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  • L'économie libérale n'est pas une science exacte: pour une relance budgétaire et écologique!

    merkel,sarkozy,bce,europe,pacte de compétitivité,écologie,climatSi j’écoutais certains de mes camarades, notamment dans ma section, notre projet économique pour 2012 devrait être « on a plus de sous, on peut rien faire ». Je ne suis pas d’accord. La dette nationale est un fait, encore faudrait-il savoir qui la détient ; et depuis quand. Le service de la dette serait le premier budget de la nation ? C’est possible, mais alors parlons des cadeaux fiscaux et de toutes les brèches pratiquées dans les ressources nationales ou sociales. Politiques déficitaires ? Sans revenir à Keynes, parlons de relance et de constitutionnalité économique, alors qu’Angela Merkel, sur la scène européenne, et l’UMP sur la scène nationale, souhaitent interdire d’une manière ou d’une autre les politiques de relance qui peuvent, temporairement, necéssiter un certain déficit budgétaire. Politique agricole, industrielle, économique en général ? Alors qu’une crise climatique, qu’une crise de la biodiversité comme rarement on l’a connu dans l’histoire de l’humanité, s’annoncent, il est temps de réfléchir à une reconversion écologique de l’économie à toutes les échelles.

    Constitutionnalité économique. Ques a quo ? c’est le fait de constitutionnaliser la rigueur budgétaire. Alors que l’indépendance de la BCE interdit toute politique économique s’appuyant sur l’outil monétaire, plusieurs idées circulent au conseil et à la commission européenne pour faire du dogme libéral une règle constitutionnelle. La commission européenne veut « valider » les budgets nationaux selon qu’ils correspondent à l’orthodoxie budgétaire libérale, tandis que Merkel et Sarkozy rêvent pour le sommet de la zone euro, en mars, d’un « pacte de compétitivité » qui pourrait sanctionner les états qui mènent une politique déraisonnable, et déficitaire, donc une politique de relance. Les politiques économiques ne sont pourtant pas une science exacte, elles relèvent de choix politiques, d’un certain niveau d’intervention publique dans l’économie qui peut faire débat entre socialistes et libéraux. Comme socialistes justement, nous devons pousser le groupe S&D au parlement européen pour lutter de toutes ses forces contre ce projet qui ferait des politiques de droite des bonnes politiques et des politiques de gauche des mauvaises politiques.

    Reconversion écologique ? Ce n’est pas réhabiliter la charrette et la bougie, c’est prôner une croissance qualitative de l’économie qui s’appuieraient sur une reconversion de l’agriculture et de l’industrie et sur de grands travaux dans le domaine de l’énergie, ou du logement. C’est à la fois vouloir « décarboniser » l’économie pour lutter contre le déreglement climatique, et répondre aux besoins légitimes en logement, en transports, pour lutter contre les inégalités sociales et territoriales.

    La reconversion écologique, c’est la création d’un pole financier public pour permettre à l’industrie de se développer dans de nouveaux secteurs, et celà passe par la nationalisation d’une banque, adossée à la caisse des dépots et aux autres fonds existants (OSEO notamment), s’appuyant sur le livret bancaire développement durable (CODEVI) pour prêter aux entreprises, organiser des pôles de compétitivité et la relocalisation de l’industrie. Celà passe aussi par un plan de construction et de réhabilitation du logement, notamment pour en assurer l’isolation thermique, responsable, pour un tiers, des émissions de gaz à effet de serre. C’est un plan d’aménagement des transports (voies ferrées, ferroutage, tramways), ou encore le développement de l’agriculture biologique par un soutien massif aux circuits courts, à l’irrigation économe des terres, et à une redéfinition des critères des aides agricoles ou des aides à l’installation.

    Une politique de relance se justifie donc pour moi pour répondre au défi climatique, environnemental, et à la crise sociale et économique. Relance budgétaire avec de nouveaux moyens publics pour des secteurs d’avenir, elle s’appuie évidemment sur une révolution fiscale qui générerait de nouveaux revenus et sur la redirection et le rassemblement d’aides économiques aujourd’hui peu efficaces. Ces propositions, entre autres, se retrouvent dans la nouvelle campagne lancée par le MJS pour organiser des votations sur les 21 propositions que nous porterons bientôt devant les candidats aux primaires socialistes www.perspectives2012.fr.

  • Zoom sur les élections législatives allemandes...

    Merkel_Steinmeier_IGFM.jpgExaminer la politique et les enjeux politiques étrangers avec des réflexes franco-francais est une attitude qui m'énerve beaucoup. Il se trouve toujours quelqu'un pour expliquer la politique allemande en comparant tout de manière simpliste, comme si die linke c'était le NPA, si la CDU était l'UMP, et si tous les adhérents du SPD étaient des socio-traitres...C'est énervant car chaque pays a un régime institutionnel, des "coutumes" politiques, des enjeux différents, des clivages originaux. Ayant vécu un peu en Allemagne, ayant participé à des meetings et milité un peu aux Jusos, je vais essayer d'amener tous mes lecteurs au coeur même des enjeux actuels du scrutin essentiel pour les allemands que sont les élections législatives (bundestagwahl)...

    Mais d'abord rétablissons un peu la vérité...die linke ne sont pas seulement un sympathique parti avec de vraies positions de gauche, c'est aussi l'héritier du parti unique de l'ex-RDA, et ses responsables sont parfois les mêmes que ceux qui lancaient la stasi sur leurs opposants dans les années 80. Mais sans eux, une alternative de gauche est impossible en Allemagne, et leur succès est aussi dû à la politique ultra-libérale pratiquée dans le domaine de l'emploi et de la santé par le chancelier Schröder...La CDU n'est pas seulement un parti de méchants, c'est un parti démocrate chrétien qui s'est converti il y a peu au libéralisme...avec des valeurs assez conservatrices...les verts font des alliances à droite, le MODEM allemand (FDP) fait des alliances à gauche: les cartes de la politique allemande sont brouillées!

    1- Ils votent quoi les allemands là? à l'échelle fédérale, l'électeur allemand va élire la chambre basse du parlement, le bundestag...au bureau de vote, il aura deux "voix" à utiliser: la première pour élire le candidat de sa circonscription, la deuxième pour choisir une liste régionale. Evidemment, les partis sont amenés par des leaders, potentiellement candidats à la chancellerie (premier ministre): FW Steinmeier pour le SPD, Angela Merkel pour la CDU/CSU, Guido Westerwelle pour le FDP...pour les deux autres partis que sont die grünen (les verts) et die linke (la gauche) c'est un peu plus compliqué!

    2- Qui va gagner? Compliqué, en fait aucun parti n'obtient la majorité absolue (à part la CDU dans les années 50 et 80), la question c'est donc quelle alliance pour gouverner, sur quel projet compatible? Et là, les possibilités il y en a mais pas tant que ca...alliance à gauche rotrotgrün (SPD/DieLinke/grünen): le SPD est contre car désaccord sur la politique sociale avec die Linke...traditionnelles alliances de gauche (SPD/Grünen) ou De droite CDU/FDP? ca suffit pas pour atteindre la majorité et la CDU a peur d'un FDP requinqué! Alliances improbables quand le centre droit rejoint la gauche (ampelkoalition, comme dans les années 70), ou quand les verts rejoignent la droite (jamaikakoalition, comme au land de Hamburg?): vraiment vu comme des solutions de dernier recours. Une menace plane: le maintien de la grande coalition SPD/CDU, aux affaires depuis 2005: une politique consensuelle, pas de choix, pas de politique cohérente, et une désaffection de la population pour le politique...

    3- Ca se passe comment une élection en Allemagne? Comme en France, on parle sondages: les coalitions de gauche (linke 10% verts 10% SPD 25%) font à peu pres jeu égal avec la droite (CDU 35% FDP 10%) mais les allemands, s'ils votaient directement, choisiraient à 55% angela Merkel. Pourquoi? le fameux "bonus du chancelier" qui donne au candidat sortant un air plus crédible? Et surtout, cette différence fondamentale du débat politique allemand: pas de grandes envolées lyriques, passionnées, violentes, le débat est feutré, centré sur les questions de compétences...l'équipe de campagne du candidat SPD s'appelle donc "kompetenzteam"...j'allais oublier: la modernité c'est d'utiliser des termes anglais!

    4- C'est quoi les débats? Une élection allemande ce n'est pas "bandant": on parle chiffres, programmes, alliances...on ne dit jamais droite ou gauche, on utilise le nom des partis qui se définissent comme progressistes ou conservateurs, ce n'est pas un gros mot...pas de diabolisation, débats apaisés, pas beaucoup de tracts, mais beaucoup d'affiches accrochées aux arbres, et de "podiums": des stands en pleine rue où les candidats discutent avec les citoyens. Ce qui fait débat pour ces élections? Bon voyons par exemple les 8 propositions du SPD: "de bons salaires pour de bons travails pour tout le monde", "une éducation de première classe sans frais supplémentaires", "protéger le climat avec une énergie sure sans nucléaire", "soutien des familles", "égalité des droits pour les femmes", "un état tolérant pour la diversité", "une société humaine contre un capitalisme débridé"...on voit émerger des thèmes de campagne: l'énergie, les questions de société, la politique familiale, les salaires, l'éducation gratuite. Des sujets un peu originaux pour la France! Pas de petite phrase, des propositions précises et chiffrées...

    5- Et la rue, elle pense quoi de ces élections? D'abord ce n'est pas une élection unique...Les élections en Sarre et en Thuringe ont eu lieu il y a peu, avec un sursaut de la gauche mais un gros problème: die linke arrive en tête en Thuringue, le retour de la gauche au pouvoir est possible mais le SPD refuse de leur laisser le poste de ministre-président, comme si ce n'était pas un parti comme les autres...Le SPD n'accepte pas la présence et la force de l'ex parti communiste de la RDA sur sa gauche...il y a une histoire certes, des postures, mais aussi une expérience de gouvernement, commune, dans les länder de l'est (brandenburg ou Berlin par exemple) et un assagissement de die Linke qui permettraient un programme commun et une alternative avec à sa tête par exemple, Klaus Wowereit, maire de Berlin, partisan de l'alliance à gauche, et vu comme le futur candidat du SPD...(http://www.spiegel.de/politik/deutschland/0,1518,649524,00.html). En tout cas le débat est peu sexy, le duel télévisuel a ennuyé les spectateurs, pas de propositions phares, pas de réelle alternative à gauche avec le vice-chancelier Steinmeier...

  • Les enjeux des élections législatives allemandes de septembre 2009

    180x180_rIYCwCw7pY.jpegS'intéresser, analyser la politique allemande, le paysage politique et les enjeux électoraux avec des concepts et un point de vue français est particulièrement périlleux voire insensé. Dans 6 mois, les Allemands éliront la chambre basse du parlement, le Bundestag; et un chancelier ou une chancelière ressortira de la majorité élaborée sur la base d'un programme commun à l'issue des résultats électoraux. C'est un système d'élections mixtes, à la fois de liste partisanes à l'échelle des états, et de circonscriptions pour les quelques 300 Wahlkreise, qui permettent d'habitude des résultats assez nets et représentatifs à la fois.

    Le système politique allemand a évolué mais ses racines plongent jusqu'au IIeme reich, quand la démocratie parlementaire se mettait petit à petit en place face à Bismarck et Guillaume II (vaste programme!). Le SPD, parti social-démocrate, date de 1876, tandis que les partis bourgeois tels que le parti libéral et le zentrum, devenu FDP et CDU, s'organisent surtout pendant la république de Weimar. Les partis nationalistes disparaissent, discrédités, après la chute du 3ème Reich qu'ils ont aidé dans son accession au pouvoir en 1932/1933. D'un autre côté, les partis d'extreme droite (Republikaner, DVU, NPD) restent divisés, même après une montée inquiétante au début des années 1990, tandis que les verts apparaissaient en 1970 et se dotaient d'un jeune leader issu de l'immigration turque l'an dernier, Cem Ozdemir... D'un autre côté, les communistes, inexistants en Allemagne de l'ouest après la guerre froide, réapparaissaient avec la réunification, avec l'ancien parti unique est-allemand devenu PDS, en dépassant parfois la barre des 5% permettant d'accéder au bundestag, renforcés par leur coalition électorale avec les décus de la social-démocratie, appellée die linke, depuis 2005.

    La république fédérale Allemande est dirigée par un chancelier, certes, mais surtout par des combinaisons partisanes aléatoires appellées coalitions...et il en existe plusieurs formes! Les notions de droite et gauche sont très floues en Allemagne où l'on réfléchit plus par conservateurs/libéraux/socio-démocrates/nationalistes...et où les alliances se font et se défont sur la base de programmes concrets précis après d'apres négociations...comme en 2005 quand le SPD et la CDU/CSU ont du se résoudre à une grande coalition, dans la mesure où leurs partenaires naturels (verts d'un côté, libéraux-démocrates de l'autre) n'avaient pas réuni d'assez bons scores pour former une majorité! Comment est-ce possible? En France, j'ai des camarades peu nuancés qui se font concurrence pour crier plus fort que les autres que les Allemands de gauche sont des traitres...un peu plus on sortirait des arguments historiques...alors que tout simplement leurs lignes de clivage ne sont pas les notres, leur système, plus proportionnel, est différent, alors pourquoi plaquer nos schémas?

    Depuis 2005, les partis au pouvoir sont affaiblis, leurs lignes de clivage amoindries par leur cohabitation. Le SPD est sur une ligne plus libérale avec son aile droite, FW Steinmeier, alors qu'Angela Merkel fait vibrer très fort l'aile sociale de son parti de centre-droit, la CDU. Celà laisse un boulevard aux verts, déchainés sur l'anti-nucléaire que leur laisse le SPD jugulé par ses accords de gouvernement, pour die Linke, alors que la crise sociale et économique remet en cause les options libérales, ou pour le FDP qui rassemble les décus de la CDU, à droite!

    6 mois avant l'élection, où en sommes-nous? d'apres les sondages, si les élections avaient lieu demain, la CDU obtiendrait 34% des suffrages, le SPD 22%, le FDP 18%, die Linke 12% et les verts 10%...Les coalitions possibles? A droite toute avec NOIR/JAUNE (CDU/FDP) en se disant qu'avec un pareil score le FDP peut presque demander la parité complete au gouvernement et notamment la vice-chancellerie pour son jeune leader Guido Westerwelle...Au centre toute avec le retour de la grosse Coalition qui après tout tient bien la route avec ses deux sexycentristes que sont le ministre des affaires étrangeres Steinmeier et Merkel à la chancellerie (la "machine à laver "au vu de l'architecture pour les intimes des virées berlinoises)...et j'apprends par un article de presse très interessant http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5j6XtkklPm36t5QKP6ytvcD7g3-Jw que Steinmeier se rapproche de Westerwelle et n'exclut pas l'idée d'une coalition libérale de centre/centre-gauche qui n'avait jusqu'ici était réalisée que par Helmut Schmidt de 1974 à 1983! Argh trahison, tous des droitiers vont grogner mes camarades. Certes, mais sur la base d'un programme commun issu de lignes de convergence sur l'éducation, l'immigration, le désarmement et la libéralisation des moeurs! De la même manière que le SPD a travaillé avec la CDU sur la réforme de l'état...Elle est loin la coalition de gauche rotrotgrün évoquée lors des élections de Hesse l'an dernier!

    Quels sont les thèmes de campagne? Evidemment de la tambouille avec Merkel l'hésitante-pas-capable-de-gérer-la-crise martellée par le SPD qui fleure un peu le machisme mais bon...Mais aussi des vrais débats de fond auxquels j'avais participé en faisant campagne pour Schröder en 2005 à l'époque du tournant de gauche du SPD: assurance citoyenne (Bürgerversicherung) pour la santé contre forfait individuel (Kopfpauschal) proposé par la CDU, interdiction des frais d'inscription universitaires (studiengebühren) contre limitation des compétences fédérales en matière d'éducation...d'autres sujets sont plus technocratiques comme la redéfinition des compétences fédérales et régionales (Föderalismusreform) ou plus consensuels comme la lutte contre l'extreme droite...Voyons maintenant parti par parti!

    Que veut le SPD? De nouvelles propositions pour un nouvel état social: assurance maladie payée en fonction du revenu, SMIC (mindestlohn) négocié par les branches, mais aussi malheureusement des retraites plus flexibles ou encore la fameuse sortie du nucléaire, le "atomausstieg". Que veulent die Linke, guidés par Gregor Gysi et Oskar Lafontaine? Casser le système bipartiste ou bi-coalition (ca c'est réussi) et veulent concentrer leurs propositions sur  la lutte contre les privatisations, le nouvel état social, la lutte pour l'égalité hommes/femmes au boulot et à l'école...De leur côté, les verts refusent de parler alliance et veulent se concentrer sur leurs thèmes de campagne: les libertés publiques, l'énergie et le développement durable ou encore la paix et la lutte contre la précarité (ils préconisent le Grundeinkommen, sorte de RMI). Le FDP avec son slogan "mehr netto vom brutto" qui signifie à peu près moins de taxes sur la feuille de paie, veulent moins d'impôts, moins de dettes, plus de libertés dans la société et pour les entreprises...de vrais libéraux qui veulent moins d'état quoi! La CDU est à la tête des sondages mais pas forcément en position de force: pas de proposition phare, pas de projet global, le premier parti d'Allemagne s'est technocratisé et n'aspire qu'à "gérer"...

    En bref, de beaux débats de fond, quelques petites attaques de bas-fond et comme débat principal, comme d'habitude, les coalitions...en se disant que pour celle que je défends, évidemment la gauche plurielle (rotrotgrün) rien n'est simple: 2 partenaires c'est compliqué à gérer en Allemagne (ca marche toujours par 2 si je compte pas la CSU) et le SPD est très partagé par rapport à son partenaire die linke avec laquelle elle cogère certains états: c'est quand même l'ancien pârti unique de la RDA qui a mis en place une police politique, la stasi, dont on vient à peine de sortir les archives des débarras (avec son lot d'espions retrouvés "subitement" qui permet très pratiquement d'éliminer ses rivaux politiques)...et que die linke a un peu du mal avec un SPD revenu au centre gauche voire au centre avec un nouveau leader schröderien, Frank Walter Steinmeier, aile droite du parti! Ce qui ne m'empêchera pas de faire sa campagne dans quelques mois...Les Jusos allemands font la part des choses (et avaler quelques couleuvres, on a bien fait campagne pour Royal)!

     

  • la politique en Allemagne: honnêteté et pragmatisme!

    1419243339.jpgVu qu'en France la politique semble se résumer pour les médias aux injures présidentielles alors que la droite démantèle allègrement la constitution de la république (rétention de sécurité, renforcement des pouvoirs présidentiels, remise en cause des décisions du conseil constitutionnel) je prefere regarder la politique en Allemagne. Elle est d'abord pragmatique: sur l'échiquier politique, le jeu du pouvoir est lié à des alliances politiques de circonstance entre les 5 plus grands partis, négociés durant des jours pour le projet et les postes clés. Ces alliances sont à géométrie variable, suivant les résultats, l'actualité, le lieu...Les forces en présence à vue de nez: Die linke (6%), SPD (36%), CDU (42%), Grünen (Verts: 8%), FDP (8%)
    • à l'échelle fédérale (nationale), le SPD (parti social démocrate) gouverne avec la CDU (chrétiens démocrates) au sein d'une grosse Koalition qui laisse les petits partis à la marge mais permet seulement de gérer les affaires courantes et de se partager les postes clés.

    • On a parfois des configurations de type gauche plurielle comme pour l'état de Berlin: communistes de die linke, SPD (rot-rot) parfois accompagnés des Verts (Rot-rot-grün). Comme vous le remarquez on désigne les coalitions par les couleurs symbolisant le parti. L'aile gauche du SPD, autour de Andrea Nahles, espere la formation d'une gauche plurielle en Hesse, alors que CDU et SPD sont à égalité depuis une semaine.

    • La dernière élection qui s'est déroulé à Hambourg dimanche pourrait créer un précédent avec la formation d'une alliance noire/verte (CDU/verts) ce qui mettrait les verts au centre de l'échiquier politique (ils ont fait 10% dans cette ville qui est la plus riche d'Allemagne).

    • En 2005, avec l'égalité Schröder/Merkel, on a cru voir émerger une coalition jamaiquaine (avec le parti libéral, jaune, la CDU noire et les Verts). Dans beaucoup de Länder, on a une Ampelkoalition (coalition des feux tricolores) avec le SPD (rouge), les verts et les jaunes (libéraux du FDP, équivalent français de la branche libérale de l'UDF, un peu comme démocratie libérale), une sorte de troisième force centriste!

    Dans les partis allemands, on vote pour des personnes par pour des courants, pourtant on sent des sensibilités: die linke est partagé entre les décus du SPD (oskar Lafontaine) et les anciens du parti unique de l'allemagne de l'est (gregor Gysi), le SED. Au SPD, une aile gauche (die linke in der spd, la gauche au SPD) veut l'alliance de la gauche (andrea nahles et parfois klaus Wowereit, maire de Berlin, soutenue par les jusos, jeunes socialistes allemands) alors que les socio-libéraux autour de Steinbrück et Steinmeier, actuellement au gouvernement, veulent continuer les réformes dites « d'ajustement structurel » en fait blairistes de Schröder. Chez les verts, des écolos et des gauchos. Au FDP, des centristes et des libéraux. À la CDU, des démocrates chrétiens (Merkel) et des néoconservateurs (Koch, qui vient de perdre en Hesse). Sans parler de l'extreme droite, divisée entre trois partis: les Republikaner au sud, la DVU à l'est, et le NPD au nord qui entrent parfois dans les parlements régionaux mais pas plus.

    La politique allemande n'aime pas les extremes. La campagne se fait sur des projets de société, on discute de mesures précises quand on milite: en 2005, dans les rues de Heilbronn, je défendais la Bürgerversicherung du SPD (assurance santé en fonction des moyens) contre la Kopfpauschal (forfait personnel indifférencié) pour la CDU. On fait des stands, des débats publics dans les rues, on colle les affiches des candidats sur les arbres. Les présidents de régions (ministerpräsident) ont un poids important dans le parti, comme les maires des grandes villes en France. Les élections municipales sont presque dépolitisées, les candidats doivent avoir un diplôme d'administration publique. Le débat politique est loyal, peu de coups bas, de vie privée, de démagogie.

    Ne simplifiez pas le débat politique allemand. Oui il faut se réjouir de l'essor de die linke qui oblige le SPD à se repositionner à gauche. Mais il ne faut pas suivre die linke quand ils veulent s'aborder le SPD qui reste la force centrale de la gauche allemande, permettant seule l'accès au pouvoir par son nombre de militants (700 000) et son implantation locale. Il faut soutenir la généralisation des alliances locales et nationales de gauche plurielle (communistes, socialistes, verts). Cela peut changer beaucoup de choses en Europe. Il faut regarder avec intérêt une politique plus sobre qui crédibilise l'action publique...même si elle ne la rend pas forcément plus accessible!