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  • Collège: repartir à zero!

     education,politique,college,PSEn 2012, les socialistes veulent transformer le système éducatif. Au delà d'une priorité budgétaire pour les premiers cycles, il faudra refonder le collège. En septembre 2011, que de surprises vont m'attendre dans l'établissement d'affectation que je rejoindrai, à mi-temps, entre Nîmes et Narbonne: tableaux numériques à gogo, nouveaux programmes, livret de compétences à remplir, histoire des arts à enseigner...

    Le collège semble changer, mais pas assez. Le collège unique de la loi Haby n'est pas mis en oeuvre, on est revenu en arrière, vive le petit lycée. Dans le train qui me ramène de la formation "primaires" que j'ai animé chez les socialistes toulousains, j'ai enfin pu me pencher sur la publication spécial collège de mon syndicat, le SE UNSA.

    Quelles bonnes idées à reprendre, à s'inspirer, à imaginer pour faire du collège une vraie école commune à la suite duquel voie académique et voie professionnelle sont des véritables choix? Comment concilier les souhaits des enseignants, des élèves, des parents pour assurer une formation citoyenne et pratique, culturelle et scientifique, qui épanouit et émancipe? Avec 4 leviers:

    - Révolutionnons le temps scolaire! Et si on respectait les rythmes biochronologiques des élèves pour les cours et les journées? 30mn d'attention sur une activité, 6h sur une journée, et tout refaire à partir de ca? Une salle par classe pour éviter les intercours entre des sequences d'une heure trente? Un temps d'accueil le matin? Vive le collège expérimental clisthene à Bordeaux!

    - Revoyons les contenus disciplinaires! Donnons du sens au savoir avec des temps interdisciplinaires, moins de savoirs peut-être mais mieux assimilés. Refondons les programmes pour mettre en avant les aspects pratiques de chaque matière pour que la voie professionnelle ne soit plus un non-choix: cuisine et santé en SVT, mécanique en physique, comptabilité en maths, genie electrique en techno, cartographie en histoire-géo...

    - Changeons les méthodes pédagogiques! Et si les élèves étaient constamment en action pendant le cours? Présentations orales, travaux de groupe, pédagogie de projet pourraient mener au plaisir d'apprendre. Evaluer par competences, individuellement, quand l'élève est prêt, c'est favoriser l'épanouissement et lutter contre l'échec qui dégoute de l'école.

    - Donnons aux personnels d'éducation un autre rôle! C'est d'abord une autre formation, sur le temps long, une formation continue (une à deux semaines par an), la prise en compte de toutes les activités dans la rémunération, des bureaux par équipe disciplinaire ou par pôle, mais aussi peut-être des services différents pour un même statut d'enseignant, corps unique, selon le niveau d'enseignement...

    Voici quelques petites idées, glanées dans mon syndicat, chez mes camarades, chez des sociologues (anditi, duru-bellat, van zanten), des idées qui viennent d'une certaine expérience, joies, déceptions, espoirs que la politique doit, en 2012, concretiser.

  • Sisyphe, patron des profs?

     sisyphe.jpgSisyphe n'était pas prof. Ca se saurait. Mais ce mythologique damné qui poussait son rocher sur une montagne avait un petit quelque chose du sacerdoce pédagogique. Tous les jours, je suis injuste. Cela faisait longtemps que je voulais l'écrire. Tous les jours, j'abandonne lâchement des élèves à leur échec, à leur haine de l'école, à leur tristesse et à leur colère. Tous les jours je le regrette, et pourtant, le lendemain, la comédie recommence. Tous les jours, je gueule sur de pauvres sixieme surexcités, affolant les plus sages, blasant les plus agités, tous les jours je punis les innocents et je laisse impunis les plus affreux jojos. L'enseignement en collège dans toutes sa splendeur, au crépuscule des années 2000...

    Comment en arriver là? Le temps d'un cours est rythmé par le professeur. Suivre le programme à tout prix, telle est la maxime. Vite il faut s'asseoir, vite il faut ranger ses affaires sur la table. À peine le temps de raconter son weekend, que déjà, les punitions pleuvent sur les élèves qui ne sont pas assez rapides. A tout prix, le cours doit commencer, aucune des 55mn du cours ne doit être perdu, pour parvenir au bout des 50 chapitres du programme. Et ceci dans toutes les matières. Combien de cris et de rancoeurs pour suivre ces objectifs! Combien de temps perdu en gestion pénitentiaire d'un quart de la classe qui n'a pas fait ses devoirs, n'a pas ses affaires, ne veut pas travailler et bavarde sans cesse? La moitié du cours. L'autre moitié pour les ¾ restants ? Non, la lecon doit avancer. Je ne réponds pas aux questions, je laisse à peine aux élèves le temps de s'exprimer, je passe à peine dans les rangs. Vaincre le bavardage, détecter l'inatention, foudroyer ceux qui se retournent...et j'oublie de corriger les exercices, de remplir la fiche d'appel ou de faire noter correctement les définitions notionnelles. Mea culpa!

    Que de victimes!

    • Les élèves en échec: j'ai rencontré quelques élèves tristes et calmes, travailleurs et soucieux, bien suivis par leurs parents mais en échec: difficultés méthodologiques, difficultés à se détacher du document pour avancer par soi-même. Pour certains, il s'agit de troubles dys- (dyspraxie, dyslexie) qui rendent difficiles la lecture, l'écriture, l'apprentissage ou les actions combinées. Sans accompagnement, détection, prise en charge par une AVS, cet échec passe inapercu. Il faut déranger pour être écouté, pour avoir droit à une vraie discussion en conseil de classe.

    • Les élèves en voie de déscolarisation: certains élèves, dès la sixieme, n'en peuvent plus de l'école. Marre de cette autorité souvent injuste, et de ces rythmes effrenés. Alors, ces élèves nous poussent à bout, font tout pour être virés de cours, s'absentent de plus en plus fréquemment. Souvent, pas de parents derrière. La déscolarisation est un processus implacable et cruel. L'école c'est la société, la classe c'est une tribu. L'absentéisme, c'est la marginalisation progressive pour un élève, mis souvent au fond de la classe. Heureusement, il existe encore des éducateurs pour les prendre en charge. Mais parfois c'est trop tard. C'est l'apprentissage.

    • Les élèves « perturbateurs »: qu'est ce qu'un élève perturbateur? Un bavard? Même les bons élèves sont parfois bavards. Le perturbateur refuse l'autorité, dommage, l'enseignant français pratique la pédagogie du knout verbal. Un bon élève n'est pas un élève mort, quand même, c'est un élève silencieux qui écrit son cours lisiblement et prend régulièrement la parole à l'oral, mais pas trop, et en levant la main si possible. En bref, le bon élève n'est pas un vrai adolescent. L'élève perturbateur, je le dis dès maintenant, ira droit au lycée professionnel. Il oublie ses affaires, le devoir à rendre, s'exclut de lui-même en créant son sous-groupe dans la classe qui a ses propres repères, musique de rebelle, raclement de la gorge (tchiper?) et d'autres encore. Certains dispositifs, comme la classe SAS (deux semaines de recadrage), le suivi de l'équipe pédagogique, le détachement d'avec son groupe d'amis, l'implication des parents peuvent le remettre dans le droit chemin...du lycée général.

    Vous l'avez compris, pour chacun de ces cas je pense à mes élèves, anciens, présents...et futurs? Ceux que j'ai candidement voulu sauver. C. en seconde, A. en troisième, à travers plus d'attention et mon fameux « effet moyenne » (surnotation exceptionnelle pour redonner goût à l'effort, NDLR) qui a failli marcher avant que la fatale et implacable machine de l'Orientation à la française (par l'échec) ne vienne réduire à néant mes efforts. CAP tant pis pour la motivation et l'espoir. Ceux que j'ai laissé tomber, M. de sixieme qui ne vient plus en cours. Ceux que je regarde s'enfoncer dans leur échec parce que je ne suis pas formé pour les aider comme S. de troisième ou E. de sixieme.

    Combien de victimes, encore, pour que l'Ecole change et s'interesse à tous les élèves? Combien de victimes du knout verbal, de l'orientation par l'échec, de méthodes pédagogiques désuètes et d'une Ecole qui renforce les inégalités sociales...qu'elle devait briser, croyais-je en passant le CAPES?

    Et si Sysiphe se rebellait?

  • Eduquer: la société est-elle prête?

    L'école est un monde mythique. Parce que tout le monde connait des histoires de sarbacane, de cartouches d'encre, de surveillants débonnaires ou de professeurs étiquettés, parce que l'immense majorité de la population passe sur des bancs usés, s'est acharnée sur des dictées alambiquées et autres exercices géométriques biscornus, l'Ecole est un bien commun, un sujet politique majeur qui provoque des clivages transpartisans et passionnés. L'école et l'éducation en général est un service public qui produit de l'espoir, du rêve, mais aussi beaucoup de désespoir, de tristesse et de frustration, et à ce titre-là, un enjeu majeur pour la gauche, dans le monde entier.

    Finis les tableaux noirs, les maîtres sévères portant des habits sombres, finis les affluents appris par coeur et les images d'Epinal, l'école du XXIème siècle a beaucoup changé. Elle accueille tous les enfants, mais ne les fait pas tous réussir. Elle prépare à toutes les filières et à tous les diplômes, mais la probabilité d'intégrer telle ou telle école et telle ou telle filière relève d'un jeu où les dés sont pipés par un phénomène incontournable: la reproduction sociale.

    Un enseignant passe ses journées, sa vie, à lutter contre la reproduction sociale. De la maternelle à l'université. Parce que rester assis et écouter n'est pas inné. Parce qu'être poli s'apprend. Parce qu'écrire et lire est plus ou moins aisé, lié à des habitudes culturelles et à des environnements sociaux et familiaux, au nombre et à la nature des livres de la bibliotheque familiale pour faire court. La réussite éducative est le recoupement de multiples facteurs. Une écriture illisible c'est encore en 2009 une scolarité difficile voire une vie brisée? Etre timide, c'est encore en 2009 une sociabilisation difficile dans des cours dialogués qui se révèlent une torture quotidienne ou même des exposés terrifiants pour des enfants non-préparés. L'éducation française reste une éducation classique et humaniste de culture écrite valorisant la transmission de connaissances et de savoirs.

    Ce qu'elle devrait être? Une éducation citoyenne ET technique de culture ECRITE et ORALE valorisant l'acquisition de connaissances ET de compétences. Mais même à gauche, le consensus n'existe pas sur une telle alternative, et un autre clivage entre conservateurs et progressistes traverse tous les partis et toutes les tendances.

    Si éduquer consistait à lire de manière convaincante des manuels scolaires ou à barbouiller de rouge des copies de charmants bambins, cela se saurait. Si faire cours consister à raconter de charmantes histoires ou corriger des exercices, cela se saurait. Or, éduquer relève de l'apprentissage de savoir-faires, et de savoir-êtres implicites qui relèvent d'une adaptation des enfants à une civilisation (Non?)...le problème c'est que cette éducation est confrontée à des jeunes qui construisent leur identité, et ma foi, souvent en opposition avec un cadre educatif assez rigide. S'asseoir, se lever, se ranger, lever la main, répondre, ranger ses affaires, le petit collègien va exécuter une bonne dizaine d'ordres indiqués d'une manière qui va de la gentille injonction au commandement hurlé façon sergent-instructeur...La révolte est inévitable, et la révolte quotidienne conduit à l'échec d'élèves étiquettés comme perturbateurs.

    Eduquer, comme capacité à expliquer, faire comprendre, faire progresser...comme maitrise des processus d'apprentissages qui évidemment ne sont pas pris en compte dans la formation des enseignants. Rien n'est prévu pour passer d'un cours classique s'adressant collectivement à des élèves supposés issus du même niveau et de la même origine...à une pédagogie différenciée s'adressant à des élèves différents qui n'avancent pas au même rythme et éprouvent des difficultés différentes (expression écrite, orale, compréhension des consignes, précision et construction des réponses...). C'est bien gentil à dire tout cela, mais à mettre en oeuvre...faire travailler des élèves par groupe sur des exercices différents relevant de compétences transversales reviendrait à doubler le temps de travail et de concertation des professeurs qui deviendraient de véritables « techniciens pédagogiques » et non plus de simples spécialistes d'une discipline universitaire et enseignée. La société est-elle prête?

  • Enseigner l'hyperpuissance américaine...à travers une série!

    etats-unis.pngLes fêtes vont bientôt se terminer, je vais donc me souvenir que je ne suis ni rentier, ni permanent biterro/francilien d'une organisation de jeunesse, et revenir à des préoccupations plus terre-à-terre à savoir la préparation de cours. TERRE A TERRE. Qu'est ce que je raconte. Le programme de troisième est passionnant, chaque préparation est un défi pour appréhender le XXème siècle dans la globalité de ses heurts- et malheurs puisque c'est l'enjeu principal. Dans les semaines à venir, mes chers élèves m'entendront déclamer l'appel du 18 juin (je me fais plaisir) pour la séquence sur la 2GM alias seconde guerre mondiale. Le but: non pas raconter les batailles mais saisir l'essentiel: l'aspect mondial, l'aspect total, l'aspect horrible au sens propre du terme et un travail particulier autour des notions de résistance et collaboration. Ensuite? Une petite incursion dans l'Union européenne et ses enjeux historiques, institutionnels et géopolitiques. Ensuite? La guerre froide, concentrée sur les deux contre-modèles, des théâtres récurrents et des phases de regel/dégel.

    Et enfin, les Etats-Unis d'Amérique. Bon ma bible c'est le programme. "Une présentation de l'immensité, du poids démographique et de la métropolisation du territoire introduit l'étude. L'analyse porte sur quelques éléments qui rendent compte de la puissance mondiale des Etats-Unis (ressources, technologies, poids économique, puissance militaire, rayonnement culturel). Le rôle joué par ce pays dans l'organisation du monde depuis 1945 permet d'éclairer quelques origines de sa puissance."

    Bon le propre des programmes c'est qu'on se demande par quel bout les prendre. Quels outils d'abord? Les connaissances des élèves. Fabuleuses, un brain storming me permettra de dégager les principaux aspects de la puissance américaine. Photos et cartes peuvent à la fois permettre de s'interesser rapidement à la configuration et à la diversité du territoire américain mais aussi de familiariser les élèves avec les légendes, les croquis et le vocabulaire cartographique. Mais comment entrer en matière, réchauffer les LE neurones frigorifié de mes chers élèves qui traverseront une cour glacée par les frimats de février pour se rendre dans ma salle?

    A_la_Maison_Blanche.jpgLa série "the west wing" (à la maison blanche) que je visionne en boucle depuis 3 jours me semble parfaite pour illustrer l'importance donnée au chef d'état étatsunien dans la culture mondiale. Le président Bartlett passe de la gestion de la crise du Cachemire à la protection des parcs nationaux en passant par la querelle écoles privées/publiques avant de prendre au téléphone le premier ministre bulgare...soutenu sans faille par une équipe de conseillers jeunes (et souvent séduisant-e-s). On peut dévier sur tous les films mettant en scene la maison blanche, des photos des acteurs ayant joué le président, et atterrir sur les élections de janvier évidemment. Cette entrée en matière pose évidemment question: pourquoi tant d'importance donnée à ce chef d'état?

    On atterrit sur un brain storming de tableau "pourquoi dit-on que les EU sont une puissance mondiale?" en faisant travailler les élèves sur un plan détaillé de paragraphe argumenté, par la suite. La leçon sur la guerre froide qu'on vient de finir doit permettre de dégager et définir le concept de "hyperpuissance". Ensuite un problème se pose pour conduire la séquence...vais-je tomber dans le piège du plan à tiroirs Territoire/Population/rayonnement?

    NON! Je peux tenter l'acrobatie délirante d'un plan multi-scalaire thémathico-mi-chronologique (je sais j'abuse) construit par les élèves sur la base d'une question orale portant sur l'originalité de la puissance américaine. Le but? Par un questionnement ciblé, et un travail en profondeur sur de multiples supports (photos, textes, tableaux, cartes) donner aux élèves une loupe pédagogique. S'interroger d'abord sur l'immensité du territoire américain dans sa richesse et sa diversité IA peuplé par vagues successives forgeant une population urbaine plus ou moins métissée IB dans laquelle une place importante serait accordée aux grandes agglomérations pour ensuite passer au II avec une loupe décroissante et s'interesser à la place des EU dans le monde...là encore, comment ne pas tomber dans le tryptique économique/culturel/militaire? Dur dur! Le but de prime abord: construire une carte sur les EU dans le monde. On peut réfléchir sur la légende de cette carte qui prédéfinirait le plan. Un monde "disneylandisé" en I permettrait de localiser une culture exportée par les grandes firmes, les centres de loisirs; holywood en localisant ce phénomène. Un II permettrait de s'interesser au géant économique en localisant la bourse de New York, les flux commerciaux maritimes et les facades maritimes...enfin un III permettrait de spacialiser son rôle de "gendarme du monde": les flottes, les bases militaires et les pays alliés, ainsi que les interventions militaires récentes semblent une bonne entrée. La conclusion de cette séquence pourrait voir mis en exergue le débat autour du rôle de la puissance américaine, sans doute à travers une étude de cas sur l'intervention en Irak...

    Voilà, de prime abord, comment je vais travailler sur cette séquence!