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Le Technocrate

  • L'eau, l'énergie, et la gauche

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    Aujourd'hui, ma pause de midi, c'était, au 10 rue de solferino, une réunion du laboratoire des idées du parti socialiste sur la gestion publique de l'eau. Cette problématique, au delà de donner soif, se situe à la croisée de plusieurs thématiques: écologique, d'abord, puisque l'eau est une ressource parfois menacée, politique, la question de la socialisation ou de la privatisation de l'eau restant essentielle, ou encore énergétique, quand la France est le 2ème producteur d'énergie hydraulique en Europe (après la Norvege). C'est une question assez secondaire dans le débat politique et médiatique qui interroge beaucoup les élus locaux, notamment ceux qui siègent dans les comités de bassin.

    J'avoue, au début, j'ai bu la tasse. Mes profs de maths ne m'avaient pas parlé des terrawatts/ heure donc j'essaie de comprendre certains ordres de grandeur. En effet, le lab des idées fait des auditions: EDF, PME de l'eau, Compagnie Nationale du Rhone...Et si je siège comme secrétaire national à l'économie durable du MJS, donc spécialiste de ces enjeux, si comme prof d'histoire géo j'ai apprivoisé cette thématique dans le programme de seconde, parfois je ne suis pas le plus calé.

    J'ai appris pas mal de choses:

    - l'histoire de l'hydro-Électricité (1919 loi sur les concessions de l'eau, 1932 premier barrage important, 1946 création d'êdf, jusqu'en 1965 construction de grands équipements (retenues d'eau, éclusées...)

    - L'importance et l'utilisation de l'hydro en France du point de vue énergétique, agricole, industriel...L'UE produit 465 TWh soit deux fois la production des etats-unis. L'hydro fonctionne en lien avec le nucléaire, c'est le meilleur moyen de stocker de l'énergie (retenues et lâcher d'eau) Elle est renouvelable et permet d'éviter l'importation de 13 millions de tonnes équivalent pétrole (TEP).

    - De nouvelles questions se posent sous un angle écologique: j'ai ainsi demandé à edf en quoi ses infrastructures prenaient en compte les risques pesant sur la biodiversité, tandis que l'intervenant s'inquietait de possibles conflits d'intérêt entre agriculteurs, usagers urbains ou industries avec les baisses de débit liées aux secheresses.

    - Les difficultés des PME de l'eau et de l'assainissement; le president de cette fédération nous a expliqué ses difficultés face aux 3 grands: les offres de marché prédatrices, les PME rachetées par veolia...

    - concession, delegation ou affermage? Le président de la fédération des PME indique préférer la délégation à la concession: elle laisse la collectivité maitre de ses ouvrages et de ses investissements. L'adjointe au maire de l'eau de Paris indique qu'elle est pour une gestion publique de l'eau mais qu'il y a une place pour le secteur privé. Le débat porte sur le caractère peu démocratique de la concession (aucun controle des décisions, des investissements pendant des dizaines d'année...)

  • Pour une sixième république

    banania_chirac.jpgLes institutions, quel beau sujet de technocrate. Ca ne nourrit pas, ca ne désaltère pas, serait-ce un débat de juriste? Pas du tout.  Parler du système et de la vie politique, porter des propositions institutionnelles, c'est tout simplement commencer par le commencement. Quand je fais du porte à porte, quand je discute avec mes amis, quand je tracte, au premier mot annoncant que je vais parler de politique, souvent, les réponses fusent: "tous pourris"! "droite et gauche c'est la meme chose", "j'y connais rien!", "toute maniere ca sert à rien", "les chinois contrôlent tout", ma dernière étant la préférée, entendue à Béziers.

    Ces répliques me font mal comme elles font mal à la république et à la démocratie. Elles me font mal, car elles reflètent le découragement de catégories populaires découragées par la gauche et la puissance publique, qui se réfugient dans l'abstention ou le vote FN. Ne les regardons pas avec mépris, il faut des réponses concrètes à ce sentiment. Cette réponse c'est une des propositions portée par le MJS, la sixième république. Ce n'est pas seulement une démocratie parlementaire où l'on vote pour des idées, pas pour des hommes providentiels, ni non plus seulement une justice indépendante ou un pouvoir exécutif responsable devant le parlement, c'est plus que ca...

    - "tous pourris" ? La vie politique française a été largement rythmée par les affaires politico-financières. Pourtant la gauche a agi contre ces affaires: loi sur les marchés publics, loi sur le financement de la vie politique, reglementation des campagnes électorales....Il faut aller plus loin: l'affaire Woerth Betancourt et le scandale des micro-partis doivent nous inciter à réglementer le financement des partis et des campagnes, comme le proposait la présidente du Mouvement des Jeunes Socialistes (http://www.jeunes-socialistes.fr/2010/09/les-jeunes-socialistes-pour-ladoption-par-les-deputes-republicains-dune-loi-sur-la-transparence-financiere-de-la-vie-politique/), Laurianne Deniaud, dans une tribune de "libération". Plus largement, il faudra limiter l'emprise de l'argent sur la politique. Tous pourris, c'est aussi la dénonciation d'une classe, d'une nomenklatura qui accapare les mandats. A nous, avec le non-cumul absolu et le statut de l'élu, de faire émerger des femmes et des hommes politiques plus divers dans leur environnement professionnel, plus proche des réalités sociales, et plus disponible pour leur engagement. Le PS a avancé sur ces questions avec la convention sur la rénovation d'avril 2010.

    - "droite et gauche c'est la même chose" Que dois-je répliquer aux citoyens qui remarquent que Jospin a plus privatisé que Juppé? On ne crée pas des clivages pour le plaisir, c'est la responsabilité du parti socialiste de développer un projet politique cohérent, une alternative sociale, économique, environnementale qui fait sens, qui dépasse le capitalisme et la société de consommation, et j'exige la cohérence: moins de grands discours, plus d'expériences dans les collectivités territoriales que nous détenons.

    - "toute manière ca sert à rien" Je mets dans le même panier "j'y connais rien" et "les chinois contrôlent tout". Ces répliques posent plusieurs problèmes: l'éducation citoyenne, la vitalité démocratique et la puissance publique. L'éducation citoyenne doit être transversale, et insérée dans l'organisation des enseignements et des établissements, voire dans les medias. La vitalité démocratique doit être assurée par le développement de lieux d'expression: comités de quartier, réforme territoriale, droit de pétition, lieux d'affichages pour les partis politiques...il faut plus de débats! La puissance publique doit être réhabilitée: l'action de collectivités moins nombreuses et plus démocratiques doit être plus lisible, plus thématique, et la puissance publique doit retrouver sa force à travers une fiscalité plus forte et plus juste (progressivité des impots d'entreprises, prelevement à la source de l'impot sur le revenu, TVA sociale et écologique).

    C'est à ce prix que nous mettrons en oeuvre notre projet de société et que la victoire que j'espere en 2012 sera suivie d'autres, plus belles encore.

  • Avec Latouche, je décrois!

     decroissance.gifProfesseur d'université, Serge Latouche est le chantre d'un concept, la décroissance, qui remet en cause la croissance économique, ses critères, ses objectifs, ses conséquences. Ce "traité pour une décroissance sereine" (2007) est son troisième ouvrage, après "survivre au développement" et "le pari de la décroissance", à ce sujet, qui fait débat au sein de la gauche. Face à la crise sociale, politique, environnementale, et évidemment économique portée en germe par le capitalisme, le développement durable suffit-il pour sauver la planète? La définition de nouveaux critères pour définir la croissance suffira t'elle à assurer l'essor d'un nouveau modèle de développement? Le choix que font les partisans de la décroissance va plus loin: changer profondément les modes de production et de consommation, revoir de fond en comble les valeurs portées par la société! Vaste programme, disent certains qui dénonceront cette lubie moyen-ageuse qui nous ramenerait à la bougie et aux charettes, ou, ce qui est plus pertinent, équivaudrait à expliquer aux pays du sud qu'ils n'ont pas le droit d'accéder au niveau de vie des pays du nord.

    Ils en ont le droit, mais la Terre n'en est pas capable, puisqu'il faudrait 9 planètes et leurs ressources pour permettre aux 7 milliards de terriens d'accéder au niveau de vie des Américains. Alors que faire? Le but pour la gauche, c'est de décortiquer ce concept, de s'approprier ses arguments, et surtout d'en enrichir le débouché politique en repensant la notion de développement, en donnant un contenu à la société solidaire qui se substituerait à la société de consommation.

    Quels sont les ressorts de la société actuelle tel que Latouche les décrit en s'appuyant sur Baudrillard, Gorz et Kempf? l'addiction à la croissance à travers "la publicité, qui crée le désir de consommer, le crédit qui en donne les moyens, et l'obsolescence(...) qui en renouvelle la nécessité". Latouche définit l'ennemi numero 1, la publicité, deuxième budget du monde (après l'armement) avec 500 milliards dépensés chaque année pour envahir tant l'espace privé que l'espace public.

    Latouche définit d'ailleurs les 9 R qui permettront de passer de la société de consommation à une "société conviviale": "réévaluer" pour que l'homme soit plus un jardinier de la nature que son prédateur, en changeant les valeurs de la société. "Reconceptualiser"  ou encore "restructurer" est plus interessant: quelle reconversion de l'appareil productif au service des nouvelles valeurs de la société conviviale? Un exemple concret est proposé: transformer les moteurs de voiture en récupérateur d'énergie. L'auteur propose de redistribuer les richesses entre les générations, entre les classes, et surtout entre les continents et aborde la problématique essentielle de la dette écologique. Il veut "Relocaliser", "réduire" en indiquant un nombre marquant: 80% des biens produits ne sont utilisés qu'une fois. L'auteur évoque aussi la question du recyclage, notamment à travers l'exemple vertueux de l'entreprise Xerox qui recycle tous les composants usagers.

     Certains aspects du discours de Latouche sont plus discutables: Doit-on empêcher les gens de voyager alors que la majorité des Francais, par exemple, sont exclus du droit aux vacances? Doit-on organiser les décisions et la relocalisation des activités autour de bio-régions de proximité (p72) qui semblent occulter le rôle nécessaire des états, des organisations continentales et internationales, pour organiser la société...au profit du projet des "communes" cher aux anarchistes! La définition de "besoins acceptables" (p86) ne va t'elle pas à l'encontre des libertés individuelles? L'auteur en est conscient, puisqu'il dénonce le danger d'une solution "autoritaire" à la crise écologique.

    Pour autant, au delà de ces questions nécessaires, l'auteur propose des moyens pour mettre en oeuvre cette "utopie concrète", comme il qualifie la décroissance. Il explique, à travers l'exemple des Etats-Unis en 1942, que la reconversion rapide d'une économie nationale est possible. Il démontre que des nouveaux secteurs d'emploi apparaitraient pour économiser l'énergie, isoler les logements, pour le recyclage ou la reforestation. Il propose de pénaliser les dépenses de publicité, de taxer le travail des machines, mais ne parle à aucun moment de la question libre-échange/protectionnisme. Il dessine une société du temps libéré où le loisir, libéré de la consommation, permettrait à tous de créer, d'échanger, d'agir comme citoyen, et serait tout aussi considéré qu'un travail de plus en plus aliénant.

    En conclusion, le chantre de la décroissance a le mérite de la clarté: il ne s'accomode ni du capitalisme...ni du développement, et notamment de son nouveau modèle porté par les socialistes. L'auteur, avec les systèmes d'échange mutuel, la monnaie de service, l'autoproduction, remet en cause l'économie, tout simplement. Comme socialistes, nous pouvons nous retrouver dans l'analyse d'un monde, d'une économie, d'une société qui marche sur la tête. Nous pouvons nous inspirer de propositions fortes pour restructurer l'économie et repenser la société à travers une nouvelle politique du temps. Mais en centrant tant notre analyse que nos propositions sur une puissance publique qui organise et régule ce monde, nous nous éloignons du chemin des décroissants. Reste, avec eux, à développer des aspects encore trop flous de cet ouvrage: Au delà de la dette écologique, quel avenir pour les suds? Si la croissance est néfaste, si le développement est discutable, alors quelle évolution pour la société du temps libéré?

  • La planification je dis OUI!

    61978351491468598720.jpgJe dis Oui à la planification, à une planification écologique, à même d'organiser la reconversion écologique des modes de production et de consommation.

    La planification, c'est l'organisation, l'impulsion d'une politique économique par la puissance publique qui, de manière indicative ou incitative, met en dynamique les acteurs publics et privés de la production autour d'objectifs pluri-annuels. En France, la planification ne s'est pas inspirée du système autoritaire soviétique mis en place dans les années 30, mais d'un système à la fois indicatif et incitatif avec la création du commissariat général au plan après la seconde guerre mondiale, pour favoriser la reconstruction de la France. Dans les années 90, la puissance publique est affaiblie par les privatisations, la planification vue comme contraire aux lois du marché est remise en cause. En 2007, le commissariat général au plan devient le conseil d'analyse stratégique, un outil de prospective qui n'a nullement pour rôle d'orienter les politiques économiques. Cette absence de politique économique impulsée dans un souci d'intêret général a mené à l'exacerbation des inégalités territoriales et participé au désastre écologique: pollution, gaspillage, déchets ont pour source un capitalisme débridé qui poursuit uniquement des objectifs de rentabilité sur le court-terme. Comment?

    - En réarmant la puissance publique face à un marché impuissant et destructeur

    Le système capitaliste repose sur la spéculation et utilise les ressources naturelles sans souci des besoins des générations futures. Le capitalisme est destructeur parce qu'il remplace l'intêret commun  des citoyens par l'intêret privé des actionnaires à travers la privatisation, parce qu'il affaiblit la puissance publique à travers les baisses d'impôt, la désarme en dérégulant. Le capitalisme est destructeur car les nuisances environnementales n'appartiennent pas à son système de valeur. La privatisation des outils de production et de transports d'énergie, de transports de passagers et de marchandises ont participé à l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre en favorisant le transport routier, en empêchant l'émergence des énergies renouvelables...la fermeture des services publics de proximité, l'ouverture des commerces le dimanche, l'étalement urbain ont amené l'augmentation des déplacements et donc, de la pollution. Le capitalisme est impuissant pour relever le défi de la crise écologique. Son seul outil de fiscalité ("niches" fiscales, responsabilité sociale des entreprises) et la responsabilisation des individus (campagnes d'information) se sont révélés inefficaces pour entrainer une reconversion écologique conséquente et structurelle.

    La planification ne peut être menée qu'à travers une puissance publique forte et efficace, qui dispose d'outils d'action et de régulation importants pour impulser une politique économique qui repose grandement sur des acteurs privés. Cette planification passe donc par une production d'énergie et par des transports publics, par une redensification des villes et par une fiscalité écologique plus juste, notamment.   

    - en coordonnant la transition écologique

    Le premier objectif de la planification écologique est de mettre en oeuvre une transition écologique globale de notre modèle de société qui s'interesse à toutes les facettes de l'économie: consommer moins, consommer mieux, économiser l'énergie, gérer les déchets, gérer les ressources naturelles, réaménager les villes, les déplacements, les temps sociaux...

      Coordonner la transition écologique, c'est notamment un investissement massif de la puissance publique pour financer de grandes infrastructures d'énergie et de transports (lignes ferroviaires pour limiter le déplacement aérien et le transport routier), la construction de centrales d'énergies renouvelables (eolienne, solaire, hydraulique, géothermique) et orienter la recherche dans ce sens de manière durable. Cette transition écologique passe aussi par une politique ambitieuse de rénovation urbaine pour favoriser l'isolation thermique et les économies d'énergie, à travers de nouveaux moyens donnés à la contractualisation état/collectivités territoriales. Ces économies d'énergie (logement, transport, électro ménager) permettraient d'assurer pratiquement la moitié des économies nécessaires!

     En matière d'agriculture, elle passe par une nouvelle politique d'aménagement rural menée par des agriculteurs chargés de protéger les paysages et aidés pour pratiquer une agriculture écologiquement intensive. En matière d'industrie, la reconversion écologique passe par une relocalisation de l'industrie, au contraire de la division internationale du travail qui organise les inégalités économiques mondiales et les exacerbe.  

    - Mettre la contractualisation et la fiscalité au service de la reconversion écologique

     Changer les modes de production et de consommation passe nécessairement par une intervention publique. La société de consommation participe à la crise écologique: changer de portable et de chaussures tous les 6 mois a des conséquences en terme de gestion des ressources et de déchets. Or ce mode de consommation est lié à des normes sociales qui font de la consommation un faire-valoir pour se positionner socialement. Toutes nos activités ont une empreinte écologique (surface necessaire  de la terre et de l'écosystème pour produire les ressources utilisées par un individu moyen dans tel pays) et si chacun des 6,5 milliards de terriens disposent d'un hectare et demi, en moyenne les pays développés en dépensent plus de 6! La circulation automobile peut être réduite par une politique ambitieuse de déplacements si cela devenait une compétence locale: gratuité des transports compensée par une dotation de fonctionnement plus forte, système de transports partagés et à la demande, moratoire sur l'extension urbaine pour réduire les déplacements domicile/travail...

    Cette fiscalité écologique doit passer par une contribution climat - énergie qui permettrait de financer cette planification et participerait au changement des modes de production et de consommmation. Il s'agirait, tant pour les particuliers que pour les entreprises, de taxer la consommation d'énergie et l'émission de gaz à effet de serre. L'efficacité énergétique génère 43% des économies d'énergie, elle doit être valorisée dans la fiscalité (TVA notamment). Pourquoi pas alors moduler la TVA selon les modes de production d'un produit pour favoriser la proximité (et donc la relocalisation), le respect de l'environnement (économie d'eau, pollution faible) ou encore la durabilité du produit(possibilité d'échange, de recyclage).  On doit aussi agir sur la publicité pour réduire son espace dans les médias et à l'extérieur de manière drastique, alors que près d'un millier de messages publicitaires sont aujourd'hui ingurgités, en moyenne; par un parisien.