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littérature

  • Ecrire

    Tous les mois, j'écris deux épisodes. De quoi? d'un petit roman commencé en octobre 2009, alors que j'étais miné d'angoisse par le congrès du Mouvement des Jeunes Socialistes. J'avais besoin de m'évader, the west wing et harry potter ne suffisaient plus, et je n'avais plus le contact avec mes élèves pour m'impliquer dans une relation pédagogique transcendante. J'ai donc pris ma plume bic, et dans le train, tous les mois, j'écris.

    C'est quoi ce petit roman? L'idée est partie d'un évènement central de mon mémoire de maitrise, présenté en juin 2005 à l'Université Paul Valery (Montpellier): une descente anglaise sur les côtes languedociennes en 1710. L'idée a pris corps parce que je voulais parler de ma région, de ses paysages, de son histoire, de ma ville, de ses rues, de ses toits. Parce qu'à chaque fois que je prends le train pour Béziers, le reflet du soleil sur l'étang de Thau, la traversée de la lagune qui sépare la mer et l'étang, les paysages de vignes, de garrigues et de causses me fendent le coeur! Alors même que la vie parisienne a ses avantages.

    Mon existence parisienne est exaltante, un tantinet exigeante, mais j'avais besoin de créer de toutes pièces mon oeuvre. Comment ai-je fait et comment fais-je encore alors que j'ai écrit les 4/5 des épisodes prévus?

    J'ai d'abord étudié les contours historiques de mon roman, recherché des personnages, leurs histoires, leurs portraits, cherché toutes les informations sur le siège de Sete, et je n'ai pas trouvé plus d'un paragraphe. J'ai lu des pages entières sur les révoltes nobiliaires, sur l'organisation des lycées de jésuites, l'arrivée des produits coloniaux, relu mes recherches sur les infrastructures militaires de Béziers et étudié avec soin le plan de Béziers médiéval accroché dans ma salle de bains. Mais écrire, au delà de ses recherches préliminaires qui dégrossissent le terrain, recréent un contexte, donnent corps à mes personnages, c'est quoi?

    C'etait d'abord pour moi rêver une histoire, celle d'un jeune Biterrois qui rejette les Anglais à la mer, une jeanne d'arc languedocienne en bref. C'était ensuite en arrière plan une réflexion sur une resurgescence de l'indépendantisme du sud, avec le retour du petit-fils du duc de Montmorency. Le problème, c'est d'imaginer un cheminement à rebondissements, et de relayer petit à petit des informations pour garder le suspense. Je n'y suis pas du tout (mais c'est la première fois que j'écris une fiction) je devrais donc relire et corriger pour organiser progressivement l'information du lecteur.

    C'est ensuite pour l'écriture de chaque épisode, un travail sur le début et la fin pour remettre les choses en place et créer un effet d'attente. J'écris tous les 15 jours et le récit n'est pas continu, chaque épisode est un éclairage sur le cheminement de l'aventure, je dois donc recontextualiser. en bref, un épisode équivaut à un jour. Pour chaque épisode, il faut équilibrer le récit entre des descriptions physiques, naturelles, des dialogues, pas trop lanscinants, et si possible, des actions, et je trouve qu'il y en a trop peu pour l'instant, je prévois donc d'en rajouter.

    Le dernier élément qui est le plus dur à construire pour moi, c'est les palpitements d'une histoire: les actions violentes, les histoires d'amour surtout, tout ce qui demande à l'écriture d'atteindre une intensité, une efficacité qui font défaut au débutant que je suis. Voilà toutes les embuches que j'ai rencontré. J'en suis à l'épisode 20 sur 24...reste à corriger, développer...et éditer? Celà prendra certainement autant de temps que l'écriture! Les épisodes sont disponibles sur facebook!

  • Premier épisode: veillée d'armes à Castelnaudary

     Henri_%E2%85%A1de_Montmorency.jpgÉpisode 1: Veillée d'armes à Castelnaudary

    1- pensées contradictoires

    On ne voyait que lui. Campé sur son cheval, enveloppé d’une cuirasse dorée, d’une cape rouge et casqué de fer, il dominait les soldats qui défilaient devant lui. Il ne les regardait pas, il fixait de ses yeux noirs le nuage de poussière qui s’élevait devant lui, au loin, derrière le seuil de Naurouze. Demain, il faudrait se battre. Avec qui ? Contre qui ? Tout était si confus. Henri II de Montmorency ne se battait pas par goût. Jeune gouverneur d’une province prospère, gestionnaire apprécié de ses fiers administrés, Henri, du moins le pensait-il, se battait pour des valeurs. Pour l’honneur de son sang, au nom de sa province, de ses libertés et de ses privilèges ! Quelles valeurs ? Quel sang ? Quelles libertés ?

     

    A la veille d’une bataille décisive, les questions s’entrechoquaient. : Se battre contre son souverain, c’est affolant pour le descendant d’une des plus vieilles familles d’officiers de la couronne. Fils et petit-fils d’un connétable, Henri n’est pas un rebelle né ! Il a longtemps hésité avant de suivre Gaston d’Orléans, jeune et turbulent frère du roi Louis XIII, dans sa quête effrénée des honneurs et du pouvoir. Au nom de quoi au juste ? Des privilèges d’une province ? Se battre pour l’Occitanie, quand on est baron d’Ile de France, quelle contradiction ! Les Montmorency ont épousé les rêves de leur province, de ce Languedoc fier de sa vieille autonomie, acquise sous Louis IX, qu’ils gouvernent depuis 60 ans. Le Languedoc, si fier de ce pouvoir envié des Etats qui lèvent, répartissent et utilisent de manière étonnamment moderne des impôts plus justes et plus bas que partout dans le royaume.

    Henri se redresse sur son destrier et penche sa tête, son menton marqué et ses boucles rousses vers la plaine, là où défilent charriots, hommes de pied et cavaliers, issus de cette petite noblesse languedocienne qui le soutient, qui s’élève et s’insurge contre les « novelletés » du principal ministre, le cardinal de Richelieu, qui veut envoyer des précepteurs royaux dans la province…Son cheval piaffe. Lui aussi est inquiet. Que pourront ces quelques centaines de hobereaux mal armés face aux compagnies royales ? Quelques arquebuses qui datent du siècle dernier contre les mousquetaires et les canons royaux, que doit-on attendre, à part un miracle ? La seule lumière qui scintille sur le métal des mousquets et des piques ducales, c’est le soleil orangé qui s’échappe déjà, disparaissant derrière les contreforts de la Montagne Noire.

    2 – ambiance morose dans la tente ducale

    La nuit tombe déjà. Le duc s'en rend compte, et envoie ses pages prévenir les différents chefs des corps en marche qu'il était temps de mettre pied et besace à terre pour s'installer. Alors que la nouvelle circule rapidement, des ordres brefs sont envoyés: les charriots du duc doivent amener tentes, bagages et vaisselle de la cour sur la colline, à l'abri des intempéries, tandis que les charriots des lavandiers et autres cantiniers s'installent, en marge du camp, pour nourrir des troupes avides et reclues par une longue marche au soleil: harassante, voire mortelle, en cette fin du mois d'août 1632! Deux heures plus tard, les tours de garde s'organisent déjà. Les principaux barons languedociens et les villes fidèles au Duc dans sa rebellion s'étaient rassemblés dans sa tente. Monsieur, le frère du roi, venait d'arriver au camp. Pas de trompette, pas d'entrée triomphale, des murmures assourdissants s'étonnaient de cette arrivée cachée, honteuse...L'issue de la bataille annoncée ne faisait-elle déjà pas de doute pour Gaston d'Orléans? Pensait-il à fuir, lui qui abandonnait toujours ses complices pour s'en remettre au pardon de son frère?

    Cette bataille, on en discutait justement. La suite des deux ducs débattaient des mouvements de troupe. La poussière visible sur la route de Toulouse était-elle le fait des éclaireurs royaux, d'une troupe de pillards ou de l'armée du maréchal de Schomberg, qui dirigeait une partie de l'armée du roi, tandis que celui-ci, accompagné de Richelieu, cueillait une à une les places fortes du Bas-Languedoc, peu opiniatres dans leur rebellion? Les feux du camp ennemi, qui surplombaient la plaine du Lauragais, ne laissaient pas de doute: c'était bien une armée qu'il faudrait affronter le lendemain, et, au vu du nombre de feux, plusieurs compagnies royales étaient présentes...Qu'en savait-on de cette armée? Si ses capitaines avaient fait leurs armes lors des guerres contre l'Espagne, 40 ans auparavant, la plupart des soldats n'avaient comme seule expérience que quelques escarmouches peu meutrières, advenues à Montauban, ou à Montpellier, lors de la dernière guerre de religion des années 1620. Mais les troupes royales étaient mieux armées, les soldats mieux nourris ne comptaient pas la poudre...Face à cela, à quoi ressemblait l'armée languedocienne? Des cavaliers de petite noblesse aux armures hétéroclites, des miliciens à pied armés par les communes: des arquebuses, des piques de bois, des hallebardes, et même des arbalètes, face aux canons royaux!
    Voilà de quoi on discutait sous la tente, quand un envoyé du gouverneur de Bagnols, forteresse gardant le Rhône, fut introduit:

    - « Alors, drôle, quelle nouvelle nous apportes-tu? » demandait le Duc, sans se soucier du vassal qui le questionnait sur les renforts attendus.

    - « Bagnols est tombée Monseigneur ». La nouvelle assombrit tous les visages. « la ville est tombée par surprise, le Roi avait passé le Rhône à Pont-saint-esprit, sur un pont de bateaux. Le gouverneur n'a eu que le temps de m'envoyer ici, la place était déjà investie. J'avais parcouru une lieue quand le drapeau blanc était déjà hissé sur les murs. ».

    L'énervement succédait à la surprise dans la tente:

    - « Que choisissez-vous des lâches pour protéger nos arrières! » tempétait Gaston d'Orléans. « Dans combien de temps seront-ils à Montpellier? » S'inquiétait déjà l'évêque d'Albi, Alphonse d'Elbene, qui représentait les intérêts de Marie de Medicis, la reine-mère disgraciée. Le duc de Montmorency restait coi. D'abord parce que le château de Bagnols était une possession familiale, il y célébrait encore son anniversaire 10 jours auparavant. Le maréchal de la Force en route pour Nîmes, Schomberg sur la route de Toulouse, il était cerné par la Mer, la Montagne et l'armée royale.

    - « Nous n'avons plus le choix, il faut nous battre. Toutes les villes, Montpellier et Béziers comprises, n'accueilleront qu'un vainqueur dans leurs murs » dit-il brusquement. « Reste à décider de ce que nous ferons de nos braves vassaux et de nos bonnes villes! » Mais ces bonnes villes justement, étaient-elles sûres? Les consuls du Bas Languedoc se jettaient des regards inquiets, soucieux des revers trop rapides que subissait la révolte qui devait leur permettre d'affermir leurs privilèges et libertés communales. « nous devons discuter avec nos milices » indiquaient-ils à voix basse, en s'éclipsant de la tente pour rejoindre leurs hommes.

    La nuit s'avancait rapidement, il fallait prendre des décisions. Montmorency organisa donc ses forces « à l'espagnole »: des carrés d'arquebuses encadrés par des piquiers: avec de gauche à droite les Biterrois, les Albigeois, les Piscénois, issus des communes et du ban seigneurial, encadrés sur leurs côtés par la cavalerie des reîtres recrutés à Trêves, au printemps, par le frère du Roi. Ces dispositions prises, Orléans et Montmorency se retirèrent, pour essayer de dormir, d'oublier l'angoisse qui les étreignait, quelques heures avant que le sort ne décide de leurs destins respectifs: connétablie, ou décapitation? Trône, ou prison à vie?

  • Pourquoi j'écris un roman historique...

    beziers.jpgJe voulais écrire. Je voulais écrire pour dessiner, pour peindre, pour raconter, pour faire vivre une époque, ce grand siècle qui me fait rêver, quand la France était la première puissance du monde occidental, quand Louis XIV, oint par le saint chreme, vivait adoré comme un Dieu dans un château qui avait coûté la vie à 20 000 ouvriers…

    Je voulais écrire pour parler de l’Histoire, pour convaincre tous ceux qui montrent du doigt la « science des dates », que l’histoire n’est pas qu’une chronologie. L’histoire vit, l’histoire est chaude, elle bat, tel un pouls qui rythme le temps, le monde, l’Homme.

     

    L’histoire est politique, quand les ambitions, le pouvoir, l’Etat modèle l’espace et l’avenir des hommes. Elle est économique quand elle s’intéresse à leurs échanges, à leurs modes de production, à leur système de valeurs. Elle devient sociale quand elle entre dans les masures et les hôtels particuliers, pour fouiller les tables, les lits et les coffres en osier. Parfois, elle s’égare dans l’étude des mentalités, pour découvrir cette présence étonnante de la mort dans tous les moments de la vie du Grand siècle, et se retrouve sur les champs de bataille pour s’initier à une histoire militaire marquée par une révolution, celle de la pique et du mousquet, de Louvois et Vauban…

     

    J’aime l’histoire. Et le roman historique que je vais essayer d’écrire doit pouvoir faire entendre, sentir, toucher et surtout comprendre la vie quotidienne du XVIIème siècle finissant. J’aime aussi mon pays Languedoc. Je m’intéresse à un moment particulièrement passionnant où le Languedoc devient français et accepte l’absolutisme. Je veux vous faire découvrir Béziers et des lieux qui me sont chers : les champs sur lesquels ont été bâtis la cité HLM où j’ai grandi, l’Iranget, les rives de l’Orb que je contemplais du haut de la cathédrale, et les rues de Béziers où l’odeur de l’histoire est si pregnante.

     

    Soutenez-moi pour vous raconter une histoire et faire vivre une ville moderne : ses effluves, ses habitants, ses rues bigarrées où se mélangent langue d’oc et langue d’oil…Accompagnez-moi pour ce voyage de 300 ans ! Découvrez Nicolas de Montlauretz, fils du gouverneur de Béziers, jeune aristocrate que j'ai inventé pour vous faire aimer l'histoire, ma ville, et l'histoire de ma ville.

     

  • «Le lycée de nos rêves » par Reverdy/Delhay: expérimentation risquée...ou dangereuse?!

    genere-miniature.gifTandis que le RER B traversait la banlieue sud, roulant mollement de la fête des associations de Palaiseau à Paris, rue rambuteau (librairie allemande) où j'ai enfin déniché le manuel franco-allemand de première, je me rappellais ce que Gwénolé m'avait écrit la semaine dernière: « tu m'as fait peur quand tu parlais du collège expérimental je croyais que c'était le truc à Descoings ». Evidemment je ne savais pas que M.Descoings s'était lancé dans la pédagogie je ne le connaissais que pour son projet de frais d'inscriptions modulés à sciences po qui lui avait valu une des meilleures campagnes militantes menée par l'UNEF IEP, présidée à l'époque par un certain Antoine D.

    Hier, un joli paquet m'amenait « le lycée de nos rêves » de Cyril Delhay et Thomas B. Reverdy, le même livre dont je feuillete les pages en ce moment. Ces deux auteurs parlent d'une expérience éducative qui les a amené à proposer à des classes de seconde d'intégrer un dispositif d'ouverture culturelle, internationale, avec l'aide de sciences po Paris et d'un réseau d'entreprises mécènes. Cet ouvrage met en avant des équipes d'enseignants motivés et imaginatifs qui ont voulu aller au delà de leur quotidien d'enseignant et dépasser la fatalité des lycées du 9-3 qui en faisaient des anti-chambres de l'ANPE. Jusque là, quoi de plus louable! Ce livre relaie une expérience éducative interessante, mais pas unique en son genre. L'investissement de ses auteurs fait, à mon sens, débat! Pourquoi?

    Parce que ce que dit l'auteur ne me plait pas pour trois raisons. La première raison c'est qu'il présente son projet comme l'unique voie d'innovation jamais tentée en France (à part une allusion finale très intéressante à l'action de Gaby cohn Bendit). C'est faux. Il y a de nombreux mouvements pédagogiques, le CRAP par exemple, ou de nombreux auteurs comme Philippe Meirieu, qui imaginent depuis des années de nouveaux modes d'évaluation, de travail en équipe, en groupe, d'activités où les élèves sont mises dans des situations actives d'apprentissage. Les modèles nordiques avec leurs années de transition sont d'autres solutions pour réduire les inégalités scolaires. Mais il est vrai que l'auteur cherche surtout à pointer du doigt la promesse non-tenue d'égalité républicaine dans ces quartiers relégués que sont les banlieues. Jeune agrégé de 35 ans en lettres modernes, il aurait pu se contenter des lycées de centre-ville, mais Thomas Reverdy a préférer enseigner en ZEP, là où l'école ne fait plus rêver.

    La deuxième raison tient dans la nature du projet. Thomas Reverdy a pointé un manque structurel d'argent pour dégager les lycées du 93, et surtout leurs élèves, de la fatalité. Sa solution? Des contacts culturels et internationaux (visite de l'opera garnier, voyage d'études en Chine) fournis par les services de sciences po dont le directeur s'est investi dans le projet, et la recherche de financements privés par le biais des fondations d'entreprise. L'auteur scande tout au long du livre que là est la solution, le financement direct, par les entreprises, de projets pédagogiques! Qu'il n'y a aucun danger! Et bien je la trouve dangereuse, cette logique! Si les entreprises préfèrent choisir où exercer leur responsabilité sociale, pourquoi alors ne pas choisir les routes à réparer? Les ports à rénover? Les musées à construire? La part de ces richesses qu'elles ont produites, qui doivent revenir à la puissance publique, ce sont des instances démocratiques, législatives ou exécutives, qui doivent, pour moi, décider de leur destination! Pas des intérêts privés!

    Pour autant, l'auteur a raison de pointer la responsabilité sociale du monde de l'entreprise! On pourrait imaginer d'autres modes d'intervention; des commissions régionales d'aide aux projets pédagogiques, par exemple, dans lesquelles pourraient s'investir les entreprises, qui permettraient aux enseignants et aux établissements de présenter des projets...L'auteur a raison de pointer les déficits culturels des adolescents des banlieues. Il a aussi raison de pointer un problème psychologique, la necessité de leur ouvrir l'avenir, de leur ouvrir des horizons d'études et de carrière, mais pas à n'importe quel prix!
    L'auteur se targue d'une approche dépolitisée. C'est une malhonneteté intellectuelle. L'auteur parle de citoyenneté mais dénigre les « syndicats » de l'éducation nationale dans leur ensemble sans faire de nuance, pourtant ils portent des projets différents, non? Il loue les initiatives pédagogiques individuelles et dénigre les positions syndicales. Et Monsieur Reverdy, qui portera une organisation plus dynamique des enseignements du collège et du lycée, modulaire par exemple, si ce n'est des syndicats...ou même ces partis politiques, que vous dénigrez autant? Les collectivités, de droite mais de gauche surtout, comme la région Ile de France, n'auraient qu'une approche politicienne, car elles ne prennent pas le risque de soutenir votre projet. Oubliez-vous la necessité de traiter avec autant d'attention les centaines de milliers d'élèves franciliens que ceux choisis par sciences po?

    Ce qui est énervant, dans ce projet, c'est le côté coup de pub, opération de com' de sciences po, pour une diversité qui n'existe pas vraiment à l'IEP, pour des entreprises qui s'achètent à bas coût une bonne conscience sociale, et pour des institutions culturelles qui s'ouvrent, ou s'entrouvrent plutôt, aux banlieues.

    Pour autant, je ne crache pas dans la soupe. Reverdy est un prof militant, même s'il privilégie les combats individuels aux combats collectifs, que je préfère pour ma part. Ses cours à plusieurs mains basés sur l'actualité, ses démarches pluri-disciplinaires, sont de bonnes idées. Mais elles sont déjà dans les instructions officielles, reste à les faire appliquer! Il dénonce la mauvaise utilisation des talents des enseignants et il a raison! Les postes fléchés permettent d'enrichir le profil des enseignants (sections européennes, histoire des arts), tout comme les possibilités de retraits temporaires du métier pour étudier ou partir à l'étranger, malheureusement peu valorisés dans les progressions de carrière!

    Cet ouvrage est donc un bilan d'activité d'un projet éducatif qui a bénéficié de moyens importants, d'une certaine visibilité, et qui a sans doute été un tremplin pour les centaines de jeunes qui en ont bénéficié. C'est une piste qui montre que les enseignants peuvent être les acteurs de projets d'établissements, que l'autonomie doit faire l'objet d'un débat, mais d'une autonomie démocratique, pas managériale! Le succès de ce projet montre aussi qu'il faut agir dans les quartiers de relégation, non seulement pour éviter des émeutes, qui ont marqué l'auteur, mais aussi pour réduire des inégalités grandissantes, honte d'une école républicaine réputée dans le monde entier. Ce que nous apprend Reverdy, c'est que le plus beau métier du monde reste un défi quotidien pour ceux qui l'exercent, source de tant de déceptions, mais aussi de tant de joies.