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ecologie

  • L'économie durable, concept ou gadget?

    F607030E.gifComme pour chaque formation que je prépare (jeudi soir à Paris!), je tente de prendre un peu de hauteur sur un sujet familier mais pas forcément évident. Au dela des caricatures (les toilettes sèches), l'économie durable est un pari: relier l'économie et l'écologie, c'est faire de l'écologie une thématique sérieuse, transversale, au coeur des politiques publiques. Il ne s'agit plus de défendre le grand hamster d'Alsace, il s'agit de réinventer les relations humaines, notre mode de vie, pour relever le défi climatique.

    Parler d'économie durable, c'est partir d'une réflexion, se poser des questions, s'intéresser à des positions qui ont pu etre jugées farfelues.

    Reflexion? L'economie durable, c'est réorganiser une production et un échange de biens respectueux de la planète, et s'attaquer de front à trois dogmes: le productivisme, la société d'hyper-consommation, le capitalisme court-termiste. C'est refuser des alibis tels que la croissance verte, ou le marché des droits à polluer. C'est se battre pour influer sur le projet de la gauche en 2012. Chose pas trop mal engagée: le nouveau modèle de developpement a fait l'objet d'une convention socialiste tandis que la planification écologique fait partie du programme des verts et du parti de gauche.

    C'est se poser des questions sur notre consommation de viande, le pourcentage des produits qui se retrouve à la poubelle, le matraquage publicitaire ou encore sur la biodiversité.

    C'est enfin être courageux, curieux, et s'interesser à des idées bizarres. Le protectionnisme n'est peut-être pas une regression qui sent pas très bon. La transition énergétique n'est plus une utopie depuis que l'Allemagne l'a engagée. L'agriculture biologique n'est pas folklorique, c'est un contre-modèle. La ville américaine s'étendant à perte de vie n'est plus un rêve d'avenir. Les emballages ne sont pas un détail, la pub n'est pas innoffensive, la TVA proportionnelle n'est pas indepassable...tout reste à discuter, creuser, construire, pour imaginer une "société post-croissance" libérée du "social productivisme", qui réaliserait les rêves de Gorz, Baudrillard, Kempf et Latouche...voire de Proudhon?

  • L'économie libérale n'est pas une science exacte: pour une relance budgétaire et écologique!

    merkel,sarkozy,bce,europe,pacte de compétitivité,écologie,climatSi j’écoutais certains de mes camarades, notamment dans ma section, notre projet économique pour 2012 devrait être « on a plus de sous, on peut rien faire ». Je ne suis pas d’accord. La dette nationale est un fait, encore faudrait-il savoir qui la détient ; et depuis quand. Le service de la dette serait le premier budget de la nation ? C’est possible, mais alors parlons des cadeaux fiscaux et de toutes les brèches pratiquées dans les ressources nationales ou sociales. Politiques déficitaires ? Sans revenir à Keynes, parlons de relance et de constitutionnalité économique, alors qu’Angela Merkel, sur la scène européenne, et l’UMP sur la scène nationale, souhaitent interdire d’une manière ou d’une autre les politiques de relance qui peuvent, temporairement, necéssiter un certain déficit budgétaire. Politique agricole, industrielle, économique en général ? Alors qu’une crise climatique, qu’une crise de la biodiversité comme rarement on l’a connu dans l’histoire de l’humanité, s’annoncent, il est temps de réfléchir à une reconversion écologique de l’économie à toutes les échelles.

    Constitutionnalité économique. Ques a quo ? c’est le fait de constitutionnaliser la rigueur budgétaire. Alors que l’indépendance de la BCE interdit toute politique économique s’appuyant sur l’outil monétaire, plusieurs idées circulent au conseil et à la commission européenne pour faire du dogme libéral une règle constitutionnelle. La commission européenne veut « valider » les budgets nationaux selon qu’ils correspondent à l’orthodoxie budgétaire libérale, tandis que Merkel et Sarkozy rêvent pour le sommet de la zone euro, en mars, d’un « pacte de compétitivité » qui pourrait sanctionner les états qui mènent une politique déraisonnable, et déficitaire, donc une politique de relance. Les politiques économiques ne sont pourtant pas une science exacte, elles relèvent de choix politiques, d’un certain niveau d’intervention publique dans l’économie qui peut faire débat entre socialistes et libéraux. Comme socialistes justement, nous devons pousser le groupe S&D au parlement européen pour lutter de toutes ses forces contre ce projet qui ferait des politiques de droite des bonnes politiques et des politiques de gauche des mauvaises politiques.

    Reconversion écologique ? Ce n’est pas réhabiliter la charrette et la bougie, c’est prôner une croissance qualitative de l’économie qui s’appuieraient sur une reconversion de l’agriculture et de l’industrie et sur de grands travaux dans le domaine de l’énergie, ou du logement. C’est à la fois vouloir « décarboniser » l’économie pour lutter contre le déreglement climatique, et répondre aux besoins légitimes en logement, en transports, pour lutter contre les inégalités sociales et territoriales.

    La reconversion écologique, c’est la création d’un pole financier public pour permettre à l’industrie de se développer dans de nouveaux secteurs, et celà passe par la nationalisation d’une banque, adossée à la caisse des dépots et aux autres fonds existants (OSEO notamment), s’appuyant sur le livret bancaire développement durable (CODEVI) pour prêter aux entreprises, organiser des pôles de compétitivité et la relocalisation de l’industrie. Celà passe aussi par un plan de construction et de réhabilitation du logement, notamment pour en assurer l’isolation thermique, responsable, pour un tiers, des émissions de gaz à effet de serre. C’est un plan d’aménagement des transports (voies ferrées, ferroutage, tramways), ou encore le développement de l’agriculture biologique par un soutien massif aux circuits courts, à l’irrigation économe des terres, et à une redéfinition des critères des aides agricoles ou des aides à l’installation.

    Une politique de relance se justifie donc pour moi pour répondre au défi climatique, environnemental, et à la crise sociale et économique. Relance budgétaire avec de nouveaux moyens publics pour des secteurs d’avenir, elle s’appuie évidemment sur une révolution fiscale qui générerait de nouveaux revenus et sur la redirection et le rassemblement d’aides économiques aujourd’hui peu efficaces. Ces propositions, entre autres, se retrouvent dans la nouvelle campagne lancée par le MJS pour organiser des votations sur les 21 propositions que nous porterons bientôt devant les candidats aux primaires socialistes www.perspectives2012.fr.

  • Biodiversité: Nagoya, thon et maki

     Biodiversite-maquette.png« La nature a désormais un prix » a déclaré l'économiste indien Pavan Sukdev qui présentait son rapport à la conférence mondiale sur la diversité biologique qui se réunit cette semaine à Nagoya au Japon. La disparition d'espèces naturelles, végétales ou animales, a un coût, qui équivaudra à 14 000 milliards d'euros par an en 2050. Cet expert du Programme des Nations Unies pour l'environnement a appellé les Etats et les entreprises à prendre leurs responsabilités et appellé à un vrai travail de développement du capital naturel et de la sécurité écologique de la planète. Cette conférence doit définir une stratégie pour la biodiversité sur les 10 prochaines années. 2010, année de la biodiversité pour l'assemblée générale de l'ONU mais pourquoi? Parce que le taux d'extinction des espèces naturelles, s'est accéléré, parce que 52% des médicaments sont composés de molécules naturelles (et donc potentiellement menacées), et surtout, parce que l'activité humaine (réchauffement climatique, artificialisation du sol) est à l'origine de cette accélération.

    En effet, Sukdev a expliqué aux 193 pays présents que le rôle de la pollinisation des abeilles (évalué à 150 milliards d'euros), le captage des gazs à effet de serre par la fôret, la raréfaction des poissons avait un coût économique. Il a aussi expliqué que la rareté des ressources biologiques toucherait en premier lieu les ménages les plus modestes. En effet, la population rurale longtemps majoritaire à l'échelle mondiale est plus touchée par la pauvreté dans les pays du sud et accentue d'autant sa pression sur les ressources naturelles et sur la diversité biologique. L'agriculture sur brûlis fait disparaître l'habitat de nombreuses espèces, les ¾ des espèces pêchées sont surexploitées, tandis que la chasse aux arbres commerciaux pour le compte du Nord fait rage dans les pays du sud.

    Le rapporteur a appellé les états à intérioriser le coût de la biodiversité dans les politiques publiques et a alerté l'opinion mondiale sur le rapprochement d'un point de non-retour biologique qu'il fixait à un horizon de 10 ans. Quelles solutions pour cette situation? Evidemment, des règles mondiales contre le capitalisme avide et destructeur, pour protéger l'environnement, mais aussi un changement radical de nos modes de consommation. Comment agir concrètement? En favorisant l'agriculture biologique, le retour de légumes oubliés (par exemple à travers les menus des cantines scolaires), ou encore privilégier les achats de bois certifiés. Pour autant, au delà d'actes individuels c'est le modèle de développement actuel des pays développés qu'il faut remettre en cause pour sauvegarder la bio-diversité.

  • Avec Latouche, je décrois!

     decroissance.gifProfesseur d'université, Serge Latouche est le chantre d'un concept, la décroissance, qui remet en cause la croissance économique, ses critères, ses objectifs, ses conséquences. Ce "traité pour une décroissance sereine" (2007) est son troisième ouvrage, après "survivre au développement" et "le pari de la décroissance", à ce sujet, qui fait débat au sein de la gauche. Face à la crise sociale, politique, environnementale, et évidemment économique portée en germe par le capitalisme, le développement durable suffit-il pour sauver la planète? La définition de nouveaux critères pour définir la croissance suffira t'elle à assurer l'essor d'un nouveau modèle de développement? Le choix que font les partisans de la décroissance va plus loin: changer profondément les modes de production et de consommation, revoir de fond en comble les valeurs portées par la société! Vaste programme, disent certains qui dénonceront cette lubie moyen-ageuse qui nous ramenerait à la bougie et aux charettes, ou, ce qui est plus pertinent, équivaudrait à expliquer aux pays du sud qu'ils n'ont pas le droit d'accéder au niveau de vie des pays du nord.

    Ils en ont le droit, mais la Terre n'en est pas capable, puisqu'il faudrait 9 planètes et leurs ressources pour permettre aux 7 milliards de terriens d'accéder au niveau de vie des Américains. Alors que faire? Le but pour la gauche, c'est de décortiquer ce concept, de s'approprier ses arguments, et surtout d'en enrichir le débouché politique en repensant la notion de développement, en donnant un contenu à la société solidaire qui se substituerait à la société de consommation.

    Quels sont les ressorts de la société actuelle tel que Latouche les décrit en s'appuyant sur Baudrillard, Gorz et Kempf? l'addiction à la croissance à travers "la publicité, qui crée le désir de consommer, le crédit qui en donne les moyens, et l'obsolescence(...) qui en renouvelle la nécessité". Latouche définit l'ennemi numero 1, la publicité, deuxième budget du monde (après l'armement) avec 500 milliards dépensés chaque année pour envahir tant l'espace privé que l'espace public.

    Latouche définit d'ailleurs les 9 R qui permettront de passer de la société de consommation à une "société conviviale": "réévaluer" pour que l'homme soit plus un jardinier de la nature que son prédateur, en changeant les valeurs de la société. "Reconceptualiser"  ou encore "restructurer" est plus interessant: quelle reconversion de l'appareil productif au service des nouvelles valeurs de la société conviviale? Un exemple concret est proposé: transformer les moteurs de voiture en récupérateur d'énergie. L'auteur propose de redistribuer les richesses entre les générations, entre les classes, et surtout entre les continents et aborde la problématique essentielle de la dette écologique. Il veut "Relocaliser", "réduire" en indiquant un nombre marquant: 80% des biens produits ne sont utilisés qu'une fois. L'auteur évoque aussi la question du recyclage, notamment à travers l'exemple vertueux de l'entreprise Xerox qui recycle tous les composants usagers.

     Certains aspects du discours de Latouche sont plus discutables: Doit-on empêcher les gens de voyager alors que la majorité des Francais, par exemple, sont exclus du droit aux vacances? Doit-on organiser les décisions et la relocalisation des activités autour de bio-régions de proximité (p72) qui semblent occulter le rôle nécessaire des états, des organisations continentales et internationales, pour organiser la société...au profit du projet des "communes" cher aux anarchistes! La définition de "besoins acceptables" (p86) ne va t'elle pas à l'encontre des libertés individuelles? L'auteur en est conscient, puisqu'il dénonce le danger d'une solution "autoritaire" à la crise écologique.

    Pour autant, au delà de ces questions nécessaires, l'auteur propose des moyens pour mettre en oeuvre cette "utopie concrète", comme il qualifie la décroissance. Il explique, à travers l'exemple des Etats-Unis en 1942, que la reconversion rapide d'une économie nationale est possible. Il démontre que des nouveaux secteurs d'emploi apparaitraient pour économiser l'énergie, isoler les logements, pour le recyclage ou la reforestation. Il propose de pénaliser les dépenses de publicité, de taxer le travail des machines, mais ne parle à aucun moment de la question libre-échange/protectionnisme. Il dessine une société du temps libéré où le loisir, libéré de la consommation, permettrait à tous de créer, d'échanger, d'agir comme citoyen, et serait tout aussi considéré qu'un travail de plus en plus aliénant.

    En conclusion, le chantre de la décroissance a le mérite de la clarté: il ne s'accomode ni du capitalisme...ni du développement, et notamment de son nouveau modèle porté par les socialistes. L'auteur, avec les systèmes d'échange mutuel, la monnaie de service, l'autoproduction, remet en cause l'économie, tout simplement. Comme socialistes, nous pouvons nous retrouver dans l'analyse d'un monde, d'une économie, d'une société qui marche sur la tête. Nous pouvons nous inspirer de propositions fortes pour restructurer l'économie et repenser la société à travers une nouvelle politique du temps. Mais en centrant tant notre analyse que nos propositions sur une puissance publique qui organise et régule ce monde, nous nous éloignons du chemin des décroissants. Reste, avec eux, à développer des aspects encore trop flous de cet ouvrage: Au delà de la dette écologique, quel avenir pour les suds? Si la croissance est néfaste, si le développement est discutable, alors quelle évolution pour la société du temps libéré?