une mi-temps de D1! Une heure de cours, c'est, ma foi, faire passer l'heure, faire quelques exercices et écrire quelques lignes dans le cahier, rien de très crevant! s.... de fonctionnaires! Et pourtant, le soir, il fait bon s'allonger entre deux poufs (euh les chaises ikea quoi) sur le balcon de Vitry. Se laisser bercer par les bruits de la route, des pompiers au bus, laisser la fatigue s'évaporer par tous les pores, sentir son bras flageolant parce qu'il est resté toute la journée levé à écrire (très mal) le cours au tableau, avec le feutre, ou le vocabulaire de ma section euro, à la craie (c'est 3 fois plus fatiguant...). Sentir ses jambes engourdies quand on ne s'assoit jamais pendant le cours...vaguement appuyé sur une table pour surveiller un secteur stratégique ou contre le mur, pour observer la classe au travail...ou en action, quand il faut monter, redescendre encore et toujours les 3 étages de mon perchoir...

Une heure de cours, c'est un monde en ébullition. C'est une salle de moins de 100 m² où vous êtes toujours seuls contre tous. C'est ma scène. C'est un rituel quotidien et immuable. Cette clé qui ne veut pas ouvrir la porte, ces élèves que je salue quand ils entrent, qui me répondent avec toutes les intonations possibles et inimaginables. Un tel me regarde à peine, un autre bouscule tout le monde pour passer, le dernier me sourit pendant qu'une autre m'apostrophe...Le cours s'installe, le premier rapport de force c'est justement cette rapidité d'installation. Un démarrage rapide, des élèves assis qui sortent leurs affaires calmement, est de bon augure. Au contraire, le bruit assourdissant d'élèves qui s'insultent de tous les côtés, gardent leurs manteaux et le sac sur la table, c'est le rapport de forces négatif qui s'installe, dès le début. Moment difficile du fait du bruit et du caractère décisif de l'entrée en matière, c'est le moment de séparer les élèves trop conviviaux...

Commencer un cours, quand tous ces aspects matériels sont établis, c'est quoi? Une indication: dans certaines classes cette première phase dure de 5à 10mn. Ensuite, pour ces pauvres élèves qui changent 6 fois de classe par jour, il suffit de remettre les pendules à l'heure. Les enjeux, la lecon, les devoirs...dans le désordre des débuts de cours, je bacle souvent cette phase. Erreur irréparable, le cours mal engagé ne peut se poursuivre que dans la brouillonnerie la plus effrontée.

Un cours se poursuit ensuite de mille et une manières, aucun ne se ressemble. Comme architecte, contremaitre, chef d'orchestre et metteur en scène, il faut impulser et s'imposer... Recentrer l'attention en essayant à la fois de poursuivre une explication d'introduction attrayante et de maintenir le calme necessaire. un exemple. "La guerre froide, c'est l'affrontement entre deux blocs - mehdi lâche ta regle - qui apres la seconde guerre - cyril tais-toi - apres la seconde guerre mondiale, sont en position de superpuissance - clément, qu'est ce que je viens de dire? " Ca c'est la mauvaise ambiance, assez fréquente...on peut y mettre un terme par une politique de terreur préventive: des mots durs, un silence absolu sous peine de torture éhontement perverse, etc. On a alors 2mn top chrono pour mener son intro avant que la marmite ne déborde.

Au delà de ces petites phases explicatives qui sont, contrairement à la pensée commune, réduites au minimum au collège (dans mon cas en tout cas) on a la mise en activité. Une tâche d'observation, d'analyse, d'argumentation. Des consignes claires, et un regard percant qui oblige tous les élèves à se concentrer: déplacements stratégiques, coups d'oeil par dessus l'épaule, chuts répétés...c'est une phase très active pour l'enseignant (à part avec la sixieme sage). Et ensuite, le meilleur moment, la mise en commun: c'est le moment où l'on peut faire travailler tous les élèves en corrigeant les exercices: un tel pour présenter le document, un tel pour le lire, un tel pour lire la question, la réponse, et un autre pour la compléter...c'est le meilleur exercice du chef d'orchestre qu'est l'enseignant...

Mais dans les faits..dans les faits on crie beaucoup, parfois en vain, dans les faits on punit, on change de places les gens (5 changements dans la sixieme chiante today!) dans les faits on met les élèves en faute ("quoi tu n'as pas entendu la question"), dans les faits, on cherche à la fois à créer un climat de travail, à poursuivre un projet de séquence et à faire participer tous les élèves, c'est épuisant! En vérité, c'est de la fatigue, de la colère, mais aussi beaucoup de rire, quand une troisième dit que "les Allemands, quand même, ils l'ont un peu cherché la guerre froide", quand vos fans vous houspillent ou quand une élève de première, entre deux exercices, vous raconte une blague de crocodiles...c'est le bonheur, quand un document fait réfléchir les élèves, quand une séance "marche" bien, quand vos élèves sourient et se moquent gentiment de vous parce que vous n'êtes pas nés avec un rétroprojecteur enchainé au poignet...C'est aussi ces élèves de sixieme qui trainent pour sortir, alors que le café ou le bus vous appellent, ces moqueries inter-élèves à réprimer sévèrement, ou encore la gestion-du-tableau-avec-un-oeil-dans-le-dos qui donne de méchants torticolis...

Une heure de cours, ce moment intense, que nous avons tous connu côté chaise, avec ses petits mots, ses rêveries, ses drames de classe et ses moqueries, cette envie de participer -ou pas- contenue...mais côté estrade, c'est encore autre chose...que j'aime!

03.03.2009

"c'est dur la reprise hein"

c'est ce que m'a dit mon collègue quand je sortais de ma classe en rampant...

Europe_map_1648.pngJ'ai mal partout. Pourtant je ne suis ni ouvrier sidérurgiste ni macon mais j'ai mal partout...bon c'est vrai que 3 RER, 3 metro, 2 bus, ca use! 20mn de marche, 12 étages d'escalier en cumulé, ca fatigue! Mais surtout, j'ai retrouvé les couloirs bruyants, le brouhaha de la classe, cette fatigue qui s'abat au deuxieme cours de l'apres-midi...Deuxieme jour de rentrée après des vacances merveilleuses, et déjà, je me demande comment je vais tenir. Heureusement que mes rythmes d'engagement ne m'accablent pas (mais alors pas du tout)!

Aujourd'hui, mes élèves étaient au top du top. J'ai crisé à peu près une dizaine de fois, à 15h je devais me tenir aux murs pour descendre à la récré...mon premier rang de sixieme sage m'a trahi (dire humhum à chaque fois que je finis une phrase, en coeur, c'est ereintant), ma troisieme était gentiment brouillonne et bavarde, j'ai retrouvé des pistaches partout à la fin du cours, tandis que ma sixieme folle a grimpé au rideau dès les premières minutes avant que je mette en place une remédiation de type totalitaro-discrétionnaire qui a eu raison des plus intrépides. Le temps d'expliquer à quel point la démocratie athénienne était une anomalie de l'histoire et de mettre en exergue le caractère gentil et méchant des deux blocs de la guerre froide.

J'organise dans deux semaines un weekend de formation sur l'Europe, il est peut-être temps de s'en préoccuper...Au cas où personne n'aurait compris je ne suis pas un européiste béat. Mon Europe à moi, passionné d'histoire moderne, c'est celle du traité de Westphalie (1648), dernier morceau de diplomatie écrit en latin qui faisait de la France la première puissance mondiale...Mon Europe à moi ne va pas forcément jusqu'à la Volga et l'Elbrouz...Mon Europe à moi n'est pas une fin (je sais la paix la prospérité les pères fondateurs etc....), c'est un moyen, un moyen sur lequel, à l'orée de ce XXIème siècle inquiétant, je crois beaucoup, j'espere beaucoup pour être le fer de lance d'un monde multipolaire et d'un autre modèle de développement, économique, social, humain pour résumer. Je compte beaucoup sur l'Europe, et je compte beaucoup sur la gauche pour la transformer.

Un monde multipolaire? Les pays émergents auront bientôt leur mot à dire sur la marche du monde, du maintien de la paix aux règles du commerce international. La Chine commence à peine à profiter du libre-échange, et on n'a rien vu encore. L'Afrique du sud, le Brésil, l'Inde apparaissent récemment dans un nouveau rôle de géant régional, arbitre des conflits...Bientôt, une assemblée de ces géants régionaux prendra de l'ampleur. L'Union Africaine fera sa déclaration Monroe, l'Inde deviendra un acteur incontournable du moyen-orient, et que deviendra l'Union Européenne? Ce qu'elle sera devenue, ce que les citoyens voudront bien en faire, simple confédération aux contours indéfinis et aux compétences floues, ou une fédération qui voudrait faire entendre sa voix dans les relations internationales, et ferait le choix difficile mais décisif d'un approfondissement institutionnel? Je ne me prononce pas sur ce débat...

Un autre modèle de développement? Le capitalisme est fou, les inégalités se creusent dans le monde, entre les nords et les suds, mais aussi, au sud, entre les différentes strates de la société...Les ressources minérales, naturelles, sont pillées de manière inconsidérée, les échanges sont inégaux et les accords bilatéraux, menés notamment par les EU en Amérique du sud, sur le plan économique, sont détestables. Les organisations mondiales ont une puissance très limitée et les multinationales sont aussi puissantes que des états. Il est temps d'agir, il est temps de construire un autre monde, il est temps pour l'UE d'organiser le monde et la société. Comment? En redéfinissant le rôle de la puissance publique qui n'est pas ce "problème" décrié par Reagan mais bien la solution. Comment? En mettant l'économie au service de la société et de l'intérêt général et non le contraire, notamment en ce qui concerne les normes environnementales. Comment? En redéfinissant non seulement les droits de l'homme, notamment sociaux, et les libertés individuelles, et en les faisant respecter. Cet autre modèle de développement n'est pas assez précis, mais quand il le sera, l'alternative qui le conduira, le portera, pourra représenter et réaliser un autre projet pour l'Europe et le monde.

 

26.02.2009

Vous êtes mutés dans l'Académie de ...

accueil-569b4.jpgC'est la saison des muts, dans quelques jours, je serai fixé.

Tous les ans, 90 000 enseignants demandent leur mutation. Dans la première administration de France, au delà des mutations de conjoints, de rapprochement familial ou autres aléas de la vie, il y a un rite initiatique très douloureux qui affecte les jeunes enseignants qui viennent d'avoir leur concours: la première mutation, l'obligation d'être candidat au "mouvement", et la probabilité, quand on habite le sud ou l'ouest, de partir pour le nord. Je veux être prof depuis que j'ai 10 ans et j'y pensais à cette mutation en banlieue parisienne. Je voyais les téléfilms sur le sujet à la télé. J'y pensais vaguement à la fac, à l'IUFM, pendant mon stage. Et le 12 mars 2007, un petit mail changeait ma vie. sur l'ordinateur du lycée d'Agde où j'effectuais mon stage de responsabilité (j'avais réussi le CAPES en juin 2006) s'affichait un curieux message...Vous êtes mutés dans l'Académie de Versailles.

Je me rappelle de ce moment. C'était aussi pour moi la fin d'un monde, de mes études montpellieraines et de mon enfance biterroise. Assez content de partir à l'aventure, pensant déjà à mon premier appart, à cette vie parisienne...Sans rentrer dans les détails, j'avais omis de penser à certaines conséquences sur ma vie personnelle.

Tous les ans, 90 000 enseignants demandent leur mutation. Pour une bonne partie de jeunes enseignants toulousains, montpellierains, rennais, il s'agit en fait de quitter sa copine, ses parents, ses amis. De déménager, de s'installer dans une région inconnue. De prendre ses marques, de s'habituer à une nouvelle région. Passé le premier dépaysement, la solitude est immense. Les relations sont souvent brisées et une nouvelle vie commence avec de nouveaux repères et de nouveaux amis. Les allers-retours vers le "pays", cette gare de la ville natale qu'on retrouve avec émotion. La découverte de nouveaux collègues et de nouveaux élèves. Et ces moments difficiles où les cours se passent mals, ou le soir, quand on raccroche le téléphone, on se retrouve seul, loin de ses proches.

Tous les ans, 90 000 enseignants se connectent sur i-prof en novembre/décembre pour faire leur voeu d'académie, par liste, en calculant leurs points (ancienneté, IUFM, situation familiale ou personnelle) pour faire valoir leur situation. Des critères administratifs froids, glaciaux, quand des vies se jouent. En avril/mai, les mutations intra-académiques permettent d'affiner les voeux de département et de ville au cours d'un bricolage ubuesque où les pauvres jeunes enseignants cherchent où ils vont atterrir avec leurs 21 points quand un lycée de centre ville "vaut" 1000 points. Vous l'avez deviné, la cité des 4000 à la courneuve, la grande borne à Grigny (mes élèves de l'an dernier)...c'est 21 points.

Chaque année des milliers de vies sont brisées...des vies de cadre ma foi, qui savaient où ils allaient en passant le concours. Mais pourquoi? Parce que les mutations correspondent aux migrations internes de la France, Est/ouest et Nord/Sud. Parce que les vieux enseignants retournent au 'pays" et qu'il faut bien les remplacer. Parce qu'avec l'ancienneté les professeurs de 30/40 ans peuvent accéder à des établissements plus attractifs.

Oh mais c'est affreux! Certes, mais que faire? Le but du service public d'éducation est de répartir les enseignants en fonction des besoins, des effectifs des élèves, mais il fallait bien trouver des critères. L'ancienneté et le rapprochement familial ne sont pas les plus mauvais. On me dira aussi qu'il faut savoir se déraciner, sortir du douillet cocon familial et local, se mettre en difficulté dans de nouvelles situations pour être plus autonome et plus libre. C'est vrai. Mais la question du recrutement local, des premières années de carrière dans le lieu du stage ou encore du rapprochement plus facile des conjoints et d'une gestion plus "humaine" des mutations se pose. Elles relèvent parfois d'autres questions parfois plus complexes: Cette decennie voit se multiplier les "postes sur profils" qui font sortir du système général des mutations les postes demandant des compétences particulières (j'y participe comme professeur de section euro allemand). S'intéresser à ce développement, intéressant et inquiétant à la fois, est urgent!

15.02.2009

échecs scolaires

Echec01.jpgJ'ai exclu. j'ai découvert les joies du conseil de discipline "oh c'est maintenant que vous découvrez les joies du système éducatif français" s'est exclamé mon principal, alors que je m'étonnais de l'absence d'alternative à l'exclusion, sans dispositif relais pour accompagner les élèves en voie de déscolarisation...

J'ai exclu, ce qui est un peu embêtant pour un militant syndicaliste et politique, deux enfants du système éducatif. Sans avoir en fait beaucoup de choix...pénaliser les autres élèves d'une classe où les cris et les chaises fusent? Empêcher les enseignants de faire cours, alors qu'ils sont insultés et craignent les baffes? Ce serait se donner bonne conscience à peu de frais, être très hypocrite...La solution est autre: un système éducatif refondé dans ses rythmes et ses méthodes qui accrochent les élèves, mais aussi tout au long de la scolarité, des dispositifs externes et internes avec des moyens importants, bien répartis sur le territoire, pour remettre sur pied des élèves qui ne touchent plus le fond...ceci demandant évidemment de pouvoir compter sur des services sociaux et sanitaires forts, actuellement en voie de détricotage.

J'exclus tous les jours par ma pratique quotidienne. Quand je fais le meme cours pour 3 classes de sixieme, les memes exercices, je sais bien qu'ils seront excellement exécutés par ma tête de classe, avec le sourire qui plus est. Qu'en est-il des autres? Ils observeront une correction et une prise de notes trop vite menée alors que le programme et l'heure tourne. Il y a deux ans, devenant enseignant, je m'étais promis de ne laisser aucun élève sur le bord du chemin, de me battre pour chacun jusqu'au bout...Avant de me laisser rattraper par une innommable fatalité séculaire, basée sur des logiques d'orientation sélectives, sur l'autocensure des principaux interessés ou la pratique insidieuse de cours et de rythmes adaptés aux meilleurs...marche ou crève, elle est loin l'égalité républicaine!

J'exclus pourtant tous les jours. Comme fonctionnaire d'état et cadre du service public d'éducation, j'applique la loi et le système. C'est tellement plus facile de réduire au silence les élèves révoltés par leur échec, de rigoler devant des copies gribouillées truffées d'erreurs, de phrases sans verbe, signe évident de troubles de l'expression écrite qui ne faciliteront pas la vie de ces charmants bambins...C'est beaucoup plus facile de laisser de côté des élèves discrets qui s'enfoncent dans leurs lacunes, l'essentiel étant qu'on nous laisse tranquille.

Serait-ce de la lâcheté d'être aussi conscient des failles d'un système? Je le décrois. C'est dans d'autres cadres extra-professionnels que je lutte contre ces injustices, le projet éducatif du MJS et la contre-réforme du lycée du SE-UNSA faisant partie de ces moyens. Je ne suis, à mon grand regret, pas formé pour la pédagogie différenciée, le repérage de l'échec scolaire et tant d'autres choses utiles...à part amuser la gallerie et témoigner de ma sympathie à mes chouchous en difficulté, je ne peux rien pour eux. L'école non plus. Le système éducatif français leur proposera une seule chose: la voie professionnelle.

Je ne peux pas, à moi tout seul, terrasser l'hydre de l'échec scolaire. Pour le vaincre, il faut le connaître. Qui est-il? Il se nourrit du désespoir et de l'indifférence. En France, il n'est jamais pris en charge, à part quelques PPRE et RASED dont on voit de moins en moins la couleur, à part par des cours particuliers qui ne sont accessibles qu'aux plus aisés. J'en ai moi même donné (francais et allemand) mais jamais recu, et je ne sais donc pas faire les divisions. L'échec fait pleurer les parents et tourner la tête aux enseignants. L'échec scolaire favorise la désinvolture et devient perturbation. Il se traduit par la feuille blanche, la paraphrase, parfois aussi par un intense acharnement si décevant et attristant "fait des efforts", comme on dit sur les bulletins...Il se construit dès le plus jeune âge, renforcé par le "background familio-culturel", aggravé en cas de suivi parental peu rigoureux, se développe avec les lacunes, les exclusions de cours, les redoublements...et se répand comme une tâche indélébile sur le système scolaire français. Alors, comment l'exclure?

02.02.2009

Un flocon dans l'oeil

h-3-1184682-1208935881.jpgIl était douillet le lit ce matin quand le réveil sonna à 6H50! Finis les rêves cocottiens; place à la dure réalité francilienne: le café pris en lisant un article sur la destalinisation, l'escalier dévalé car il est 7h31, et cette avalanche de surprises: ce manteau blanc qui éblouit en sortant de la résidence, ce bus qui ne circule plus; ces rues craquantes arpentées prudemment...Dans le RER, les flocons puis la pluie tapent aggressivement le plafond. Ils sont loins, le mont Ventoux et les pavés de Carpentras! Les 2000km parcourus m'ont usé, mais je suis assez satisfait de ma réunion de section, du communiqué de presse du MJS Béziers Jeunes socialistes.jpg ou encore d'autres heures très utilement consacrées. Moins de mon train raté.

Je vais vite pour atteindre le collège. Sur le trajet, des élèves qui tassent des boules me regardent de biais avec un air narquois. heureusement que je n'ai pas encore rendu les brevets blancs. Je vais chercher les élèves, une boule me frôle, je n'ai évidemment rien vu, l'escalade de mes 3 étages commence! Le cours est brièvement introduit (on verra un autre jour pour le document d'accroche) "asseyez-vous, sortez vos affaires, ouvrez votre cahier!" On travaille sur le Bronx, photos, articles, tableau, on décrypte assez rapidement la ségrégation urbaine. Assez rapidement c'est quand même passer la moitié du cours à relever des carnets, dire "chut; arrête, laisse tomber; chut; laisse-moi parler"...Toujours occuper les élèves, quant à s'interesser à ce qu'ils savent faire ou pas ou ce qu'ils savent, ce sera au contrôle, impossible de voir avant sans avoir la révolution.

Après la troisième aigre-douce qui arrive au compte-goutte (la construction européenne au pas de charge) c'est le tour de la sixieme affreuse. Où je me coupe les joues à force de me pincer pour ne pas rigoler "monsieur j'ai les mains bleues je me transforme en schtroumpf je peux aller à l'infirmerie" me dit s. premier rang aux mains pleines d'encre, "monsieur je peux pas faire mes devoirs ce soir je dois promener mon chat qui fait une depression" dit m. "monsieur vous êtiez pressés ce matin" dit z. en regardant mes cheveux. et aux 4 coins de la classe, interjections, bavardages, objets volants non-identifiés...et comme pour la moitié des cours, je note deux questions qui prennent tout le tableau: "on copie on répond on corrige le premier qui parle fera des heures sups" c'est beau la pédagogie. Mes sixieme sont merveilleux, mais pour faire cours...

Aujourd'hui, 4 heures de transport: une heure pour aller à M. pour mes cours, une heure pour retourner à Paris au syndicat, une heure pour retourner au collège animer l'heure d'info syndicale (j'ai un CA demain où on vote la DHG, pour les intimes) et une autre heure pour revenir chez moi et me laisser aller aux joies de "the west wing", quand j'aurais envoyé des petits mails affectueux à mes camarades pour leur rappeller le boulot qu'ils n'ont pas fait...(une bonne dizaine de mails ca promet une soirée sympathique) et pour me consacrer aux activités internationales du MJS Ile de France, les élections européennes et les jumelages, ca se prépare!

Tant d'heures de transport pour penser! ou corriger! ou lire "le monde de sophie" de jostein gaarder! Ou penser. Résultat des mutations dans deux mois. Dans les deux cas, des chemins de vie et des engagements différents suivant le résultat. Suspense!

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