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éducation

  • Bayrou, le candidat des profs?

     220px-BayrouEM.jpgFrancois Bayrou dévoilait ses propositions pour l'école hier, le 6 février. Ce sera au tour de Francois Hollande, parait-il, après-demain. C'est donc le bon moment pour en discuter. On a présenté ce projet comme un clin d'oeil au monde enseignant, je me demande alors à quels enseignants. Confronté à mes terribles 4ème, débattant autour de la machine à café avec mes collègues, je suis tiraillé entre mes convictions « revolutio-pédago » , mes journées de prof débutant et débordé, décu et aigri, et mon intérêt (partisan) pour le débat politique sur le système éducatif. Alors, Bayrou, candidat des profs ?

    Le projet du Modem est-il innovant ? Oui si l'on considère que revenir sur la création du collège unique à la fin des années 70 est une avancée, c'est le sens des propositions du candidat du centre-droit pour le « collège diversifié ». Tout comme la création d'un bac d'excellence qui renforcerait des inégalités entre filières déjà terribles. Le projet éducatif de Bayrou est-il bon pour les enseignants ? Si l'on considère qu'un bon enseignant a une barbe, une blouse noire, et qu'un cours c'est un exposé oral d'une heure. La vision de l'enseignant selon Bayrou est-elle la mienne ? Non elle est totalement opposée : il veut des enseignants qui se débarrassent de la paperasse évaluative et des réunions (8ème orientation) ce qui me semble rejeter à la fois la logique du socle et le travail d'équipe (même si le socle est aujourd'hui trop « techno »). Qu'est ce que je reproche à la réforme de Bayrou ? Justement qu'il n'y en aura pas (2ème orientation) : Bayrou ne changera pas la définition du métier d'enseignant, n'a rien à dire sur les méthodes pédagogiques, en revanche de très bonnes intentions : exclure la violence, rétablir le respect, apprendre aux « djeuns » à s'habiller et à parler correctement, on en rêve tous. Des bonnes idées? Certaines existent déjà (désolé!): les devoirs au sein de l'établissement, la découverte des métiers. D'autres sont en contradiction avec l'esprit de son projet: réforme des rythmes scolaires, bureaux de profs dans l'établissement...

    Pourtant les médias pensent que ce projet pourrait plaire. Ils ont raison. Quand je me fais insulter et menacer chaque semaine j'ai envie d'entendre parler de respect. Quand trois élèves m'empechent de faire cours j'aime trouver dans le projet du Modem ce « collège hors les murs » pour les élèves qui nous enquiquinent. Que deviendraient-ils, on s'en moque bien. Quand la société nous méprise j'aime que notre ancien ministre (et collègue) pourfende nos détracteurs et les défient « vous ne tiendrez pas deux heures dans une classe de collège ! ». Je le remercie pour cette phrase.

    Pour autant, une vision éducative c'est un projet pour la société. Je me retrouve dans les derniers articles de Philippe Meirieu sur le café pédagogique saluant la sortie de son dernier livre, « un pédagogue dans la cité » : foi dans l'éducabilité de tous les enfants. Contrairement à certains collègues je ne pense jamais qu'un élève est « neuneu », fichu. Même les enfants de vignerons de mon petit collège champêtre. Sinon, à quoi bon être prof. Je rejette tant les partisans de l'école libérale que les nostalgiques de l'école élitiste. Je partage le projet d'unités pédagogiques fonctionnelles, des groupes de 120 élèves avec 10 enseignants qui s'organisent autour d'un projet pédagogique, avec un cadrage national ambitieux.

    Alors j'attends beaucoup du projet de Francois Hollande pour dépasser l'augmentation (nécessaire) des moyens et bousculer notre système éducatif. Pour favoriser la créativité, l'innovation, bouter l'ennui hors des classes, exclure l'exclusion et pour construire le droit à l'avenir autour de nouvelles méthodes d'évaluation, d'orientation, d'enseignement voire, de construction et d'organisation des établissements scolaires. RDV après-demain pour faire le point...

     

  • Géopolitique d'une salle de cours

    prof-et-flic-a-la-fois.jpgJ'avais déjà évoqué à plusieurs reprises tout ce qui peut se passer dans une salle de classe, quand la porte est fermée, quand les murs sont épais, quand personne ne va rentrer pendant 55mn et que, dos au mur, vous êtes seuls face à 25 à 30 personnes.

    Il n'y a pas que ca. Mardi, c'est ma journée prof principal. Longue aujourd'hui: 30mn avec l'assistante sociale, 30mn avec la conseillère d'orientation, 20mn avec mes collègues, 10mn en rdv avec des élèves. Tout celà entre les cours, ou sur le temps du repas. Parler pour s'informer, voire pour râler, vu que je n'ai aucune solution à proposer aux décrocheurs, à ceux qui souffrent, à ceux qui hurlent, à ceux qui, après tout, ne font qu'extérioriser leurs doutes d'adolescents.

    Quand tout va mal, quand le cours n'avance pas, quand tout devient brouillon et quand on s'emmêle, quand le brouhaha monte, la tentation d'être méprisant, de balayer avec de la morgue toutes les difficultés a pu m'effleurer. Mais ce serait si facile de tout attribuer à la baisse du niveau, aux parents démissionnaires, aux élèves imbéciles qui ne comprennent pas mes consignes...C'est évidemment la faute au système, notamment à des rythmes scolaires qui rendent les élèves fous en fin de journée, mais c'est aussi mon problème. J'ai, il faut le dire, quelques leviers. Le jeu, la surprise, la préparation, l'expérimentation.

    Menacer, déjà fait, punir, déjà fait...s'appuyer sur quelqu'un d'exterieur, pas possible, pour un nouveau prof, autant démissionner. Alors innovons. Au delà des bavardages, de l'insolence, de la faineantise, il y a de l'ennui. Et c'est déprimant. Alors, travail d'équipe, à l'oral,  mélange des élèves bons et moins bons, mise en situation,  théatralisation, cours à l'extérieur, jeux de rôles, tout devient possible, pour surprendre et changer de couleur le cours. C'est bien beau tout ca, mais pour mes prochaines lecons sur les états-unis, l'industrialisation et la sécurité, c'est un beau défi, surtout en pleines mutations intra et en pleine campagne des présidentielles.

    Mais il vaut la peine d'être relevé!

  • Enseignement, démocratie et révolution

    voeux,education,revolution,sarkozy,hollande Les voeux de notre président sortant au monde de l'éducation dans le cadre désuet du futuroscope ont permis, selon 'l'express' de dresser le portrait idéal de l'enseignant, si la droite parvenait à se cramponner au pouvoir. Au-dela de facilités démagogiques sur le travail des enseignants qui me rappellent une chanson des 'fatals picards', la technicité gestionnaire des propositions du pré-candidat Sarkozy me décoit: des profs plus présents, mieux payés, moins nombreux...Une approche quantitative qui ne résoud rien. A la gauche, à Francois Hollande de proposer une révolution éducative qui, de la gestion du temps éducatif par les intercommunalités à la réforme profonde de la formation enseignante, donnera à mes 900 000 collègues et à moi-même les moyens pour exercer mon métier correctement!

    En lisant 'La révolution francaise' de Furet/Richet, dans le tgv Paris/Béziers, je m'étonne de reconnaitre dans le débat de 1791 sur les citoyens actifs et la nature de la démocratie ce qui doit être selon moi un enjeu de ces présidentielles: la république exemplaire (Eva Joly), la république irréprochable (21 propositions du Mjs): répondre au dégout des citoyens; à l'abstention, au vote Fn, ce doit aussi être changer la politique et la vie politique, à travers le mandat unique et le droit de pétition notamment. Pour Francois Hollande, mon candidat; ce serait aussi faire confiance aux militants plus qu'aux medias pour faire campagne.

    La révolution me passionne, mais c'est surtout un défi pédagogique: en 8 heures, il faut saisir l'essentiel de ce changement brutal dans la société et les institutions, mettre en lumière des jours, des hommes et des lieux décisifs qui font sens. Et tout celà gaiement et mystérieusement car les 4eme ne sont pas patients de nature.

  • Une seule mesure pour changer l'école?

     rubon20.gifJ'ai écrit cet article avant d'aller en cours. Tant mieux, j'avais pris un peu de hauteur, car ca ne s'est pas bien passé. Passer plusieurs heures à préparer une mise en situation de procès (la justice, au programme de 4è), d'autres heures encore à préparer chaque élève à son rôle, y mettre beaucoup de coeur, c'est à double tranchant. Ca marche avec une classe et je suis le plus heureux. Objectifs atteints, rires et boutades en prime. Ca ne marche pas avec l'autre car ils sont moins matures, trop absentéistes, trop déconnectés...et c'est l'horreur. Le sentiment que mes rêves, ma conception de mon métier est tellement éloignée de mon quotidien. Mais je garde espoir que je verrai un autre système éducatif avant la fin de ma carrière, voire même bien avant, qui fasse de l'école un lieu d'ébullition, de partage et de joie.

    Le debat éducatif des présidentielles 2012 ne met toujours pas l'education au centre des discussions et c'est dommage. Car la France est en retard, car notre systeme educatif est inegalitaire et conservateur. Pas en retard pour liberaliser, vu l'essor des écoles et officines privées et des suppressions de postes, mais bien pour changer la manière d'enseigner, d'evaluer, d'orienter.

    Pour moi, une mesure permettrait d'entamer cette revolution educative. Au delà de la necessaire reforme de la formation des enseignants, de l'architecture des etablissements, et meme des rythmes scolaires, la priorité selon moi est d'introduire une heure de travail d'equipe hebdomadaire dans le service des enseignants.

    J'imagine si je voyais mes collegues une demi-journée par mois tout ce que nous pourrions faire. D'abord discuter de nos élèves et débattre plus regulierement, plus efficacement qu'entre deux portes, des difficultés, des troubles à détecter, des comportements inquiétants. Les élèves sentiraient une certaine continuité et on ne découvrirait pas qu'untel souffre de dyspraxie à la fin de l'année.

    Surtout pour moi, ce temps permettrait de donner du sens au savoir. Au delà de la logique verticale des programmes, ces réunions mensuelles permettraient de mettre en oeuvre l'acquisition du socle de connaissances et compétences évoqué en 2005 mais qui n'est pas réellement mis en place. Je m'imagine, comme professeur principal, organisant le mois de l'eau (évidemment fondamentale en chimie, geographie,svt, etc.), le mois de la guerre (si facilement exploitable en arts plastiques, musique, histoire, maths, physique), etc. J'imagine les réunions où nous pourrions déclarer priorité du mois le croquis, la lecture critique, la lecture d'un graphique...Je n'ai rien inventé, c'est ce qui se fait dans les semaines interdisciplinaires du collège clisthene, à bordeaux.

    Au lieu de tout ca, revassant entre Sete et Agde, je sais que je me retrouverais dans une semaine, en conseil de classe, reglant en deux phrases le destin d'un eleve. Ils meritent mieux que ca, tout comme le débat des présidentielles. Comme militant et comme enseignant, j'attends beaucoup de ces échéances.