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chatel

  • Mai 2010: tour d'horizon des réformes éducatives de la droite

    ballon.gif Qu'est ce que je mets derrière le mot éducation? Pas mal de choses, des ressentis personnels à d'autres aspects sociologiques, psychologiques, et surtout politiques. Essentiellement, l'intuition qu'une société démocratique doit reposer sur l'épanouissement et l'émancipation des humains au moment le plus essentiel de leur développement, l'enfance et l'adolescence. La volonté de mettre en oeuvre cette éducation citoyenne, culturelle, scientifique, à travers un service public d'éducation qui dépasse les inégalités sociales et territoriales pour permettre à tous ces jeunes de construire leur projet de vie en s'appuyant sur l'apprentissage progressif de connaissances, de compétences, de savoir-faires et de savoir-êtres. Bon il faut donc d'autres écoles, d'autres profs, d'autres parents et d'autres enseignants parce que sinon ca va pas être possible :-)

    Et là en 2010, en mai 2010, je fais un rapide tour d'actualité et je me rends compte de l'incohérence du projet de la droite au pouvoir depuis 2007

    • la cour des comptes remarque, la semaine derniere, que les inégalités se construisent dès le plus jeune âge (tu redoubles au CP t'as 10 fois moins de chance d'avoir le bac!) alors que des classes de maternelle ferment, que la scolarisation à 2 ans regresse, et que des projets de jardins d'éveil (privés) émergent alors que dans les comparaisons internationales, on remarque que les autres pays européens investissent beaucoup plus dans l'école primaire.

    • Valérie Pecresse sort aujourd'hui 10 propositions pour les BTS. C'est sympa, la généralisation de l'apprentissage et l'adaptation des diplômes aux besoins de l'économie locale c'est quand meme un peu carricatural. Et l'accès des bacheliers pro au BTS, leur réussite (aujourd'hui meme pas 50%)? On l'ignore, on l'exacerbe avec une « rénovation de la voie pro » et des bacs pro en 3 ans sans véritable accompagnement qui ne permettent pas aux lycéens professionnels de rêver de débouchés universitaires...

    • Le député Grosperrin (UMP) sort le mois dernier un super rapport pour demander au gouvernement de réformer le collège dans l'esprit de la réforme Haby à travers le socle commun: transversalité des apprentissages, évaluation par compétences pour dépasser l'examen du brevet, temps de concertation dans le service des enseignants...Quel petit diable, quel démon conservateur-libéral mesquin a pu rajouter le choix des équipes pédagogiques par le chef d'établissement à ce bel ouvrage?

    • Luc Chatel met en oeuvre, à la fin 2009, une réforme du lycée qui favorise l'implication des équipes pédagogiques dans le projet pédagogique des établissement, met en oeuvre un temps d'accompagnement dans le temps scolaire, favorise les passerelles avec un tronc commun élargi, pour sortir de l'affreux système inégalitaire des filières...mais le gouvernement n'oublie pas qu'il est au service des nantis et supprime 16 000 postes à la rentrée dans l'éducation nationale. Comment vous voulez pas que les collègues aient l'impression que la réforme supprime des postes? Résultat, l'accompagnement est mal organisé, les réunions des conseils pédagogiques se passent mal, et le système demeure, branlant, croûlant...mais indépassable...

    Et pendant ce temps? On bosse pour imaginer un nouveau système éducatif -)

  • vacances d'été? Semaine de 4 jours? Non, il faut repenser les rythmes scolaires!

    rythme-scolaire.gifLes medias, en avril 2010, se sont enfin emparés de la question des rythmes scolaires. Pourtant les grands titres s'interessent uniquement à la décriée semaine de 4 jours ou au raccourcissement des vacances d'été. Nous pouvons traiter cette question autrement. Refonder les rythmes scolaires, en prenant en compte les rythmes de l'enfant et du jeune, en mettant de coté toutes sortes de lobbies, notamment le lobby touristique. Comment?

     

    D'abord en s'appuyant sur des études ou des ressentis sur la fatigue, l'attention plus ou moins soutenue des enfants selon l'heure du cours ou le moment de la semaine. On se rend alors compte que l'attention baisse tout au long de la journée. Il faut donc diversifier et raccourcir la journée scolaire, sortir de la juxtaposition des cours magistraux pour prévoir, comme au collège Clisthène à Bordeaux, des activités de détente, de projet, d'activités associatives, culturelles ou sportives qui cassent la monotonie des écoles. Cette diversification du temps scolaire pourrait aussi passer par la prise en charge totale du temps périéducatif par l'éducation nationale et la fin des devoirs à la maison, fruit de tant d'inégalités sociales, familiales et territoriales. Comment, encore une fois? En augmentant le nombre de jours de l'année scolaire (moins de la moitié de l'année aujourd'hui), en prenant en compte tous les rythmes sociaux et économiques qui ont un lien avec le temps éducatif.

     

    Repenser les temps scolaires, c'est évidemment s'interesser à une nouvelle organisation des cours, au nouveau rôle des enseignants, à l'implication des personnels et des usagers dans cette nouvelle organisation, mais aussi penser au reste: S'il faut raccourcir de quelques semaines les vacances d'été, faut il organiser un zonage pour éviter l'explosion des prix et des flux touristiques au même moment? Quelle place pour les associations d'éducation populaire dans ce nouveau schéma? Qui s'occupe des enfants dont les parents travaillent tard? Toutes ces questions ouvrent de nouveaux chantiers pour la sphère publique!

  • Exégèse du nouveau programme d'histoire-géo de seconde

           histoire_geo.jpg   Le nouveau programme de seconde du lycée général et technologique a été élaboré à la fois dans le cadre de la réforme du lycée, et à la suite du socle commun de connaissances et de compétences défini pour le collège. Ce programme change de paradigme par rapport à ceux de 2002, au moins en partie: en histoire, plutôt que les héritages du monde contemporain, on s'intéresse aux « européens dans l'histoire du monde ». Certains aspects du programme demeurent, telles que la citoyenneté athénienne, d'autres réapparaissent, avec la citoyenneté romaine, d'autres disparaissent, telles que les civilisations méditerranéennes au XIIème siècle ou la naissance du christianisme. Deux aspects méthodologiques sont particulièrement développés: l'utilisation des outils numériques et l'histoire de l'art.
              Ces programmes ne sont pas très novateurs dans la mesure où la forme savoirs/méthodes demeure et où aucun dispositif interdisciplinaire n'est prévu, par exemple autour de l'eau (alors que SVT et physique-chimie y consacrent une large part en seconde), ou autour de l'Antiquité (avec les langues anciennes) à part en quelques lignes dans la partie « géographie ». La place de l'histoire des femmes, à peine évoquée en une phrase, n'est pas plus revalorisée que dans le programme de 2002 où l'on conseillait de les évoquer à travers la révolution française alors qu'elle mériterait de devenir enfin un axe transversal du programme au moins en seconde alors que le programme d'ECJS s'intéresse à cette problématique d'égalité des genres. Ce programme conjugue assez bien son objectif de jouer entre le temps long et le temps court (chrétienté médiévale sur plusieurs siècles et révolution française sur quelques années) ou de faire découvrir les mondes perdus (ex. la cité précolombienne) ou encore d'élargir l'histoire enseignée à toutes ses facettes (histoire sociale avec le monde rural au moyen âge, culturelle avec le rôle des éditeurs, religieuse avec la réforme, scientifique avec la machine à vapeur...).

              Cet enseignement problématisé perd un peu de sa cohérence en histoire (l'étude de la cité interdite de Pekin semble assez incongrue), mais permet d'étudier des thèmes nouveaux (Istambul, les migrations européennes du XIXème siècle). Côté géographie, l'objectif de parité avec l'histoire est réaffirmé mais rendu difficile par la nouveauté et la complexité des thèmes étudiés en histoire sans continuité historique, dans des espaces différents. Le programme de géographie change à la marge tout en gardant l'intégralité des anciens thèmes (population, risques, alimentation, eau, villes). Ces grandes thématiques sont juste reformulées (les villes durables) ou enrichies (ex. les mondes arctiques, les enjeux énergétiques). Au final, malgré le choix proposé de deux thèmes sur trois, ce programme semble rester lourd, et perd même dans ses ambitions pédagogiques: l'utilisation des études de cas n'est étudié que dans le dernier paragraphe des approches d'un programme sensé tourner autour de « sociétés et développement durable ». De la même manière, les inégalités de développement sont occultées alors qu'elles constituent un enjeu lourd dans la perspective du développement durable de la planète. Elles sont évoquées en quelques mots dans le même dernier paragraphe.
    Au final, ces nouveaux programmes, sensés formés un tronc commun pour le nouveau lycée général et technologique, n'est modifié qu'à la margen dans un sens toutefois intéressant (nouvelles thématiques) mais parfois incohérent. Le programme est aussi lourd, mais laisse plus de place à la liberté pédagogique réaffirmée dans l' esprit (choix d'une partie plus importante que d'habitude du programme par l'enseignant) que dans le texte. Ce nouveau programme est décevant du point de vue des méthodes: contextualiser, former l'esprit critique sont de bonnes choses mais on attendait mieux, au moins un progrès dans la définition des compétences attendues où l'on s'interesse uniquement à l'objectif de long terme du ministère (les nouvelles technologies) où l'utilisation de tableaux numériques est évoquée (cela sera t'il possible partout?) ou encore pour l'histoire des arts (lubie présidentielle?) présentée à travers la primauté accordée à l'étude des sources.

  • Nouveaux programmes d'histoire-géo: de l'histoire culturelle à la géographie durable!

    geographie_americaine.jpgLes programmes d'histoire-géo sont toujours, avec un peu de retard, le reflet de leur époque. Centré sur l'antiquité avant 1870, préparant la revanche contre la Prusse après 1870, ils ont été centrés sur les racines de notre civilisation et la connaissance du monde dans les années 80 et 90. De la même manière, l'éducation civique a beaucoup évolué: on est passé de la morale du XIXème siècle au cours de sciences politiques au début des années 80. Aujourd'hui, on apprend aux collégiens et aux lycéens à devenir des acteurs autonomes de la société.

    En 2009/2010, les programmes du second degré vont profondément évoluer. C'est le cas d'ailleurs dans toutes les matières. Soit parce qu'ils doivent être actualisés (cadre commun européen de référence des langues, programmes qui avaient presque 15 ans au collège en histoire géo!) soit parce que la mise en place du socle commun de connaissances et de compétences de 2005 necessite de prévoir des passerelles interdisciplinaires. Je me limiterai dans cet article aux programmes du collège.

    En histoire-géo, plus qu'un simple toilettage, on change de paradigme. Ce n'est pas une révolution idéologique (comme en SES, semble t'il), c'est un changement de direction: le développement durable devient une dimension majeure de la géographie enseignée (c'était le sujet de mon mémoire d'IUFM en 2007), tandis qu'on passe de la découverte de ce qui nous rassemble à l'apprentissage de la diversité, en sixième comme en seconde. Du point de vue scientifique, on actualise la prise en compte de nouveaux courants (dommage pour moi, les chorêmes de Brunet, c'est fini!) et on renforce l'analyse du monde contemporain (processus de métropolisation par exemple).

    Que prévoient les nouveaux programmes?
    En sixième, au désespoir des élèves, l'Egypte disparaît enfin. Les savants grecs apparaissent au choix, tandis que l'étude de l'Inde et de la Chine ancienne réapparaissent après une éclipse de 10 ans (au choix, les Han ou les Gupta!). Le programme de géographie se recentre sur la population de la terre qui éclipse le traditionnel repérage géographique (où sont les mers, les continents, etc.). On initie les élèves à la notion d' « espace » et à ses contraintes. Pas de grand changement pour le reste, la Gaule romaine et les débuts du christianisme disparaissent toutefois (mais on retrouve cette dernière en cinquième).

    En cinquième, à mon grand désespoir, on centre le programme sur l'étude des religions (l'occident chrétien et la naissance de l'Europe), et le XVIIème siècle, la monarchie absolue, se retrouvent perdus en mai/juin. Révolution dans le programme de géographie: finie la laborieuse étude des documents (très ennuyeuse, très lanscinante), on étudie les inégalités de développement et la notion de développement durable. L'eau, l'atmosphère, l'énergie, l'alphabetisation: on va s'éclater!!(là, j'ai envie de retourner devant le tableau!). Pas de changement en éducation civique: égalité, sécurité, solidarité.

    En quatrième, le programme est réaménagé pour faire plus de place aux enjeux de mémoire: la traite négrière, la révolution, le colonialisme sont envisagés sous un nouveau jour. Le programme de géographie est très ambitieux et très contemporain puisqu'il étudie « les territoires de la mondialisation »: les multinationales, les échanges, les puissances émergentes et la mondialisation culturelle, autrefois entrevues uniquement en troisième. En éducation civique, éducation au droit et au fonctionnement de la justice, certes, mais l'Europe disparait!

    En troisième, le programme est réaménagé pour mettre en valeur les évolutions technologiques et géopolitiques sur le long terme et c'est tant mieux car on tombait un peu dans l'évenementiel, et l'histoire des batailles. Le totalitarisme passe ainsi de la moitié à 25% tandis que la vie politique en France s'élargit à l'entre deux guerres et à Vichy. Quelle place pour l'URSS dans tout cela? Bonne question! Une évolution majeure autour du programme de géographie centré exclusivement sur la France et l'Union Européenne, il zappe le Japon et refoule les Etats-Unis au programme de quatrième!

    En bref, on trouve de nouvelles cohérences très intéressantes pour tous les niveaux du collège.