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  • Géopolitique d'une salle de cours

    prof-et-flic-a-la-fois.jpgJ'avais déjà évoqué à plusieurs reprises tout ce qui peut se passer dans une salle de classe, quand la porte est fermée, quand les murs sont épais, quand personne ne va rentrer pendant 55mn et que, dos au mur, vous êtes seuls face à 25 à 30 personnes.

    Il n'y a pas que ca. Mardi, c'est ma journée prof principal. Longue aujourd'hui: 30mn avec l'assistante sociale, 30mn avec la conseillère d'orientation, 20mn avec mes collègues, 10mn en rdv avec des élèves. Tout celà entre les cours, ou sur le temps du repas. Parler pour s'informer, voire pour râler, vu que je n'ai aucune solution à proposer aux décrocheurs, à ceux qui souffrent, à ceux qui hurlent, à ceux qui, après tout, ne font qu'extérioriser leurs doutes d'adolescents.

    Quand tout va mal, quand le cours n'avance pas, quand tout devient brouillon et quand on s'emmêle, quand le brouhaha monte, la tentation d'être méprisant, de balayer avec de la morgue toutes les difficultés a pu m'effleurer. Mais ce serait si facile de tout attribuer à la baisse du niveau, aux parents démissionnaires, aux élèves imbéciles qui ne comprennent pas mes consignes...C'est évidemment la faute au système, notamment à des rythmes scolaires qui rendent les élèves fous en fin de journée, mais c'est aussi mon problème. J'ai, il faut le dire, quelques leviers. Le jeu, la surprise, la préparation, l'expérimentation.

    Menacer, déjà fait, punir, déjà fait...s'appuyer sur quelqu'un d'exterieur, pas possible, pour un nouveau prof, autant démissionner. Alors innovons. Au delà des bavardages, de l'insolence, de la faineantise, il y a de l'ennui. Et c'est déprimant. Alors, travail d'équipe, à l'oral,  mélange des élèves bons et moins bons, mise en situation,  théatralisation, cours à l'extérieur, jeux de rôles, tout devient possible, pour surprendre et changer de couleur le cours. C'est bien beau tout ca, mais pour mes prochaines lecons sur les états-unis, l'industrialisation et la sécurité, c'est un beau défi, surtout en pleines mutations intra et en pleine campagne des présidentielles.

    Mais il vaut la peine d'être relevé!

  • Une seule mesure pour changer l'école?

     rubon20.gifJ'ai écrit cet article avant d'aller en cours. Tant mieux, j'avais pris un peu de hauteur, car ca ne s'est pas bien passé. Passer plusieurs heures à préparer une mise en situation de procès (la justice, au programme de 4è), d'autres heures encore à préparer chaque élève à son rôle, y mettre beaucoup de coeur, c'est à double tranchant. Ca marche avec une classe et je suis le plus heureux. Objectifs atteints, rires et boutades en prime. Ca ne marche pas avec l'autre car ils sont moins matures, trop absentéistes, trop déconnectés...et c'est l'horreur. Le sentiment que mes rêves, ma conception de mon métier est tellement éloignée de mon quotidien. Mais je garde espoir que je verrai un autre système éducatif avant la fin de ma carrière, voire même bien avant, qui fasse de l'école un lieu d'ébullition, de partage et de joie.

    Le debat éducatif des présidentielles 2012 ne met toujours pas l'education au centre des discussions et c'est dommage. Car la France est en retard, car notre systeme educatif est inegalitaire et conservateur. Pas en retard pour liberaliser, vu l'essor des écoles et officines privées et des suppressions de postes, mais bien pour changer la manière d'enseigner, d'evaluer, d'orienter.

    Pour moi, une mesure permettrait d'entamer cette revolution educative. Au delà de la necessaire reforme de la formation des enseignants, de l'architecture des etablissements, et meme des rythmes scolaires, la priorité selon moi est d'introduire une heure de travail d'equipe hebdomadaire dans le service des enseignants.

    J'imagine si je voyais mes collegues une demi-journée par mois tout ce que nous pourrions faire. D'abord discuter de nos élèves et débattre plus regulierement, plus efficacement qu'entre deux portes, des difficultés, des troubles à détecter, des comportements inquiétants. Les élèves sentiraient une certaine continuité et on ne découvrirait pas qu'untel souffre de dyspraxie à la fin de l'année.

    Surtout pour moi, ce temps permettrait de donner du sens au savoir. Au delà de la logique verticale des programmes, ces réunions mensuelles permettraient de mettre en oeuvre l'acquisition du socle de connaissances et compétences évoqué en 2005 mais qui n'est pas réellement mis en place. Je m'imagine, comme professeur principal, organisant le mois de l'eau (évidemment fondamentale en chimie, geographie,svt, etc.), le mois de la guerre (si facilement exploitable en arts plastiques, musique, histoire, maths, physique), etc. J'imagine les réunions où nous pourrions déclarer priorité du mois le croquis, la lecture critique, la lecture d'un graphique...Je n'ai rien inventé, c'est ce qui se fait dans les semaines interdisciplinaires du collège clisthene, à bordeaux.

    Au lieu de tout ca, revassant entre Sete et Agde, je sais que je me retrouverais dans une semaine, en conseil de classe, reglant en deux phrases le destin d'un eleve. Ils meritent mieux que ca, tout comme le débat des présidentielles. Comme militant et comme enseignant, j'attends beaucoup de ces échéances.

  • Des tables, des chaises, du bruit

    education,prof,pedagogieQuand je sors de cours, j'ai les oreilles qui bourdonnent. Je rentre dans la voiture, je mets la radio à fond et je revis méticuleusement toutes les erreurs que j'ai fait. Les bons moments aussi, quand il y en a. Dure, cette rentrée. Dur le retour sur l'estrade. Pour un cours qui se passe bien, trois où je rame. Ne pas s'affoler. 5 doigts levés, 10mn qui restent pour 3 exercices, mais tout va bien. Je n'ai pas fini l'appel, j'ai trois polycopiés à distribuer, mais tout va bien. J'ai 3 carnets sur ma table, deux bavards qui me narguent, 30 degrés au thermometre dans une salle plein sud mais tout va bien.

    Quand je sors de cours, mon corps, mon pas sont encore raidis. Sur l'estrade, chaque geste est lent, posé, je n'ai pas le droit à l'erreur. Je vais me répéter, mais j'ai toujours les mêmes regrets: pas assez de sens, pas assez de hauteur, pas assez de clarté dans les consignes, de logique dans les enchainements. Des erreurs de débutant. Mais comment s'imaginer qu'on puisse être un mauvais prof. Voire pire, passable, moyen. Dans ma classe de PP, ca se passe pas forcément bien. Je m'appuie sur le dernier carré des bons élèves, les trois qui acceptent encore de lever le doigt. Il y a deux ans, à Massy, ils levaient tous la main. Celà m'attriste. Je vais devoir les récupérer un par un. Pour celà, surprise pédagogique, préparation millimétrée, terreur ciblée doivent être employés à bon escient.

    Mais je suis si fatigué. Decu aussi qu'ils ne me laissent pas faire mon travail. M'éclater comme les précédentes années. A chaque activité, je dois mettre chaque élève un par un au travail: "ton livre à la bonne page!" "tourne la page de ton cahier" "prends ton stylo"...Ils n'ont pas envie, et ca me déprime. Le silence, je l'ai, au bout de 5mn, mais que de temps perdu.

    Mais, je vous rassure, je ne baisserai pas les bras. Trois heures demain pour créer la surprise, reprendre la main, mener le jeu et, pourquoi pas, espérer que pour eux aussi, ce sera la meilleure heure de la journée.

  • Retour sur scène

     education,prof,pedagogieJ'appréhendais beaucoup mon retour sur l'estrade. Deux ans à travailler au bureau, au téléphone, à visiter des collèges et des lycées quand les élèves n'y sont pas, j'avais peur d'avoir tout oublier, d'être maladroit en cours, désorienté, dépassé. Mes premiers cours m'ont rassuré, je retrouvais mes vieux réflexes: m'asseoir sur une table, gérer la salle par le regard, mettre au travail, un par un, les élèves, pour les activités...Pourtant, au bout d'une semaine, je dois me rendre à l'évidence, je ne suis pas un prof modèle. J'ai oublié de faire décorer la première page du cahier, d'indiquer que la page de gauche était réservée aux activités et que les titres devaient être écrits en rouge. Lourde erreur, désorientante au possible pour mes gentils élèves.

    Je m'étais promis d'en finir avec mes erreurs de débutant, de donner du sens au cours, de la hauteur à mes exposés, de la rigueur à mes déroulés. D'enseigner, d'évaluer autrement. J'en suis encore loin. Je veux faire mieux. Le programme de Quatrieme se prête à merveille pour ces objectifs: les chapitres d'histoire et de geographie ont pour fil rouge la mondialisation, mais je ne m'y réfère pas assez. L'entrée par étude de cas permettrait de faire des cours plus concrets et je commence toujours pas des généralités.

    Je ne suis pas satisfait. Ma prochaine rentrée, je devrais prévoir minitieusement, minute par minute le déroulé de mes premiers cours, gérer le cahier notamment. Prévoir des entrées en matière passionnantes. Prendre le temps pour impliquer les élèves dans un temps, un espace. Quand ca marche, c'est tellement exaltant. Quand M. et L. cherchent la tournure parfaite pour répondre à ma question, quand les mains se lèvent pour participer à un brainstorming sur l'esclavage, tous les brouhahas, tous les moments de flottement et de doute s'effacent. Alors, comment faire que ces moments où ca « prend » soient plus fréquents? 4Ème année de cours, et pourtant, les même questions se posent!