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  • Berlin: de la guerre froide à l'actualité politique allemande

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    Berlin me fascine. Une capitale aux allures provinciales où les terrains vagues mitent un centre-ville qui garde des stigmates de la guerre froide. Une ville où l'université Humboldt, gloire de la royauté prussienne, cotoie, sur l'avenue unter der Linden, l'ancien "palast" de la RDA et d'immenses publicités h&m...Une ville où quelques éclats de balle sur un mur, quelques plaques de béton collées à la verticale entourées de touristes, rappellent que Berlin concentre toute seule l'histoire du XXème siècle.

    Quelle idée d'aller à Berlin en plein hiver! Outre que le voyage à cette période est une coutume pour moi (Irlande l'an dernier), Anita m'ayant gentiment proposé un échange d'appartements, la destination s'imposait! Nous habitons donc pour quelques jours à Neukoelln, charmant quartier des faubourgs berlinois. Il fait moins 7, la neige crisse dans des rues qui se ressemblent toutes, où les batiments font deux étages au plus, aux couleurs plus vives qu'à Paris. Panneaux de rues, signalisation de l'eau, les baeckerei me rappellent que je reviens enfin dans un pays assez important pour moi: j'y ai vecu plus de sept mois et j'ai une certification pour enseigner l'histoire en allemand (sections européennes), tout un symbole...

    Au musée de la RDA, nous entrons dans un nouveau monde, un monde ancien pourtant: le modèle communiste. Une Allemagne différente s'est construite pendant 40 ans: emploi assuré, haut niveau de service public, mais liberté surveillée, voyage limité à l'est, dictature bananière et culture souterraine du punk à la cave...Et bien ce modèle, qui m'a ému dans "good bye lenine", effrayé dans "das leben der andere", fait réfléchir. Fondamentalement opposé à mes rêves d'une société éducative du temps libéré, il montre pourtant que le capitalisme et la société de consommation sont dépassables. Mais peut-etre pas dans un seul pays. Au café rix, pour le brunch de ce matin, le journal sur la table, "die welt", me rappelle à la dure réalité politique.

    Ursula Von der Leyen, ministre fédéral du travail, CDU, a proposé au bundestag (à majorité libérale/démocrate-chrétien) une hausse de 5 euros mensuels des minimas sociaux (appellés hartz IV depuis la loi de 2003 qui a réformé l'arbeitlosen- et le sozial-geld, indemnités de chomage et revenu d'insertion). Le SPD, à travers la voix de son président Sigmar Gabriel, s'est elevé contre le "paquet éducatif" qui l'accompagne: cheques d'accès à l'aide scolaire, aux activités musicales, sportives, aux voyages scolaires, il ne représente que 800 millions d'euros, somme dérisoire pour la première puissance européenne. Je suis de tout coeur avec les socio-démocrates, au sein desquels je milite ponctuellement depuis juillet 2004, qui se battent depuis 10 ans pour l'école à temps plein (et donc pour un service public de qualité et l'égalité professionnelle entre hommes et femmes)! Ces subventions profitent aux catégories déjà favorisées de la population et confortent la marchandisation du temps péri et extra éducatif. C'est le contraire que nous souhaitons: une organisation globale, publique, éducative et associative, du temps scolaire et du temps libéré. Le sort de cette loi dépend du vote du bundesrat où la majorité cdu/fdp a une voix de moins que la majorité. Les verts, alliés à la droite en Sarre, feront pencher la balance, mais dans quel sens...

    Dernière étape de la visite, après le marché de noel, le deutsches historisches museum, une mine d'or pour les cours que j'espere donner bientot en section européenne. Des Celtes à Charlemagne, de la guerre de 7 ans à la construction européenne, l'histoire de nos deux nations est à ce point lié qu'on peut réfléchir sans mal à la géneralisation des manuels franco-allemands!

  • Les enjeux des élections législatives allemandes de septembre 2009

    180x180_rIYCwCw7pY.jpegS'intéresser, analyser la politique allemande, le paysage politique et les enjeux électoraux avec des concepts et un point de vue français est particulièrement périlleux voire insensé. Dans 6 mois, les Allemands éliront la chambre basse du parlement, le Bundestag; et un chancelier ou une chancelière ressortira de la majorité élaborée sur la base d'un programme commun à l'issue des résultats électoraux. C'est un système d'élections mixtes, à la fois de liste partisanes à l'échelle des états, et de circonscriptions pour les quelques 300 Wahlkreise, qui permettent d'habitude des résultats assez nets et représentatifs à la fois.

    Le système politique allemand a évolué mais ses racines plongent jusqu'au IIeme reich, quand la démocratie parlementaire se mettait petit à petit en place face à Bismarck et Guillaume II (vaste programme!). Le SPD, parti social-démocrate, date de 1876, tandis que les partis bourgeois tels que le parti libéral et le zentrum, devenu FDP et CDU, s'organisent surtout pendant la république de Weimar. Les partis nationalistes disparaissent, discrédités, après la chute du 3ème Reich qu'ils ont aidé dans son accession au pouvoir en 1932/1933. D'un autre côté, les partis d'extreme droite (Republikaner, DVU, NPD) restent divisés, même après une montée inquiétante au début des années 1990, tandis que les verts apparaissaient en 1970 et se dotaient d'un jeune leader issu de l'immigration turque l'an dernier, Cem Ozdemir... D'un autre côté, les communistes, inexistants en Allemagne de l'ouest après la guerre froide, réapparaissaient avec la réunification, avec l'ancien parti unique est-allemand devenu PDS, en dépassant parfois la barre des 5% permettant d'accéder au bundestag, renforcés par leur coalition électorale avec les décus de la social-démocratie, appellée die linke, depuis 2005.

    La république fédérale Allemande est dirigée par un chancelier, certes, mais surtout par des combinaisons partisanes aléatoires appellées coalitions...et il en existe plusieurs formes! Les notions de droite et gauche sont très floues en Allemagne où l'on réfléchit plus par conservateurs/libéraux/socio-démocrates/nationalistes...et où les alliances se font et se défont sur la base de programmes concrets précis après d'apres négociations...comme en 2005 quand le SPD et la CDU/CSU ont du se résoudre à une grande coalition, dans la mesure où leurs partenaires naturels (verts d'un côté, libéraux-démocrates de l'autre) n'avaient pas réuni d'assez bons scores pour former une majorité! Comment est-ce possible? En France, j'ai des camarades peu nuancés qui se font concurrence pour crier plus fort que les autres que les Allemands de gauche sont des traitres...un peu plus on sortirait des arguments historiques...alors que tout simplement leurs lignes de clivage ne sont pas les notres, leur système, plus proportionnel, est différent, alors pourquoi plaquer nos schémas?

    Depuis 2005, les partis au pouvoir sont affaiblis, leurs lignes de clivage amoindries par leur cohabitation. Le SPD est sur une ligne plus libérale avec son aile droite, FW Steinmeier, alors qu'Angela Merkel fait vibrer très fort l'aile sociale de son parti de centre-droit, la CDU. Celà laisse un boulevard aux verts, déchainés sur l'anti-nucléaire que leur laisse le SPD jugulé par ses accords de gouvernement, pour die Linke, alors que la crise sociale et économique remet en cause les options libérales, ou pour le FDP qui rassemble les décus de la CDU, à droite!

    6 mois avant l'élection, où en sommes-nous? d'apres les sondages, si les élections avaient lieu demain, la CDU obtiendrait 34% des suffrages, le SPD 22%, le FDP 18%, die Linke 12% et les verts 10%...Les coalitions possibles? A droite toute avec NOIR/JAUNE (CDU/FDP) en se disant qu'avec un pareil score le FDP peut presque demander la parité complete au gouvernement et notamment la vice-chancellerie pour son jeune leader Guido Westerwelle...Au centre toute avec le retour de la grosse Coalition qui après tout tient bien la route avec ses deux sexycentristes que sont le ministre des affaires étrangeres Steinmeier et Merkel à la chancellerie (la "machine à laver "au vu de l'architecture pour les intimes des virées berlinoises)...et j'apprends par un article de presse très interessant http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5j6XtkklPm36t5QKP6ytvcD7g3-Jw que Steinmeier se rapproche de Westerwelle et n'exclut pas l'idée d'une coalition libérale de centre/centre-gauche qui n'avait jusqu'ici était réalisée que par Helmut Schmidt de 1974 à 1983! Argh trahison, tous des droitiers vont grogner mes camarades. Certes, mais sur la base d'un programme commun issu de lignes de convergence sur l'éducation, l'immigration, le désarmement et la libéralisation des moeurs! De la même manière que le SPD a travaillé avec la CDU sur la réforme de l'état...Elle est loin la coalition de gauche rotrotgrün évoquée lors des élections de Hesse l'an dernier!

    Quels sont les thèmes de campagne? Evidemment de la tambouille avec Merkel l'hésitante-pas-capable-de-gérer-la-crise martellée par le SPD qui fleure un peu le machisme mais bon...Mais aussi des vrais débats de fond auxquels j'avais participé en faisant campagne pour Schröder en 2005 à l'époque du tournant de gauche du SPD: assurance citoyenne (Bürgerversicherung) pour la santé contre forfait individuel (Kopfpauschal) proposé par la CDU, interdiction des frais d'inscription universitaires (studiengebühren) contre limitation des compétences fédérales en matière d'éducation...d'autres sujets sont plus technocratiques comme la redéfinition des compétences fédérales et régionales (Föderalismusreform) ou plus consensuels comme la lutte contre l'extreme droite...Voyons maintenant parti par parti!

    Que veut le SPD? De nouvelles propositions pour un nouvel état social: assurance maladie payée en fonction du revenu, SMIC (mindestlohn) négocié par les branches, mais aussi malheureusement des retraites plus flexibles ou encore la fameuse sortie du nucléaire, le "atomausstieg". Que veulent die Linke, guidés par Gregor Gysi et Oskar Lafontaine? Casser le système bipartiste ou bi-coalition (ca c'est réussi) et veulent concentrer leurs propositions sur  la lutte contre les privatisations, le nouvel état social, la lutte pour l'égalité hommes/femmes au boulot et à l'école...De leur côté, les verts refusent de parler alliance et veulent se concentrer sur leurs thèmes de campagne: les libertés publiques, l'énergie et le développement durable ou encore la paix et la lutte contre la précarité (ils préconisent le Grundeinkommen, sorte de RMI). Le FDP avec son slogan "mehr netto vom brutto" qui signifie à peu près moins de taxes sur la feuille de paie, veulent moins d'impôts, moins de dettes, plus de libertés dans la société et pour les entreprises...de vrais libéraux qui veulent moins d'état quoi! La CDU est à la tête des sondages mais pas forcément en position de force: pas de proposition phare, pas de projet global, le premier parti d'Allemagne s'est technocratisé et n'aspire qu'à "gérer"...

    En bref, de beaux débats de fond, quelques petites attaques de bas-fond et comme débat principal, comme d'habitude, les coalitions...en se disant que pour celle que je défends, évidemment la gauche plurielle (rotrotgrün) rien n'est simple: 2 partenaires c'est compliqué à gérer en Allemagne (ca marche toujours par 2 si je compte pas la CSU) et le SPD est très partagé par rapport à son partenaire die linke avec laquelle elle cogère certains états: c'est quand même l'ancien pârti unique de la RDA qui a mis en place une police politique, la stasi, dont on vient à peine de sortir les archives des débarras (avec son lot d'espions retrouvés "subitement" qui permet très pratiquement d'éliminer ses rivaux politiques)...et que die linke a un peu du mal avec un SPD revenu au centre gauche voire au centre avec un nouveau leader schröderien, Frank Walter Steinmeier, aile droite du parti! Ce qui ne m'empêchera pas de faire sa campagne dans quelques mois...Les Jusos allemands font la part des choses (et avaler quelques couleuvres, on a bien fait campagne pour Royal)!

     

  • la politique en Allemagne: honnêteté et pragmatisme!

    1419243339.jpgVu qu'en France la politique semble se résumer pour les médias aux injures présidentielles alors que la droite démantèle allègrement la constitution de la république (rétention de sécurité, renforcement des pouvoirs présidentiels, remise en cause des décisions du conseil constitutionnel) je prefere regarder la politique en Allemagne. Elle est d'abord pragmatique: sur l'échiquier politique, le jeu du pouvoir est lié à des alliances politiques de circonstance entre les 5 plus grands partis, négociés durant des jours pour le projet et les postes clés. Ces alliances sont à géométrie variable, suivant les résultats, l'actualité, le lieu...Les forces en présence à vue de nez: Die linke (6%), SPD (36%), CDU (42%), Grünen (Verts: 8%), FDP (8%)
    • à l'échelle fédérale (nationale), le SPD (parti social démocrate) gouverne avec la CDU (chrétiens démocrates) au sein d'une grosse Koalition qui laisse les petits partis à la marge mais permet seulement de gérer les affaires courantes et de se partager les postes clés.

    • On a parfois des configurations de type gauche plurielle comme pour l'état de Berlin: communistes de die linke, SPD (rot-rot) parfois accompagnés des Verts (Rot-rot-grün). Comme vous le remarquez on désigne les coalitions par les couleurs symbolisant le parti. L'aile gauche du SPD, autour de Andrea Nahles, espere la formation d'une gauche plurielle en Hesse, alors que CDU et SPD sont à égalité depuis une semaine.

    • La dernière élection qui s'est déroulé à Hambourg dimanche pourrait créer un précédent avec la formation d'une alliance noire/verte (CDU/verts) ce qui mettrait les verts au centre de l'échiquier politique (ils ont fait 10% dans cette ville qui est la plus riche d'Allemagne).

    • En 2005, avec l'égalité Schröder/Merkel, on a cru voir émerger une coalition jamaiquaine (avec le parti libéral, jaune, la CDU noire et les Verts). Dans beaucoup de Länder, on a une Ampelkoalition (coalition des feux tricolores) avec le SPD (rouge), les verts et les jaunes (libéraux du FDP, équivalent français de la branche libérale de l'UDF, un peu comme démocratie libérale), une sorte de troisième force centriste!

    Dans les partis allemands, on vote pour des personnes par pour des courants, pourtant on sent des sensibilités: die linke est partagé entre les décus du SPD (oskar Lafontaine) et les anciens du parti unique de l'allemagne de l'est (gregor Gysi), le SED. Au SPD, une aile gauche (die linke in der spd, la gauche au SPD) veut l'alliance de la gauche (andrea nahles et parfois klaus Wowereit, maire de Berlin, soutenue par les jusos, jeunes socialistes allemands) alors que les socio-libéraux autour de Steinbrück et Steinmeier, actuellement au gouvernement, veulent continuer les réformes dites « d'ajustement structurel » en fait blairistes de Schröder. Chez les verts, des écolos et des gauchos. Au FDP, des centristes et des libéraux. À la CDU, des démocrates chrétiens (Merkel) et des néoconservateurs (Koch, qui vient de perdre en Hesse). Sans parler de l'extreme droite, divisée entre trois partis: les Republikaner au sud, la DVU à l'est, et le NPD au nord qui entrent parfois dans les parlements régionaux mais pas plus.

    La politique allemande n'aime pas les extremes. La campagne se fait sur des projets de société, on discute de mesures précises quand on milite: en 2005, dans les rues de Heilbronn, je défendais la Bürgerversicherung du SPD (assurance santé en fonction des moyens) contre la Kopfpauschal (forfait personnel indifférencié) pour la CDU. On fait des stands, des débats publics dans les rues, on colle les affiches des candidats sur les arbres. Les présidents de régions (ministerpräsident) ont un poids important dans le parti, comme les maires des grandes villes en France. Les élections municipales sont presque dépolitisées, les candidats doivent avoir un diplôme d'administration publique. Le débat politique est loyal, peu de coups bas, de vie privée, de démagogie.

    Ne simplifiez pas le débat politique allemand. Oui il faut se réjouir de l'essor de die linke qui oblige le SPD à se repositionner à gauche. Mais il ne faut pas suivre die linke quand ils veulent s'aborder le SPD qui reste la force centrale de la gauche allemande, permettant seule l'accès au pouvoir par son nombre de militants (700 000) et son implantation locale. Il faut soutenir la généralisation des alliances locales et nationales de gauche plurielle (communistes, socialistes, verts). Cela peut changer beaucoup de choses en Europe. Il faut regarder avec intérêt une politique plus sobre qui crédibilise l'action publique...même si elle ne la rend pas forcément plus accessible!