Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

moyen age

  • Enseignement professionnel, guerre de cent ans et autres turpitudes

    guerre-cent-ans.jpgJe viens de lâcher ma classe préférée, la sixième adorable. Elle bouillait, les frites  de la cantine sont toujours aussi lourdes à digérer, et elle a salué la sonnerie d'un cri (?!) de soulagement. ca ne me vexe pas, cette dernière heure est toujours terrible pour ces élèves très (trop?) gentils par ailleurs. les inégalités de développement pour la 7ème heure de cours c'est trop dur. Même si pour la première fois depuis mes débuts de carrière j'ai réussi à faire saisir la notion de développement humain. victoire.

    Ce matin, j'étais au syndicat, à Paris, metro chateau d'eau, comme tous les deux jours. Le froid était gris en sortant du métro. Qu'est ce que j'y fais? Au delà des classiques du syndicalisme enseignant (questions des collègues sur la carrière, réactions à l'actualité éducative), j'ai choisi de me concentrer sur un dossier: l'enseignement professionnel. Et oui chère soeur, le responsable du secteur enseignement professionnel c'est moi, argh tu peux le dire. Au delà du suivi des professeurs de cette branche (mutations, promotions), je m'occupe des dossiers politiques qui les concernent:

    - la rénovation de la voie professionnelle: le gouvernement veut réduire les bacs pro à 3 ans pour lutter contre l'absentéisme et l'abandon d'études. Le problème; c'est d'offrir un débouché à tous les élèves qui ne sont pas capables de passer le bac en 3 ans, et donc de laisser des bacs pro en 4 et des diplomes de niveau V (CAP, etc.) . Le statut des professeurs des lycées pro: on ne mettre en place le contrôle continu (CCF pour les intimes) sans le prendre en compte dans le travail des enseignants. Idem pour les insinuations du gouvernement sur les temps de stages innoccupés: les enseignants ne s'embetent pas, ils visitent les stagiaires! Les SEGPA: quel enseignement donner dans ces sections d'enseignement adapté pour les élèves qui ne peuvent suivre les cours classiques? Quel accès à des diplômes leur permettant de s'insèrer dans la vie active et quelle formation pour les enseignants qui travaillent dans ces classes? C'est sur toutes ces questions, mais aussi sur la carte de la formation professionnelle et sur le lycée des métiers, que je travaille. Et ce sera certainement très intéressant de bosser sur l'emploi, la formation, l'insertion pro et les entreprises!

    Et après? le matin dans le RER, à midi dans le RER, le soir dans le RER ou même pendant mes pauses, ou même le soir avant de dormir, je lis. Je lis un roman historique qui me passionne depuis fin juillet, sur la guerre de 100 ans "Ogier d'Argouges", de Pierre Naudin, c'est l'histoire en 7 tomes d'un jeune chevalier qui venge son père accusé de trahison à la bataille de l'écluse en 1340. Tournois, sièges, pillages, la guerre de cent ans est vécue au jour le jour. Je n'entends plus le sifflement du RER, seulement le cliquetis des armes et des armures. Un petit effort encore et je sentirais l'odeur du crottin.

    Dans le train qui me ramenait, dimanche, d'Avignon, j'étais plongé dans la bataille de Crecy. En 1346, le roi de France Philippe VI se bat contre le roi d'Angleterre Edouard III à la bataille de Crecy, dans le Nord de la France. Le roi anglais qui a débarqué en Normandie revendique la couronne française comme petit fils de Philippe Le Bel. Philippe VI à 100 000 hommes, des arbalétiers gênois, l'élite de la chevalerie française et des dizaines de milliers de piétons, ces archers et coutiliers envoyés par les "bonnes villes" du royaume. Edouard n'a que 30 000 hommes, dont 10 000 archers gallois, ou pas, entrainés depuis leur naissance presque au tir à l'arc. à 300 mètres, ils transpercent une cuirasse et peuvent tirer 12 flèches à la minute.

    Cette bataille mériterait d'appartenir à une célèbre collection. Elle est symbolique. C'est un désastre pour le roi de France. La chevalerie est massacrée, égorgée, les piétons écrasés, le roi manque d'être fait prisonnier. Alors que les Francais étaient trois fois plus nombreux que les anglais. Cette bataille a d'immenses conséquences géopolitiques, politiques et militaires. Militaires d'abord: ces archers anglais qui arrêtent les chevaliers lourdement armés, c'est une victoire défensive, et surtout la première victoire de...l'artillerie! Les canons de Napoléon ne feront pas plus de dégats! Politiques ensuite: la chevalerie française, ces grands barons friands de guerres privées...et de révoltes disparait. Restent la petite noblesse...et l'état. Plus rien n'arrêtera l'essor de la monarchie française. Géopolitiques enfin. Le royaume d'Angleterre reprend sa première place en Europe, perdue depuis Philippe Auguste. En tenant le commerce flamand, les ports de Guyenne, la mer du nord et la Manche, il maitrise toute l'Europe de l'ouest.

     Comment celà a t'il pu arriver? Philippe de Valois est un très mauvais stratège. Et de plus un grand naïf. Il propose un duel au roi d'angleterre pour régler le conflit dynastique "entre hommes". La cour d'Angleterre mettra une semaine à se remettre...de son fou rire! Philippe a trop lu de romans de chevalerie. Il rêve tournois, lances, galops, croit en la suprématie de la chevallerie, et méprise les "piétons", le peuple qui se bat avec son arc ou son couteau. Il commet de nombreuses erreurs, laisse Edouard débarquer tranquillement, passer la Seine à gué, et décide de l'attaquer à Crecy dans de très mauvaises conditions: Edouard est sur une colline. Philippe a le soleil dans les yeux. l'armée française est exténuée. Face à face deux armées: l'armée anglaise est disciplinée, divisée en 3 batailles (corps). L'armée française est mal commandée, mal organisée, les chevaliers partent à l'assaut sans attendre d'ordre du roi qui est dépassé.

    Ce qui arrive? les piétons français partent à l'assaut de la colline. Les archers les assomment d'une pluie de flèches. Les piétons refluent vers l'armée française. Les chevaliers français pressés de charger, massacrent les piétons pour passer. Leurs propres arbaletiers! Les chevaliers, décimés par la pluie de flèches galloise, arrivent sur la colline anglaise...et les premiers rangs sont embrochés par les épieux cachés par les anglais. les chevaux tombent, les chevaliers prisonniers de leurs lourdes armures sont égorgés par les coutiliers qu'ils méprisent tant. Les vagues d'assaut s'écrasent sur les défenses anglaises. Au soir de la bataille, le roi Philippe, aidé de quelques survivants, s'échappe. La France va subir 100 ans de guerre, perdre la moitié de sa population, son rôle international, sa prospérité économique.