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histoire

  • La révolution francaise: mouvement national, libéral, ou lutte des classes?

     

    134087.jpgJamais aucun évenement à l'échelle mondiale n'a été aussi célébré, analysé, exalté, recopié que la révolution francaise. Et pour moi? C'est à la fois le bicentenaire que j'ai célébré, habillé en sans-culotte, en grande section de maternelle. C'est aussi une des questions que j'ai passé au Capes. C'est enfin une séquence qui me pose beaucoup de difficulté comme enseignant. C'est aussi une émotion que je ressens quand j'arpente les jardins des tuileries, en me rendant à Solferino, scrutant le sable pour deviner où Robespierre et Danton posaient leurs pas, en sortant de la convention (qui était sur le coté du jardin).

    Qu'est ce que la révolution franÇaise? La révolution n'est pas explicable à travers un système, ni à travers une unique cause. Ses limites temporelles et spatiales sont dures À fixer. Pour autant, elle se déroule à la fin du XVIIIème siècle, alors que, des rivages américains en passant par la Pologne et certains faubourgs londoniens, les même idées agitent et font rêver les esprits "éclairés". Tandis que Genève et Bruxelles défendent leurs privilèges, qu'Italiens et Polonais ressentent les premiers frissons de l'idée nationale, En France, 1789 est le début d'un cycle d'instabilité institutionnelle qui ne se termine qu'à la fin du XXème siècle avec l'enracinement de la IIIème république...

    La révolution francaise se vit à travers des mythes, des lieux, des oeuvres, mais aussi à travers des femmes et des hommes. "La patrie en danger" si bien décrite dans sa violence par Victor Hugo, l'élan sanglant des journées révolutionnaires, si bien saisi dans le film du bicentenaire, ou encore, ce chant de la marseillaise qui sent encore la poudre des charges de Valmy...C'est l'apotheose de la nation en armes qui repousse les Rois à Jemmapes, c'est le peuple souverain qui apprend la politique dans les clubs, c'est la gauche et la droite qui apparaissent sur les bancs du manège de Versailles.

    La révolution n'est pas qu'un seul et même élan, c'est une période de dix ans (1789/1799) plus ou moins intense, où les régimes et les factions se succèdent à la tête d'un état qui remplace avec succès la bureaucratie monarchique, au rythme des crises économiques, politiques, militaires ou sociales. Quelles sont les causes de cet évènement? Elles mériteraient une encyclopédie, et peut difficilement se limiter à une ébullition intellectuelle (philosophes, lumières, franc-macons), à une pensée politique vigoureuse (de thomas Paine à Rousseau et son contrat social). Elle passe évidemment par une remise en cause de structures sociales et économiques archaiques (corporations, privilèges, feodalisme), mais aussi par un contexte financier difficile pour un royaume de France au budget grevé par la guerre d'Amérique où le conservatisme des élites empêchait toute évolution, et par des mauvaises récoltes qui affament les paysans.

    La révolution, est-ce plutot la fraternité de 1790, la terreur de 1793 ou les bals des muscadins en 1795? C'est un peu tout celà: Un débat politique et des émotions populaires qui prennent leur essor pour s'atténuer avec le directoire, une vie d'assemblée et une vie politique qui construisent leurs codes, et surtout, une nation qui respire et se construit avec ses références (la république romaine), ses rites (les fêtes telles que le culte de la raison) ou encore ses ennemis, de l'intérieur (Vendéens, Fédéralistes) et extérieurs (notamment l'Anglais). Qu'elle est belle cette révolution où la démocratie directe s'épanouit, où l'égalité passe des pamphlets aux lois, mais qu'elle est violente, des massacres de septembre 1792 à la grande peur en passant par la guillotine et les noyades de la Loire. C'est aussi une société bouleversée: des paysans accrochés à leur curé, des ouvriers qui apparaissent dans la plèbe des villes, des artisans héros des grandes journées du 10 mai, du 20 aout 1792, ou encore des petits bourgeois, montagnards ou girondins, qui débattent de l'intervention de l'état dans l'économie et s'opposent sur la république sociale.

    C'est ce sympathique épisode si complexe que je devrais traiter en 3/4 d'heures dans un mois. D'où ma joie, d'où mon émoi, d'où mes réflexions!

  • Ecrire

    Tous les mois, j'écris deux épisodes. De quoi? d'un petit roman commencé en octobre 2009, alors que j'étais miné d'angoisse par le congrès du Mouvement des Jeunes Socialistes. J'avais besoin de m'évader, the west wing et harry potter ne suffisaient plus, et je n'avais plus le contact avec mes élèves pour m'impliquer dans une relation pédagogique transcendante. J'ai donc pris ma plume bic, et dans le train, tous les mois, j'écris.

    C'est quoi ce petit roman? L'idée est partie d'un évènement central de mon mémoire de maitrise, présenté en juin 2005 à l'Université Paul Valery (Montpellier): une descente anglaise sur les côtes languedociennes en 1710. L'idée a pris corps parce que je voulais parler de ma région, de ses paysages, de son histoire, de ma ville, de ses rues, de ses toits. Parce qu'à chaque fois que je prends le train pour Béziers, le reflet du soleil sur l'étang de Thau, la traversée de la lagune qui sépare la mer et l'étang, les paysages de vignes, de garrigues et de causses me fendent le coeur! Alors même que la vie parisienne a ses avantages.

    Mon existence parisienne est exaltante, un tantinet exigeante, mais j'avais besoin de créer de toutes pièces mon oeuvre. Comment ai-je fait et comment fais-je encore alors que j'ai écrit les 4/5 des épisodes prévus?

    J'ai d'abord étudié les contours historiques de mon roman, recherché des personnages, leurs histoires, leurs portraits, cherché toutes les informations sur le siège de Sete, et je n'ai pas trouvé plus d'un paragraphe. J'ai lu des pages entières sur les révoltes nobiliaires, sur l'organisation des lycées de jésuites, l'arrivée des produits coloniaux, relu mes recherches sur les infrastructures militaires de Béziers et étudié avec soin le plan de Béziers médiéval accroché dans ma salle de bains. Mais écrire, au delà de ses recherches préliminaires qui dégrossissent le terrain, recréent un contexte, donnent corps à mes personnages, c'est quoi?

    C'etait d'abord pour moi rêver une histoire, celle d'un jeune Biterrois qui rejette les Anglais à la mer, une jeanne d'arc languedocienne en bref. C'était ensuite en arrière plan une réflexion sur une resurgescence de l'indépendantisme du sud, avec le retour du petit-fils du duc de Montmorency. Le problème, c'est d'imaginer un cheminement à rebondissements, et de relayer petit à petit des informations pour garder le suspense. Je n'y suis pas du tout (mais c'est la première fois que j'écris une fiction) je devrais donc relire et corriger pour organiser progressivement l'information du lecteur.

    C'est ensuite pour l'écriture de chaque épisode, un travail sur le début et la fin pour remettre les choses en place et créer un effet d'attente. J'écris tous les 15 jours et le récit n'est pas continu, chaque épisode est un éclairage sur le cheminement de l'aventure, je dois donc recontextualiser. en bref, un épisode équivaut à un jour. Pour chaque épisode, il faut équilibrer le récit entre des descriptions physiques, naturelles, des dialogues, pas trop lanscinants, et si possible, des actions, et je trouve qu'il y en a trop peu pour l'instant, je prévois donc d'en rajouter.

    Le dernier élément qui est le plus dur à construire pour moi, c'est les palpitements d'une histoire: les actions violentes, les histoires d'amour surtout, tout ce qui demande à l'écriture d'atteindre une intensité, une efficacité qui font défaut au débutant que je suis. Voilà toutes les embuches que j'ai rencontré. J'en suis à l'épisode 20 sur 24...reste à corriger, développer...et éditer? Celà prendra certainement autant de temps que l'écriture! Les épisodes sont disponibles sur facebook!

  • Peut-on être de gauche et aimer De Gaulle?

    de_gaulle-owi.jpgLa réponse est oui. Ce n’est pas entièrement contradictoire. Un peu tout de même, puisque je me bats contre la loi Debré, qui organise le financement de l’école privée par l’état, instaurée en 1959, et que je veux remplacer la Vème république inventée par le Général en 1958, dévoyée à travers un référendum, en 1962, qui était presque un coup d’état… par une sixième république plus démocratique.  Un peu contradictoire quand même, puisque je suis socialiste, observant donc la société à travers un prisme idéologique que le général remettait en cause, et car j’inscris mon action politique au sein d’un parti, structure abhorrée par le général.

    Et pourtant, rien ne me fait plus vibrer que les « mémoires de guerre », mon livre de chevet, qu’une polémique ridicule voulait exclure des programmes de littérature au lycée. Rien ne m’émeut plus que de me mettre à la place du général de Gaulle quand il prend le micro de la BBC, pour incarner, le temps de quelques secondes, puis de quelques années, la France, à lui tout seul. Que cela devait être pesant, de supporter le poids de plusieurs siècles, le poids de la défaite de la première armée du monde, le poids de l’exil, de la défaite, d’une condamnation à mort…Que cela devait être pesant, à 50 ans, de traverser des océans, des déserts, de se heurter au mépris des puissances en guerre, et de mettre toutes ses forces dans un objectif : asseoir la France à la table des vainqueurs…et de le réaliser !

    J’admire profondément le général de Gaulle. Comme stratège militaire, auteur de « la discorde chez l’ennemi », notamment, comme tacticien de talent, vainqueur d’une des seules victoires françaises en 1940 à Montcornet. Tout ceci en tant qu’ancien étudiant en histoire militaire. Comme militant politique, j’admire le sens de l’Etat inhérent au général. Mais je suis mitigé. Le général aimait plus la France que la république française (son père était monarchiste), il se battait plus contre les Allemands que contre les nazis. Je n’admire pas le rusé politicien qui profite de la crise d’Algérie pour reprendre le pouvoir, ni l’homme dépassé par mai 68. Dur de reprocher de n’avoir pas compris mai 68 à un homme de 78 ans à l’époque.

    Je retiens du général plusieurs moments. Son abnégation d’avant-guerre quand, en lien avec Leon Blum  et Paul Reynaud, il voulait réformer la stratégie française, en renoncant ainsi à son avancement. Sa tenacité en juin 1940 quand, voulant continuer le combat, envers et contre tous, il se lance seul, absolument seul, dans la résistance, au côté des Anglais, ultime et frêle rempart à l’avancée fulgurante de l’Axe. Sa force de caractère, quand, comme il le raconte dans le troisième tome des mémoires de guerre, il doit faire face aux pressions des alliés qui veulent maintenir la France en position de faiblesse. « De Gaulle n’était pas indispensable ! » me diront certains…et pourtant. Les parlementaires résistants arrêtés sur le « massilia » alors qu’ils voguaient vers l’Afrique, les communautés françaises de Londres et de New York réticentes à faire confiance à un militaire de second rang (colonel, général de brigade à titre temporaire), confiantes envers le maréchal…il ne restait que De Gaulle, et des colonies dont la France aurait du être fière par la suite. Le film Indigènes est sorti très, très tard. Cet oubli est une honte pour la France.

    Et après ? Je n’admire pas, mais je comprends, d’après son métier, son histoire, sa famille, la volonté du général de se passer des partis et d’instaurer un lien personnel entre la république et son président. C’était sa vision du monde. Né en 1890, l’empire colonial est pour lui une réalité indépassable. Il aurait pu instaurer un commonwealth à la Francaise en 1944. les colonies ont été les premières à le soutenir en 1940. Malgré le discours de Brazzaville, il n’est pas allé assez loin.

    Le général de Gaulle était-il de droite ? Essentiellement, oui. Rejeton de la petite noblesse, mère pieuse, père royaliste, esprit de corps, dans l’armée, favorisant le respect de l’ordre et le conservatisme…comment lui reprocher alors d’être plutôt de droite, plutôt démocrate-chrétien ? Pour autant, Charles de Gaulle veut un état puissant, interventionniste, efficace. En cela, opposé au libéralisme, il se rapproche, comme dirait René Rémond, du bonapartisme, comme famille de la droite française. Mais il était républicain, partisan des libertés fondamentales, démocrate, et vu son milieu, c’était déjà beaucoup. Pourtant, ces idées, ce background n’ont pas empêché De Gaulle, dans une perspective d’union nationale, de s’entourer de socialistes et de communistes, de faire confiance à Mendes France et de l’estimer ; de mettre en œuvre une économie mixte, de nouveaux services publics, un secteur nationalisé important qui ont longtemps constitué une exception française…Qu'en est-il du gaullisme? c'est une autre histoire..qui vaut bien un autre article!

  • De Cluny à Meirieu

    Musee-Cluny-Paris-028_fullsize.jpgLe weekend de Pâques n'était pas forcément reposant: Référent pour les questions éducatives au MJS, j'étais invité à ce titre, comme tous les représentants d'organisations participant à la votation lycéenne, pour participer au congrès annuel de l'Union Nationale Lycéenne, l'UNL, première organisation représentative chez les lycéens. Un congrès de pré-adolescents, quelle corvée, diraient certains...Ils auraient tort: l'UNL est une organisation mature (15 ans déjà) animée par des (petits) responsables expérimentés: de nombreux ateliers animaient le congrès (la santé et la démocratie lycéenne pour ma part), mais surtout des plates-formes dont l'une m'a particulièrement émerveillé: celle sur la reproduction sociale où participait, avec des syndicalistes enseignants, Philippe Meirieu. J'ai déjà parlé sur mon blog de ce professeur des sciences de l'éducation de Lyon, candidat pour les verts dans la région Rhone-Alpes en 2010.

    Philippe Meirieu est le représentant d'un vague courant « pédagogiste », non institutionnalisé dans le monde éducatif, qui rassemble les amateurs de nouvelles pratiques pédagogiques qui prônent une refondation totale du système éducatif. Je ne l'avais pourtant jamais vu...ni écouté, alors que je me réclame comme un de ses disciples, et j'ai été bluffé. Philippe Meirieu, ovationné par les militants de l'UNL, s'est exprimé sur tous les sujets, et notamment sur la manière dont les lycéens devaient s'impliquer dans la démocratie scolaire pour décider des horaires d'ouverture du CDI, pour élaborer le règlement intérieur...J'ai tout autant apprécié l'intervention de Thierry Cadart, secrétaire général du SGEN, qui a explicité le projet d'un lycée modulaire, ou encore Laurent Escure, mon camarade du SE-UNSA, qui a présenté l'appel pour l'école publique qui a déjà recueilli 120 000 signatures...on a rarement vu autant dans l'histoire des pétitions!

    Aujourd'hui, je profite d'un petit jour de congé. Je suis au bar St André, place St Michel, ancien lieu des réunions du CCR, j'ai fini mes kits, j'ai fini le 14ème épisode de mon petit roman historique, je peux maintenant libérer mes pensées...et mes souvenirs accumulés, une heure auparavant, au musée national du moyen-âge de Cluny!

    Ce musée est situé tout près, dans les anciens thermes romains qui sont devenus un monastère de l'ordre de Cluny (créé en Bourgogne en 909), au coin de la rue Saint Jacques. J'y ai vu des ciboires, des reliquaires, des retables, des statues, ou encore des épées, des peignes et des sceaux. Je me suis imprégné d'une époque religieuse où la vie sur terre n'était sensée être qu'un passage, où les églises rythmaient la vie et la journée, où les hommes n'étaient pas égaux...(enfin moins qu'aujourd'hui). A chaque vitrine, j'ai fait l'effort de tirer le maximum de chaque pièce entrevue, en les remettant dans leur contexte, avec un peu d'imagination, mais aussi en m'imaginant comment j'aurais pu les utiliser en cours...je l'ai déjà dit, je ne fais plus de cours, et ca me manque. Je me suis aussi dit qu'être conservateur, archiviste, c'était organiser un magnifique écrin pour cet inventaire hétéroclite, encore fallait-il donner un sens à ces objets...en étant prof? Universitaire? Chercheur? Tous ces métiers m'attirent, il me faudrait plusieurs vies...