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  • la politique en Allemagne: honnêteté et pragmatisme!

    1419243339.jpgVu qu'en France la politique semble se résumer pour les médias aux injures présidentielles alors que la droite démantèle allègrement la constitution de la république (rétention de sécurité, renforcement des pouvoirs présidentiels, remise en cause des décisions du conseil constitutionnel) je prefere regarder la politique en Allemagne. Elle est d'abord pragmatique: sur l'échiquier politique, le jeu du pouvoir est lié à des alliances politiques de circonstance entre les 5 plus grands partis, négociés durant des jours pour le projet et les postes clés. Ces alliances sont à géométrie variable, suivant les résultats, l'actualité, le lieu...Les forces en présence à vue de nez: Die linke (6%), SPD (36%), CDU (42%), Grünen (Verts: 8%), FDP (8%)
    • à l'échelle fédérale (nationale), le SPD (parti social démocrate) gouverne avec la CDU (chrétiens démocrates) au sein d'une grosse Koalition qui laisse les petits partis à la marge mais permet seulement de gérer les affaires courantes et de se partager les postes clés.

    • On a parfois des configurations de type gauche plurielle comme pour l'état de Berlin: communistes de die linke, SPD (rot-rot) parfois accompagnés des Verts (Rot-rot-grün). Comme vous le remarquez on désigne les coalitions par les couleurs symbolisant le parti. L'aile gauche du SPD, autour de Andrea Nahles, espere la formation d'une gauche plurielle en Hesse, alors que CDU et SPD sont à égalité depuis une semaine.

    • La dernière élection qui s'est déroulé à Hambourg dimanche pourrait créer un précédent avec la formation d'une alliance noire/verte (CDU/verts) ce qui mettrait les verts au centre de l'échiquier politique (ils ont fait 10% dans cette ville qui est la plus riche d'Allemagne).

    • En 2005, avec l'égalité Schröder/Merkel, on a cru voir émerger une coalition jamaiquaine (avec le parti libéral, jaune, la CDU noire et les Verts). Dans beaucoup de Länder, on a une Ampelkoalition (coalition des feux tricolores) avec le SPD (rouge), les verts et les jaunes (libéraux du FDP, équivalent français de la branche libérale de l'UDF, un peu comme démocratie libérale), une sorte de troisième force centriste!

    Dans les partis allemands, on vote pour des personnes par pour des courants, pourtant on sent des sensibilités: die linke est partagé entre les décus du SPD (oskar Lafontaine) et les anciens du parti unique de l'allemagne de l'est (gregor Gysi), le SED. Au SPD, une aile gauche (die linke in der spd, la gauche au SPD) veut l'alliance de la gauche (andrea nahles et parfois klaus Wowereit, maire de Berlin, soutenue par les jusos, jeunes socialistes allemands) alors que les socio-libéraux autour de Steinbrück et Steinmeier, actuellement au gouvernement, veulent continuer les réformes dites « d'ajustement structurel » en fait blairistes de Schröder. Chez les verts, des écolos et des gauchos. Au FDP, des centristes et des libéraux. À la CDU, des démocrates chrétiens (Merkel) et des néoconservateurs (Koch, qui vient de perdre en Hesse). Sans parler de l'extreme droite, divisée entre trois partis: les Republikaner au sud, la DVU à l'est, et le NPD au nord qui entrent parfois dans les parlements régionaux mais pas plus.

    La politique allemande n'aime pas les extremes. La campagne se fait sur des projets de société, on discute de mesures précises quand on milite: en 2005, dans les rues de Heilbronn, je défendais la Bürgerversicherung du SPD (assurance santé en fonction des moyens) contre la Kopfpauschal (forfait personnel indifférencié) pour la CDU. On fait des stands, des débats publics dans les rues, on colle les affiches des candidats sur les arbres. Les présidents de régions (ministerpräsident) ont un poids important dans le parti, comme les maires des grandes villes en France. Les élections municipales sont presque dépolitisées, les candidats doivent avoir un diplôme d'administration publique. Le débat politique est loyal, peu de coups bas, de vie privée, de démagogie.

    Ne simplifiez pas le débat politique allemand. Oui il faut se réjouir de l'essor de die linke qui oblige le SPD à se repositionner à gauche. Mais il ne faut pas suivre die linke quand ils veulent s'aborder le SPD qui reste la force centrale de la gauche allemande, permettant seule l'accès au pouvoir par son nombre de militants (700 000) et son implantation locale. Il faut soutenir la généralisation des alliances locales et nationales de gauche plurielle (communistes, socialistes, verts). Cela peut changer beaucoup de choses en Europe. Il faut regarder avec intérêt une politique plus sobre qui crédibilise l'action publique...même si elle ne la rend pas forcément plus accessible!