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boulot

  • professeur remplacant: bilan de 6 intenses mois de galère et de joie

    1904271064.jpgEn 6 mois, j'ai profondément changé. Pendant 6 mois, j'ai été professeur principal dans un college ZEP. Tous les jours je me suis levé en pensant qu'il fallait "tenir". Ne pas pleurer et ne pas tomber en congé maladie. Tous les jours j'ai songé aux moyens de faire cours, sans me laisser distraire par les multiples interruptions, pour assurer le programme. Et bon au moment de faire le bilan, je n'ai pas pleuré, je n'ai fait qu'un jour de congé maladie et j'ai bien suivi le programme. J'ai même fait aimer la matière, dixit les parents d'élèves, à certains. C'est une grande joie. Mais je n'ai sauvé personne, comme l'an dernier. Ceux qui devaient se noyer ont sombré.

    J'ai beaucoup appris. Faire taire un brouhaha en plusieurs temps, avec le silence, avec un regard dur sur un groupe d'élèves, avec une voix froide et neutre pour relever les carnets. J'ai appris à élaborer une politique des peines, la plus préventive possible, en se basant sur les avertissements oraux et les relevés de carnets. quasiment aucune heure de colle. Un mot aux parents. Et souvent des exclusions: le cours doit continuer. J'ai appris à rester froid devant les insolences, devant les insultes. C'est dur à dire, mais j'ai appris à construire ce mur qu'on appelle le détachement. Les insultes m'effleurent sans m'atteindre, je ne réprime les insolences que parce que le respect pour les enseignants est le respect de cadres sociaux qui permettent d'intégrer la société.

    J'ai été triste, quand je me déchirais pour certaines séances et que certains élèves n'y rentraient pas dedans. J'ai été décu, par des classes bavardes que j'appréciais au demeurant. Décu quand j'allais chercher la participation et qu'on refusait de me répondre. J'ai appris à parler avec un élève, non pas à le tancer sur la morale, mais plutôt à lui faire remarquer l'absurdité de son comportement. J'ai appris à valoriser les efforts. C'est ce dont je suis le plus fier, 4 élèves en sixieme et 4 élèves en troisieme que j'ai remis au travail. Je ne suis en revanche pas expert dans les relations avec les parents d'élève et avec les élèves perturbateurs. J'ai appris l'improvisation, l'adaptation à un terrain aisé, mobile voire difficile.

    J'ai appris à être plus clair dans mes consignes, grâce aux sixieme. à annoncer ce qu'on allait faire, à donner les consignes les unes apres les autres. je suis plus patient (mais y a encore du boulot). je n'ai pas réussi à leur apprendre la rigueur: j'oublie souvent de vérifier si le travail est fait, de relever des punitions, etc. c'est mon défi pour l'an prochain. Je n'ai pas toujours été écouté au début, j'ai essayé le lyrisme, le dramatisme, le tragédisme pour attirer l'attention des élèves. déplacements, silences, blagounettes, tout était fait pour attirer le chaland. Je me suis essayé au récit, je me suis essayé au jeu éducatif, toujours avec les sixiemes, et je les remercie car celà a marché et considérablement enrichi ma démarche pédagogique...

    En revanche, je ne suis toujours pas au top sur l'apprentissage sur le long terme. compétences, notions, tout ce qui demande un peu de recul...bof! j'ai été profondément ému par les dessins des élèves, des poissons du premier avril aux cartes de noel (où ils me disaient de prendre des vacances) en passant par les lettres de st valentin.  ému par les efforts d'élèves en difficulté. Je ne trouve rien de plus émouvant. ému par les sourires, alors qu'en dehors du collège, la vie était si dure. Je me suis fait accepter, pas à pas, comme remplacant, apprécier même. Ce n'était pas facile à priori; les premieres semaines, les élèves me reprenaient quand je disais "ma classe". J'ai fait la connaissance de collegues investits, qui m'ont soutenu, j'ai pris conscience que j'appartenais à une grande famille, avec ses regles, ses codes...je me suis demandé quelle image je renvoyais. injuste pour les troisieme, trop gentil pour les sixieme (ils me reprochent quand meme le manque de punitions en heure de vie de classe), désorganisé pour les quatrieme qui détestent raturer leurs beaux cahiers...

    Cette premiere expérience de titulaire m'a donc beaucoup apporté. l'aspect ZEP pas forcément. J'ai juste été choqué des remarques racistes omniprésentes, j'ai compris que le rôle de l'histoire géographie n'était pas d'apprendre des dates mais bien de permettre le vivre-ensemble. J'ai appris d'un peu plus pres les rouages de l'administration scolaire, me suis perdu dans la paperasse. Je patauge encore dans la psychologie et la pédagogie de base. Je ne suis qu'un apprenti. La passion est toujours là. le découragement a perdu. La souffrance a été intense (combien de repas absorbés, les oreilles bourdonnantes, combien de cafés avalés affalés sur le canapé de la salle des profs....), je suis aussi conscient que je ne serais pas un prof miracle avant longtemps.

    Le rêve étant évidemment d'être LE prof qui a remis un élève en selle. fait découvrir une vocation, une passion. Mon autre rêve, c'est d'être fidèle à l'immense espoir que je fonde en l'éducation pour renverser la reproduction sociale, élargir le sens des possibles et permettre à tous les élèves de progresser, être fiers d'eux même, d'accomplir leurs rêves et leurs projets de vie. Suis-je fidèle? Le combat continue! Mais où?