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enseignement

  • Une seule mesure pour changer l'école?

     rubon20.gifJ'ai écrit cet article avant d'aller en cours. Tant mieux, j'avais pris un peu de hauteur, car ca ne s'est pas bien passé. Passer plusieurs heures à préparer une mise en situation de procès (la justice, au programme de 4è), d'autres heures encore à préparer chaque élève à son rôle, y mettre beaucoup de coeur, c'est à double tranchant. Ca marche avec une classe et je suis le plus heureux. Objectifs atteints, rires et boutades en prime. Ca ne marche pas avec l'autre car ils sont moins matures, trop absentéistes, trop déconnectés...et c'est l'horreur. Le sentiment que mes rêves, ma conception de mon métier est tellement éloignée de mon quotidien. Mais je garde espoir que je verrai un autre système éducatif avant la fin de ma carrière, voire même bien avant, qui fasse de l'école un lieu d'ébullition, de partage et de joie.

    Le debat éducatif des présidentielles 2012 ne met toujours pas l'education au centre des discussions et c'est dommage. Car la France est en retard, car notre systeme educatif est inegalitaire et conservateur. Pas en retard pour liberaliser, vu l'essor des écoles et officines privées et des suppressions de postes, mais bien pour changer la manière d'enseigner, d'evaluer, d'orienter.

    Pour moi, une mesure permettrait d'entamer cette revolution educative. Au delà de la necessaire reforme de la formation des enseignants, de l'architecture des etablissements, et meme des rythmes scolaires, la priorité selon moi est d'introduire une heure de travail d'equipe hebdomadaire dans le service des enseignants.

    J'imagine si je voyais mes collegues une demi-journée par mois tout ce que nous pourrions faire. D'abord discuter de nos élèves et débattre plus regulierement, plus efficacement qu'entre deux portes, des difficultés, des troubles à détecter, des comportements inquiétants. Les élèves sentiraient une certaine continuité et on ne découvrirait pas qu'untel souffre de dyspraxie à la fin de l'année.

    Surtout pour moi, ce temps permettrait de donner du sens au savoir. Au delà de la logique verticale des programmes, ces réunions mensuelles permettraient de mettre en oeuvre l'acquisition du socle de connaissances et compétences évoqué en 2005 mais qui n'est pas réellement mis en place. Je m'imagine, comme professeur principal, organisant le mois de l'eau (évidemment fondamentale en chimie, geographie,svt, etc.), le mois de la guerre (si facilement exploitable en arts plastiques, musique, histoire, maths, physique), etc. J'imagine les réunions où nous pourrions déclarer priorité du mois le croquis, la lecture critique, la lecture d'un graphique...Je n'ai rien inventé, c'est ce qui se fait dans les semaines interdisciplinaires du collège clisthene, à bordeaux.

    Au lieu de tout ca, revassant entre Sete et Agde, je sais que je me retrouverais dans une semaine, en conseil de classe, reglant en deux phrases le destin d'un eleve. Ils meritent mieux que ca, tout comme le débat des présidentielles. Comme militant et comme enseignant, j'attends beaucoup de ces échéances.

  • Je fantasme sur Clisthene!

    9782020787635.jpgJe vous rassure, rien de sexuel! Quand les débats sur l'éducation sont trop terre à terre, quand le gouvernement explique cyniquement qu'il va dégrader les conditions d'études de 12 millions d'élèves, j'aurais de quoi déprimer. Heureusement, Clisthène est là.

    Clisthène, c'est un collège de Bordeaux. Clisthene, je le connais grâce au hors série numérique (http://www.cahiers-pedagogiques.com/spip.php?article6336) d'une revue géniale à laquelle je m'abonnerais des que j'aurais des sous: les cahiers pédagogiques, une revue qui compile des opinions, des expériences, des projets d'enseignants et de chercheurs innovants et ambitieux pour le service public d'éducation.

    Soyons clairs, Clisthène me fait rêver, et représente parfaitement mes aspirations éducatives. Pourtant, ce n'est pas un rêve, c'est un vrai collège qui suit les programmes nationaux, recrute dans son quartier, emploie des profs qui ont passé le même concours que les autres. Mais ils ont décidé de travailler ensemble, c'est original dans mon métier. Ils ont décidé de centrer l'organisation du collège sur la mise en activité de l'élève. Une mise en activité pédagogique, démocratique, évaluative, qui émancipe et épanouit, deux enjeux fondamentaux, selon moi, pour l'éducation. Et ca marche? Pas trop mal...un quartier défavorisé...et 97% de réussite au brevet en 2007. Et toc pour les râleurs.²

    Clisthène s'inspire des modèles éducatifs nordiques en instaurant une relation de confiance entre élèves et enseignants. Le collège et les enseignants qui l'animent répond aux innombrables souffrances des élèves qui subissent le système scolaire français, souffrances que j'ai moi-même infligé: une évaluation qui humilie, une orientation qui sélectionne et enferme, une formation des enseignants qui les relègue à la pédagogie frontale, la liste est longue...

    Et des expériences telles que Clisthène marquent la fin de cette situation détestable! Tout est possible! Des moyens pour mettre en oeuvre une autonomie démocratique des établissements, mais aussi du volontarisme politique pour impliquer enseignants et usagers dans un projet d'établissement. Vous avez sans doute l'eau à la bouche, mais que fait-on dans ce collège?

    • Le tutorat: tous les élèves font partie de groupes de tutorat mêlant une dizaine d'élèves de tous les niveaux avec un enseignant référent, interface entre l'élève, ses parents, ses professeurs, qui fait le point sur leurs difficultés, leur travail de la semaine, leur apprend à s'entraider. C'est aussi dans le cadre de ces groupes que se fait le lien à l'environnement social, associatif et intergénérationnel du quartier.

       

    • l'évaluation: finie la peur de la moyenne, toutes les matières s'organisent en une vingtaine de compétences qui peuvent être acquises, en voie d'acquisition ou non-acquises. En fonction de leur progression, les élèves effectuent des exercices différents: moyen ou bons, ils progressent et reprennent confiance en eux. L'hétérogénéité ce n'est pas forcément le nivellement par le bas!

       

    • les modules: le temps scolaire de clisthène est assez original avec son accueil, temps d'adaptation à l'arrivée (lecture, animalerie, etc.), ses disciplines classiques le matin, ses ateliers de l'apres-midi (activités artistiques, technologiques, sportives ou encore de découverte: cuisine, théâtre, bricolage). Ce n'est pas fini: au delà des matières, les élèves suivent des modules interdisciplinaires chaque semaine (4h) et chaque trimestre (deux semaines) pour mettre en oeuvre des compétences transversales: écrire, préparer, présenter à l'oral une pièce de théâtre sur les tranchées par exemple!

       

    • le fonctionnement: les élèves ont un rôle dans la classe (tableau, distribution des documents, de la parole), dans l'établissement (le groupe de tutorat participe à la vie de l'établissement en s'occupant du petit déjeuner, du nettoyage de la cour). Ils sont acteurs de leur progression en faisant le bilan de leur semaine en tutorat, acteur de leur orientation en s'exprimant individuellement en conseil de classe.

    Merci en bref à Clisthene de représenter l'horizon de tous les possibles éducatifs. En espérant pouvoir aider à la généralisation de telles initiatives, dans mes combats militants futurs!

  • Pourquoi, cette année, j'arrête d'enseigner...

    prof.jpgDemain, je ne rejoindrai pas mon établissement de rattachement pour effectuer ma rentrée scolaire de prof remplacant, comme tous les 1er septembre depuis 3 ans... Je ne ferais pas ma rentrée dans un collège de la banlieue de Nîmes. Pourtant, mon envie d'enseigner, ma passion d'enseigner, n'a jamais été aussi forte. Comment expliquer ce paradoxe? Pour cette année, peut-être pour d'autres mais pas pour beaucoup en tout cas, je serais syndicaliste. Je reste à Paris, comme militant du SE-UNSA Versailles (héritier de la puissante FEN). Défendre une autre politique éducative, et développer le syndicalisme enseignant dans la partie Ouest de la région parisienne, voici mes projets pour 2009/2010! Je profite d'une occasion de rester en région parisienne, alors que j'avais obtenu (trop tôt en fait) ma mutation pour le sud...Pourquoi? Parce que je n'ai pas le temps d'être à la fois un bon prof et un bon militant, et parce que je souhaite rester à Paris, parce que tout se passe la-bas, parce que c'est là où je milite, au MJS. La vie est faite de plusieurs temps...J'ai été professeur d'histoire géo pendant 3 ans après 5 ans d'études, j'ai été stagiaire à l'IUFM, prof principal en ZEP, prof remplacant à la campagne, prof de section européenne...Il y a plusieurs temps dans la vie. Voici venu le temps de militer. Parce que toute ma vie je militerai, parce que toute ma vie je serai prof ET militant, parce qu'enseigner avec passion ne suffit pas, encore faut-il un système éducatif juste et efficace!

    Il faut bien s'expliquer, pour une fois, plutôt que d'expliquer mille fois à mille personnes ce choix. D'abord, à mes élèves...J'ai vécu une année formidable avec mes élèves massicots, qu'ils soient au collège ou en section européenne, donc non, vous ne m'avez pas mis à bout, je vous rassure? (ou vous décoit?) Par votre gentillesse, votre intérêt, vos réussites, vous avez conforté, voire fait explosé mon envie innassouvie d'être un bon prof! Pour longtemps, voire pour la vie (même si l'envie des concours me démange). Merci encore à vous...A mes collègues? Je n'abandonne pas ce beau métier, j'y reviendrai bientôt. Mais alors, je serais un prof à temps plein. Alors, la reproduction sociale n'a qu'à bien se tenir, toutes les offensives conservatrices et libérales contre le service public d'éducation peuvent fourbir leurs armes, car je serai implacable. Comme écrivait De Gaulle dans ses mémoires de guerre, mon livre de chevet avec Harry Potter, "Si je vis, je me battrai, où il faudra, tant qu'il faudra"... Je serais prof à temps plein, pour monter des échanges, pour organiser du soutien, pour appliquer une pédagogie différenciée, pour m'investir dans la vie de l'établissement. Et ce n'était pas possible aujourd'hui.

    En effet, cette année 2008/2009 a été atroce. 3 heures de transport par jour, toujours courir à Paris pour assumer mes responsabilités, souvent en retard... J'ai baclé mes cours parce que j'organisais des manifs. J'ai baclé mes corrections parce que beaucoup de weekends, j'étais en réunion. J'ai fait des rappels en salle des profs. J'ai été en rogne toute l'année (pardonnez-moi, chers colocs!), et forcément injuste (pardonnez-moi, chers élèves!), parce que je n'avais pas toujours le temps de dormir. Et surtout, j'en avais marre d'être culpabilisé, parce que je n'avais pas le temps de faire ceci ou cela...Pas toujours facile d'être prof et militant!

    logo-Se2007-Sopp-col.gifAlors maintenant, j'ai le temps. Le temps de m'engager. Cette année, je serais militant à temps plein! Permanent d'une organisation syndicale le jour, militant la nuit! Je vais travailler dans un syndicat qui a un projet ambitieux pour l'éducation: un projet éducatif fondé sur de nouvelles méthodes pédagogiques, des enseignements transversaux, un autre rôle de l'enseignant, d'autres rythmes scolaires et une refonte complète du système éducatif français. Je souhaite faire entendre une voix plus positive, plus constructive, dans le débat éducatif.

    Alors oui, cette année, ce blog ne sera pas celui d'un prof militant mais bien d'un militant syndicaliste et politique. Le ton ne changera pas beaucoup. Pour moi, engagements divers, activité professionnelle, et autres récits de la vie quotidienne, tout se confond pour me permettre, à ma modeste échelle, de changer le monde.

  • Eduquer: la société est-elle prête?

    L'école est un monde mythique. Parce que tout le monde connait des histoires de sarbacane, de cartouches d'encre, de surveillants débonnaires ou de professeurs étiquettés, parce que l'immense majorité de la population passe sur des bancs usés, s'est acharnée sur des dictées alambiquées et autres exercices géométriques biscornus, l'Ecole est un bien commun, un sujet politique majeur qui provoque des clivages transpartisans et passionnés. L'école et l'éducation en général est un service public qui produit de l'espoir, du rêve, mais aussi beaucoup de désespoir, de tristesse et de frustration, et à ce titre-là, un enjeu majeur pour la gauche, dans le monde entier.

    Finis les tableaux noirs, les maîtres sévères portant des habits sombres, finis les affluents appris par coeur et les images d'Epinal, l'école du XXIème siècle a beaucoup changé. Elle accueille tous les enfants, mais ne les fait pas tous réussir. Elle prépare à toutes les filières et à tous les diplômes, mais la probabilité d'intégrer telle ou telle école et telle ou telle filière relève d'un jeu où les dés sont pipés par un phénomène incontournable: la reproduction sociale.

    Un enseignant passe ses journées, sa vie, à lutter contre la reproduction sociale. De la maternelle à l'université. Parce que rester assis et écouter n'est pas inné. Parce qu'être poli s'apprend. Parce qu'écrire et lire est plus ou moins aisé, lié à des habitudes culturelles et à des environnements sociaux et familiaux, au nombre et à la nature des livres de la bibliotheque familiale pour faire court. La réussite éducative est le recoupement de multiples facteurs. Une écriture illisible c'est encore en 2009 une scolarité difficile voire une vie brisée? Etre timide, c'est encore en 2009 une sociabilisation difficile dans des cours dialogués qui se révèlent une torture quotidienne ou même des exposés terrifiants pour des enfants non-préparés. L'éducation française reste une éducation classique et humaniste de culture écrite valorisant la transmission de connaissances et de savoirs.

    Ce qu'elle devrait être? Une éducation citoyenne ET technique de culture ECRITE et ORALE valorisant l'acquisition de connaissances ET de compétences. Mais même à gauche, le consensus n'existe pas sur une telle alternative, et un autre clivage entre conservateurs et progressistes traverse tous les partis et toutes les tendances.

    Si éduquer consistait à lire de manière convaincante des manuels scolaires ou à barbouiller de rouge des copies de charmants bambins, cela se saurait. Si faire cours consister à raconter de charmantes histoires ou corriger des exercices, cela se saurait. Or, éduquer relève de l'apprentissage de savoir-faires, et de savoir-êtres implicites qui relèvent d'une adaptation des enfants à une civilisation (Non?)...le problème c'est que cette éducation est confrontée à des jeunes qui construisent leur identité, et ma foi, souvent en opposition avec un cadre educatif assez rigide. S'asseoir, se lever, se ranger, lever la main, répondre, ranger ses affaires, le petit collègien va exécuter une bonne dizaine d'ordres indiqués d'une manière qui va de la gentille injonction au commandement hurlé façon sergent-instructeur...La révolte est inévitable, et la révolte quotidienne conduit à l'échec d'élèves étiquettés comme perturbateurs.

    Eduquer, comme capacité à expliquer, faire comprendre, faire progresser...comme maitrise des processus d'apprentissages qui évidemment ne sont pas pris en compte dans la formation des enseignants. Rien n'est prévu pour passer d'un cours classique s'adressant collectivement à des élèves supposés issus du même niveau et de la même origine...à une pédagogie différenciée s'adressant à des élèves différents qui n'avancent pas au même rythme et éprouvent des difficultés différentes (expression écrite, orale, compréhension des consignes, précision et construction des réponses...). C'est bien gentil à dire tout cela, mais à mettre en oeuvre...faire travailler des élèves par groupe sur des exercices différents relevant de compétences transversales reviendrait à doubler le temps de travail et de concertation des professeurs qui deviendraient de véritables « techniciens pédagogiques » et non plus de simples spécialistes d'une discipline universitaire et enseignée. La société est-elle prête?