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ZEP

  • « je veux pas aller en lycée pro »

    Hier je suis allé voir « entre les murs ». Comme disait Aurélie, y aura sûrement que des profs dans la salle. C’était bien. On s’attendait à l’énième projection d’un film sur le prof parfait qui fait de fabuleux cours magistraux qui captive des élèves apparemment peu troublés par leurs hormones (peu crédibles par conséquent)…et bien non ! Le prof de français d’ « entre les murs » n’est pas un prof parfait. Il se laisse dévier, commet des fautes typiques qui font hurler les profs dans la salle (accepter le changement de sujet, laisser un élève mettre les pieds sur la table, parler aux élèves dans la cour) et surtout, c’est l’événement du film, insulter des élèves (la nuance n’existe pas au collège).
    J’ai aimé le tournage extrêmement réaliste, extrêmement proche de l’action. J’avais l’impression de revenir sur l’estrade de ma ZEP. Les élèves qui typent, les profs qui s’entraident, la rentrée des combattants, le combat quotidien pour qu’on laisse le prof parler, le rapport de force de tous les instants…J’ai moins aimé quelques détails (on croit toujours que le cours c’est le prof qui le fait, à part l’autoportrait, je suis syndicalement, professionnellement et personnellement pas d’accord.)
    J’ai aimé…le prof qui pète un plomb. C’est ça la ZEP, chialer dans les toilettes. J’ai aimé la fin, cette élève qui a la fin de l’année « n’a rien appris » et « ne veut pas aller en pro ». C’est ça l’éducation à la française. Adapte-toi à la norme et vas aussi vite que les autres ou crève (synonyme d’aller en voie professionnelle). L’orientation n’est conçue que comme une sélection élitiste qui favorise les catégories de la population les plus intellectuelles (fils de cadres et de profs, évidemment !)
    Ce matin, quand j’allais au collège, comme tous les matins, j’ai pris mon petit déjeuner (toujours le même), raté le bus (comme d’hab’), me suis gelé les fesses sur les bancs en plastique de la gare pour enfin rentrer dans mon cher MONA (c’est le nom du RER, c’est pas un code). Le soleil rouge se levait sur la Seine c’était merveilleux et j’avais deux geeks à côté avec des lueurs inquiétantes dans les yeux qui parlaient de l’oracle des ténèbres qu’ils avaient combattu la nuit dernière. C’est louche.
    Mes adorables sixième ne m’ont pas raté ce matin. « monsieur, vous avez une belle écharpe rouge » « Monsieur, vous savez pas écrire » « monsieur, vous avez pas mal à la tête le soir » ? Aimez vos élèves, vous êtes payés au centuple…révisions sur la population mondiale, activité sur la citoyenneté en troisième…
    Enfin, je mangeais avec Cyril, responsable des jeunes radicaux de gauche à midi. La jeune gauche avance, mon projet banlieues avance, la droite n’a qu’à bien se tenir…cet aprem au syndicat, j’ai une productivité de fou (5 cafés, ça fait un peu trembler mais bon) du coup j’ai écrit 3 articles pour octobre. Qui a dit que j’étais drogué ?

  • a year in the merde: journal d'un néo-titulaire

    LN_Cart2.jpgNous sommes fin juin, une année a passé, j'ai quitté mes derniers élèves, de mon dernier remplacement, qui m'ont salué de leurs cris en voyant passer ma voiture. J'ai rangé mes dernières affaires sur ce bureau, dans ce casier qui ne sont pas les miens. L'année est finie, le collège est vide, calme, sent les vacances. Celles-ci sont bienvenues pour moi. Cette année, j'ai fait mon baptême du feu. J'avais lu des témoignages. J'y pensais depuis 10 ans. Je savais qu'un jour, on m'enverrait en région parisienne, loin des miens, vers des élèves différents, et que ce ne serait pas facile.

    J'ai donc pu vivre cette formidable convergence de difficultés. Seul. Trouver un appartement, s'installer, déménager. Prendre ses repères dans une nouvelle vie, une nouvelle région. Attendre avec anxiété une affectation, qui parfois tarde à arriver. Ou n'arrive pas. J'ai attendu pendant deux mois que l'éducation nationale, qui m'avait envoyé à 1000km de tout, daigne me donner un poste, des élèves, un tableau pour enseigner, pour servir l'état qui m'avait recruté par concours et si facilement déplacé comme un pion. Est-ce que je suis à plaindre? Autant que des milliers de jeunes enseignants à qui ca arrive chaque année et qui même mieux se retrouvent logés loin de leur lieu d'affectation, travaillent dans des lycées professionnels, parfois sur plusieurs établissements...

    J'ai été un pion très mobile, très serviable. Oublié pendant deux mois sans aucun avis, j'ai harcelé le rectorat pour obtenir des heures, des élèves, pour travailler quoi. A défaut, j'ai bien occupé mon temps. Puis on m'a baladé. Je suis resté 6 mois dans un établissement, sans pouvoir m'investir, préparer des cours car on ne daignait pas m'indiquer la fin réelle de ce remplacement. Au jour le jour, je me suis installé, accepté d'être professeur principal, combattu deux classes antipathiques, géré les élèves difficiles de ma classe de PP et tenté, coûte que coûte, de réaliser le programme.

    En novembre, j'ai failli pleurer. Les municipales ne marchaient pas, les cours ne marchaient pas, la relation avec les classes de troisième ne marchait pas...rien à se raccrocher, pas d'engagement politique, personne à qui se confier...En janvier, la fatigue devint telle que j'inaugurais mon premier arrêt-maladie. Ca me faisait tant rire les arrêts maladies des profs dans la BD. Moins maintenant. Arrivait alors mars, les dernières impatiences, l'inspection sabotée, une énorme lassitude...blasé, je « faisais mes heures », tout ce j'avais dénigré, tout ce que je m'étais juré de ne jamais faire...A 24 ans, j'étais déjà blasé de mon métier! Ca aurait pu être pire. Comme certains collègues, j'aurais pu penser à démissionner (je garde certains textos :-P), j'aurais pu le faire. J'aurais pu craquer en cours, pleurer. J'aurais pu frapper.

    Et puis mon nouveau remplacement a sonné comme un renouveau. Quoi, on me laisse faire cours? On se tait quand je parle, on participe, on fait des efforts? Je peux arriver à faire un cours sans punir, menacer, crier, regarder méchamment, trembler de prendre un mauvais coup? Ce dernier remplacement a sauvé l'année, mais maintenant, il faudrait retrouver l'envie, la passion d'enseigner...Je remercie donc ces derniers élèves, dans ce collège perdu au milieu des champs de colza et de coquelicots...Tout comme mes élèves de sixieme, qui m'ont appris à innover dans mes pratiques...et mes élèves de troisième, pour leur méchanceté, qui m'a appris à prendre du recul...

  • professeur remplacant: bilan de 6 intenses mois de galère et de joie

    1904271064.jpgEn 6 mois, j'ai profondément changé. Pendant 6 mois, j'ai été professeur principal dans un college ZEP. Tous les jours je me suis levé en pensant qu'il fallait "tenir". Ne pas pleurer et ne pas tomber en congé maladie. Tous les jours j'ai songé aux moyens de faire cours, sans me laisser distraire par les multiples interruptions, pour assurer le programme. Et bon au moment de faire le bilan, je n'ai pas pleuré, je n'ai fait qu'un jour de congé maladie et j'ai bien suivi le programme. J'ai même fait aimer la matière, dixit les parents d'élèves, à certains. C'est une grande joie. Mais je n'ai sauvé personne, comme l'an dernier. Ceux qui devaient se noyer ont sombré.

    J'ai beaucoup appris. Faire taire un brouhaha en plusieurs temps, avec le silence, avec un regard dur sur un groupe d'élèves, avec une voix froide et neutre pour relever les carnets. J'ai appris à élaborer une politique des peines, la plus préventive possible, en se basant sur les avertissements oraux et les relevés de carnets. quasiment aucune heure de colle. Un mot aux parents. Et souvent des exclusions: le cours doit continuer. J'ai appris à rester froid devant les insolences, devant les insultes. C'est dur à dire, mais j'ai appris à construire ce mur qu'on appelle le détachement. Les insultes m'effleurent sans m'atteindre, je ne réprime les insolences que parce que le respect pour les enseignants est le respect de cadres sociaux qui permettent d'intégrer la société.

    J'ai été triste, quand je me déchirais pour certaines séances et que certains élèves n'y rentraient pas dedans. J'ai été décu, par des classes bavardes que j'appréciais au demeurant. Décu quand j'allais chercher la participation et qu'on refusait de me répondre. J'ai appris à parler avec un élève, non pas à le tancer sur la morale, mais plutôt à lui faire remarquer l'absurdité de son comportement. J'ai appris à valoriser les efforts. C'est ce dont je suis le plus fier, 4 élèves en sixieme et 4 élèves en troisieme que j'ai remis au travail. Je ne suis en revanche pas expert dans les relations avec les parents d'élève et avec les élèves perturbateurs. J'ai appris l'improvisation, l'adaptation à un terrain aisé, mobile voire difficile.

    J'ai appris à être plus clair dans mes consignes, grâce aux sixieme. à annoncer ce qu'on allait faire, à donner les consignes les unes apres les autres. je suis plus patient (mais y a encore du boulot). je n'ai pas réussi à leur apprendre la rigueur: j'oublie souvent de vérifier si le travail est fait, de relever des punitions, etc. c'est mon défi pour l'an prochain. Je n'ai pas toujours été écouté au début, j'ai essayé le lyrisme, le dramatisme, le tragédisme pour attirer l'attention des élèves. déplacements, silences, blagounettes, tout était fait pour attirer le chaland. Je me suis essayé au récit, je me suis essayé au jeu éducatif, toujours avec les sixiemes, et je les remercie car celà a marché et considérablement enrichi ma démarche pédagogique...

    En revanche, je ne suis toujours pas au top sur l'apprentissage sur le long terme. compétences, notions, tout ce qui demande un peu de recul...bof! j'ai été profondément ému par les dessins des élèves, des poissons du premier avril aux cartes de noel (où ils me disaient de prendre des vacances) en passant par les lettres de st valentin.  ému par les efforts d'élèves en difficulté. Je ne trouve rien de plus émouvant. ému par les sourires, alors qu'en dehors du collège, la vie était si dure. Je me suis fait accepter, pas à pas, comme remplacant, apprécier même. Ce n'était pas facile à priori; les premieres semaines, les élèves me reprenaient quand je disais "ma classe". J'ai fait la connaissance de collegues investits, qui m'ont soutenu, j'ai pris conscience que j'appartenais à une grande famille, avec ses regles, ses codes...je me suis demandé quelle image je renvoyais. injuste pour les troisieme, trop gentil pour les sixieme (ils me reprochent quand meme le manque de punitions en heure de vie de classe), désorganisé pour les quatrieme qui détestent raturer leurs beaux cahiers...

    Cette premiere expérience de titulaire m'a donc beaucoup apporté. l'aspect ZEP pas forcément. J'ai juste été choqué des remarques racistes omniprésentes, j'ai compris que le rôle de l'histoire géographie n'était pas d'apprendre des dates mais bien de permettre le vivre-ensemble. J'ai appris d'un peu plus pres les rouages de l'administration scolaire, me suis perdu dans la paperasse. Je patauge encore dans la psychologie et la pédagogie de base. Je ne suis qu'un apprenti. La passion est toujours là. le découragement a perdu. La souffrance a été intense (combien de repas absorbés, les oreilles bourdonnantes, combien de cafés avalés affalés sur le canapé de la salle des profs....), je suis aussi conscient que je ne serais pas un prof miracle avant longtemps.

    Le rêve étant évidemment d'être LE prof qui a remis un élève en selle. fait découvrir une vocation, une passion. Mon autre rêve, c'est d'être fidèle à l'immense espoir que je fonde en l'éducation pour renverser la reproduction sociale, élargir le sens des possibles et permettre à tous les élèves de progresser, être fiers d'eux même, d'accomplir leurs rêves et leurs projets de vie. Suis-je fidèle? Le combat continue! Mais où?

  • inspection réussie, rencontre parents profs passée, fin de l'insomnie?

    1461707431.gifJe sais pas.

    d'un côté j'ai fait une excellente inspection. ca commencait évidemment tres mal: j'avais pas dormi de la nuit, le dernier cours avait été intenable, et le pire...c'est quand j'arrive à mon établissement et qu'on m'annonce que mon inspection est annulée car je dois amener mes élèves voir une expo. On m'annonce par ailleurs que toutes les 10 mn les élèves se relaieront pendant mon cours pour passer des oraux. je pete un cable, je cours dans la cour, je remue le college et soutenu par mes pairs et une PA exemplaire je fais annuler ce parcours inédit. il est 8h30 et l'inspection doit avoir lieu à 10h30. je suis en nage, tremblant, j'ai déjà bu trois cafés et je la sens mal.

    arrive 10h30, la PA vient dans la classe. entrée dans le calme des troisiemes fourbes. blousons OUT élèves DOWN en 5 mn c'est déjà merveilleux. document d'accroche, premier document, deuxieme document, trace écrite autonome, tout s'enchaine magnifiquement, participation massive des cancres et bien gérée, je dessine la mondialisation avec ma classe. Ceux qui m'ont snobé, insulté, méprisé, moqué se déchainent enfin pour tout faire oublier et je n'oublierai pas. je ne peux pas expliquer à quel point ca fait du bien moralement. je me suis senti trahi lors de l'inspection sabotée, trahi par des élèves que j'aime et pour qui je me tue littéralement à la tâche. Tout est effacé, dommage que mon remplacement finisse dans 2 semaines apres 6 mois de guerre des tranchées!

    un cours réussi qui fait aimer la vie. entretien avec l'inspectrice: "bonne gestion du début du cours et de la prise de parole, aisance à l'oral, bonne gestuelle, bon questionnement et bonne diversité des documents et du cours, tout est au top"...sauf les notions que je décortique pas assez! Encore un café et c'est reparti pour mettre en place mon cours en groupes sur la presse (d'un côté une table analyse d'un journal, d"autre coté un atelier études des unes pour un jour donné). comme sur des roulettes, c'est la quatrieme sympathique. Juste apres, je mene bataille avec la 3eme affreuse pour arriver au bout des 30 glorieuses et du choc pétrolier. j'ai du mal, je m'entends à peine parler, entre la tondeuse à gazon, la cour et les classes d'à côté où les profs gueulent c'est sympathique...

    enfin de suite apres sans pause (c'est 17h) j'enchaine sur 3 heures de rencontres parents profs. une parent d'élèves m'agresse presque parce qu'elle est pas d'accord avec ma synthese de PP tandis que sa fille part en pleurant dans le couloir. une autre me dit que j'ai fait aimer l"histoire à sa fille. un autre tapote la tête de son fils qui a eu les felicitations. une autre est dépassée par un fils insolent qui n'a pas envie qu'elle soit fiere de lui. c'est dommage.

    est ce que pour autant je dormirais? j'ai toujours un weekend de formation à préparer (pour la grasse matinée c'est rapé jusqu'au mois prochain, une université permanente ce week-end, une vie sentimentale compliquée (je pense à qqn). Donc on verra bien!