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se-unsa

  • Profession: militant!

    535043540_05d1a79cf8.jpg24 heures d'une vie militante, il me semble, méritent d'être racontées voire contées, surtout celle-ci.
    9h, vendredi matin: je soulève la poignée du métro 4, et, longeant la voie en sens inverse, je me dirige vers la sortie de la station château d'eau. Le ciel qui se rapproche est semblable à tous les matins, gris, couvrant des sons feutrés: Paris se lève, ce n'est pas encore la cohue, les vendeurs de faux ongles et de fausses mèches font la grasse matinée...Au syndicat des enseignants, Faubourg Saint Martin, journée classique: réponses aux collègues, rappel des adhérents pour un stage de rentrée, lecture de l'actualité éducative...pas passionnante: les vraies annonces attendront bien fin septembre! D'ici là, une journée d'action est prévue pour le 7 octobre, mais le mouvement éducatif peine à se mettre en dynamique...

    17h: quelques sushis avalés et quelques mails envoyés plus tard, me voici à la gare d'Austerlitz, le train pour Limoges s'éclipse, après de rapides adieux...Je perds mon portable sous un siège et tout le wagon se lance dans une recherche éperdue, je suis gêné...Je voulais préparer tranquillement ma présentation de la contribution mais un petit appel bouleverse mes projets: les propos racistes de Brice Hortefeux sont au coeur de l'actualité, le MJS veut réagir de manière forte et cohérente. Et c'est ma responsabilité: je contacte tous les responsables départementaux pour organiser des rassemblements en Ile de France...enfin j'essaie: entre Vierzon et Chateauroux, ca ne capte pas du tout!!

    20h: je suis bien arrivé! Accueillie par l'animatrice fédérale dans le hall de la gare, je fais connaissance avec les sympathiques jeunes socialistes de la Haute Vienne. Je ne suis pas le seul à venir de loin: 4 personnes sont là pour présenter en assemblée générale les contributions des différents groupes politiques qui font vivre le MJS. En effet, le Mouvement des Jeunes Socialistes démarre son congrès bi-annuel par cette traditionnelle présentation qui permet de dégager des axes de réflexion et de travail différents pour l'organisation. Je présente la contribution « en actes » de « transformer à gauche »: une analyse d'une crise écologique, économique, sociale, la proposition du réarmement de la puissance publique (nouveaux services publics, nouveaux mécanismes de solidarité) pour répondre à la dissociation sociale...et enfin des propositions pour ouvrir le MJS à l'ensemble des jeunes de gauche...

    1h du matin: Je suis encore à Limoges! Un coup d'oeil sur ma montre, alors qu'un bar un peu socialiste nous accueille depuis une heure, m'indique que je vais rester dans la capitale du Limousin si je ne trouve pas rapidement le chemin de la gare. Mon demi englouti, je roule ma bosse et ma valise vers le train de nuit qui doit m'amener à Narbonne...

    - 7 heures du matin: 2 heures déjà que je suis réveillé, bercé par le TER qui me mène à Béziers et mon baladeur MP3 (« partenaire particulier... »)...Une réunion m'attend encore: Secrétariat de ma section, Béziers 2, pour discuter de l'actualité locale, des régionales et de l'activité de ma section. Alors que je tourne la tête, la cathédrale se découpe sur l'horizon...Je suis fatigué.

  • Pourquoi, cette année, j'arrête d'enseigner...

    prof.jpgDemain, je ne rejoindrai pas mon établissement de rattachement pour effectuer ma rentrée scolaire de prof remplacant, comme tous les 1er septembre depuis 3 ans... Je ne ferais pas ma rentrée dans un collège de la banlieue de Nîmes. Pourtant, mon envie d'enseigner, ma passion d'enseigner, n'a jamais été aussi forte. Comment expliquer ce paradoxe? Pour cette année, peut-être pour d'autres mais pas pour beaucoup en tout cas, je serais syndicaliste. Je reste à Paris, comme militant du SE-UNSA Versailles (héritier de la puissante FEN). Défendre une autre politique éducative, et développer le syndicalisme enseignant dans la partie Ouest de la région parisienne, voici mes projets pour 2009/2010! Je profite d'une occasion de rester en région parisienne, alors que j'avais obtenu (trop tôt en fait) ma mutation pour le sud...Pourquoi? Parce que je n'ai pas le temps d'être à la fois un bon prof et un bon militant, et parce que je souhaite rester à Paris, parce que tout se passe la-bas, parce que c'est là où je milite, au MJS. La vie est faite de plusieurs temps...J'ai été professeur d'histoire géo pendant 3 ans après 5 ans d'études, j'ai été stagiaire à l'IUFM, prof principal en ZEP, prof remplacant à la campagne, prof de section européenne...Il y a plusieurs temps dans la vie. Voici venu le temps de militer. Parce que toute ma vie je militerai, parce que toute ma vie je serai prof ET militant, parce qu'enseigner avec passion ne suffit pas, encore faut-il un système éducatif juste et efficace!

    Il faut bien s'expliquer, pour une fois, plutôt que d'expliquer mille fois à mille personnes ce choix. D'abord, à mes élèves...J'ai vécu une année formidable avec mes élèves massicots, qu'ils soient au collège ou en section européenne, donc non, vous ne m'avez pas mis à bout, je vous rassure? (ou vous décoit?) Par votre gentillesse, votre intérêt, vos réussites, vous avez conforté, voire fait explosé mon envie innassouvie d'être un bon prof! Pour longtemps, voire pour la vie (même si l'envie des concours me démange). Merci encore à vous...A mes collègues? Je n'abandonne pas ce beau métier, j'y reviendrai bientôt. Mais alors, je serais un prof à temps plein. Alors, la reproduction sociale n'a qu'à bien se tenir, toutes les offensives conservatrices et libérales contre le service public d'éducation peuvent fourbir leurs armes, car je serai implacable. Comme écrivait De Gaulle dans ses mémoires de guerre, mon livre de chevet avec Harry Potter, "Si je vis, je me battrai, où il faudra, tant qu'il faudra"... Je serais prof à temps plein, pour monter des échanges, pour organiser du soutien, pour appliquer une pédagogie différenciée, pour m'investir dans la vie de l'établissement. Et ce n'était pas possible aujourd'hui.

    En effet, cette année 2008/2009 a été atroce. 3 heures de transport par jour, toujours courir à Paris pour assumer mes responsabilités, souvent en retard... J'ai baclé mes cours parce que j'organisais des manifs. J'ai baclé mes corrections parce que beaucoup de weekends, j'étais en réunion. J'ai fait des rappels en salle des profs. J'ai été en rogne toute l'année (pardonnez-moi, chers colocs!), et forcément injuste (pardonnez-moi, chers élèves!), parce que je n'avais pas toujours le temps de dormir. Et surtout, j'en avais marre d'être culpabilisé, parce que je n'avais pas le temps de faire ceci ou cela...Pas toujours facile d'être prof et militant!

    logo-Se2007-Sopp-col.gifAlors maintenant, j'ai le temps. Le temps de m'engager. Cette année, je serais militant à temps plein! Permanent d'une organisation syndicale le jour, militant la nuit! Je vais travailler dans un syndicat qui a un projet ambitieux pour l'éducation: un projet éducatif fondé sur de nouvelles méthodes pédagogiques, des enseignements transversaux, un autre rôle de l'enseignant, d'autres rythmes scolaires et une refonte complète du système éducatif français. Je souhaite faire entendre une voix plus positive, plus constructive, dans le débat éducatif.

    Alors oui, cette année, ce blog ne sera pas celui d'un prof militant mais bien d'un militant syndicaliste et politique. Le ton ne changera pas beaucoup. Pour moi, engagements divers, activité professionnelle, et autres récits de la vie quotidienne, tout se confond pour me permettre, à ma modeste échelle, de changer le monde.

  • Le SE-UNSA s'affirme comme la seconde force de l'enseignement

    logoseovale15.jpgLes élections professionnelles des enseignants se sont déroulées dans le climat très particulier créé par la politique gouvernementale. La concentration des attaques contre l'Ecole et ses enseignants aura incontestablement marqué ce scrutin. La première conséquence en est l'accroissement notable de la participation. Les enseignants ont ainsi opposé un démenti cinglant aux allégations de M. Darcos mettant en doute le caractère représentatif des organisations syndicales.

     

    Dans le premier degré, l'acharnement du ministère a creusé un fossé profond entre lui et les enseignants des écoles. Ce contexte d'exacerbation voulu sciemment par le ministre a été entretenu par la part très réduite laissée au dialogue social. Cette situation ne pouvait que créer un terrain électoral difficile pour le syndicalisme réformiste incarné par le SE-UNSA qui avait refusé de dissocier opposition et proposition. Elle favorisait a contrario et le vote radical, et le vote « légitimiste » pour le syndicat déjà le plus représentatif. C'est ce qu'ont traduit les résultats de l'élection à la CAPN des enseignants des écoles où le SE-UNSA, s'il maintient ses 3 sièges, enregistre une érosion de 1,6 point, le SGEN-CFDT disparait de la commission nationale, tandis que SUD et le SNUIPP progressent logiquement.

     

    Dans le second degré, si le contexte général de la politique gouvernementale est évidemment identique, ses réfractions ne sont pas de même nature. Le ressentiment des enseignants des collèges et lycées, pour réel qu'il soit, n'a pas atteint le même  degré de cristallisation. Les résultats du SE-UNSA dans les différents corps du secondaire confirment son travail patient d'implantation, notamment parmi les certifiés où il gagne un siège en CAPN. Il est le syndicat qui, avec un gain de 1,32  point, progresse le plus.

     

    Au total, avec une légère progression de 0,15 point sur la totalité des commissions nationales tous niveaux confondus, le SE-UNSA s'affirme bien comme la seconde force de l'enseignement.

     

    Le syndicat remercie les plus de 70 000 électeurs qui lui ont manifesté leur confiance. Fort de ce résultat, il consacrera toutes ses forces pour faire vivre et progresser son combat.


                                                                                                                        Luc BERILLE, Paris le 6 décembre 2008

    PS: Comme je le disais sur mon profil, le 8 décembre, je faisais (officiellement) 25 ans. J'ai du mal à assumer. Au delà du chiffre, au même âge, De Gaulle était capitaine, Napoléon général, Mendes France député et Louis XIV roi de France...

  • Enseignement professionnel, guerre de cent ans et autres turpitudes

    guerre-cent-ans.jpgJe viens de lâcher ma classe préférée, la sixième adorable. Elle bouillait, les frites  de la cantine sont toujours aussi lourdes à digérer, et elle a salué la sonnerie d'un cri (?!) de soulagement. ca ne me vexe pas, cette dernière heure est toujours terrible pour ces élèves très (trop?) gentils par ailleurs. les inégalités de développement pour la 7ème heure de cours c'est trop dur. Même si pour la première fois depuis mes débuts de carrière j'ai réussi à faire saisir la notion de développement humain. victoire.

    Ce matin, j'étais au syndicat, à Paris, metro chateau d'eau, comme tous les deux jours. Le froid était gris en sortant du métro. Qu'est ce que j'y fais? Au delà des classiques du syndicalisme enseignant (questions des collègues sur la carrière, réactions à l'actualité éducative), j'ai choisi de me concentrer sur un dossier: l'enseignement professionnel. Et oui chère soeur, le responsable du secteur enseignement professionnel c'est moi, argh tu peux le dire. Au delà du suivi des professeurs de cette branche (mutations, promotions), je m'occupe des dossiers politiques qui les concernent:

    - la rénovation de la voie professionnelle: le gouvernement veut réduire les bacs pro à 3 ans pour lutter contre l'absentéisme et l'abandon d'études. Le problème; c'est d'offrir un débouché à tous les élèves qui ne sont pas capables de passer le bac en 3 ans, et donc de laisser des bacs pro en 4 et des diplomes de niveau V (CAP, etc.) . Le statut des professeurs des lycées pro: on ne mettre en place le contrôle continu (CCF pour les intimes) sans le prendre en compte dans le travail des enseignants. Idem pour les insinuations du gouvernement sur les temps de stages innoccupés: les enseignants ne s'embetent pas, ils visitent les stagiaires! Les SEGPA: quel enseignement donner dans ces sections d'enseignement adapté pour les élèves qui ne peuvent suivre les cours classiques? Quel accès à des diplômes leur permettant de s'insèrer dans la vie active et quelle formation pour les enseignants qui travaillent dans ces classes? C'est sur toutes ces questions, mais aussi sur la carte de la formation professionnelle et sur le lycée des métiers, que je travaille. Et ce sera certainement très intéressant de bosser sur l'emploi, la formation, l'insertion pro et les entreprises!

    Et après? le matin dans le RER, à midi dans le RER, le soir dans le RER ou même pendant mes pauses, ou même le soir avant de dormir, je lis. Je lis un roman historique qui me passionne depuis fin juillet, sur la guerre de 100 ans "Ogier d'Argouges", de Pierre Naudin, c'est l'histoire en 7 tomes d'un jeune chevalier qui venge son père accusé de trahison à la bataille de l'écluse en 1340. Tournois, sièges, pillages, la guerre de cent ans est vécue au jour le jour. Je n'entends plus le sifflement du RER, seulement le cliquetis des armes et des armures. Un petit effort encore et je sentirais l'odeur du crottin.

    Dans le train qui me ramenait, dimanche, d'Avignon, j'étais plongé dans la bataille de Crecy. En 1346, le roi de France Philippe VI se bat contre le roi d'Angleterre Edouard III à la bataille de Crecy, dans le Nord de la France. Le roi anglais qui a débarqué en Normandie revendique la couronne française comme petit fils de Philippe Le Bel. Philippe VI à 100 000 hommes, des arbalétiers gênois, l'élite de la chevalerie française et des dizaines de milliers de piétons, ces archers et coutiliers envoyés par les "bonnes villes" du royaume. Edouard n'a que 30 000 hommes, dont 10 000 archers gallois, ou pas, entrainés depuis leur naissance presque au tir à l'arc. à 300 mètres, ils transpercent une cuirasse et peuvent tirer 12 flèches à la minute.

    Cette bataille mériterait d'appartenir à une célèbre collection. Elle est symbolique. C'est un désastre pour le roi de France. La chevalerie est massacrée, égorgée, les piétons écrasés, le roi manque d'être fait prisonnier. Alors que les Francais étaient trois fois plus nombreux que les anglais. Cette bataille a d'immenses conséquences géopolitiques, politiques et militaires. Militaires d'abord: ces archers anglais qui arrêtent les chevaliers lourdement armés, c'est une victoire défensive, et surtout la première victoire de...l'artillerie! Les canons de Napoléon ne feront pas plus de dégats! Politiques ensuite: la chevalerie française, ces grands barons friands de guerres privées...et de révoltes disparait. Restent la petite noblesse...et l'état. Plus rien n'arrêtera l'essor de la monarchie française. Géopolitiques enfin. Le royaume d'Angleterre reprend sa première place en Europe, perdue depuis Philippe Auguste. En tenant le commerce flamand, les ports de Guyenne, la mer du nord et la Manche, il maitrise toute l'Europe de l'ouest.

     Comment celà a t'il pu arriver? Philippe de Valois est un très mauvais stratège. Et de plus un grand naïf. Il propose un duel au roi d'angleterre pour régler le conflit dynastique "entre hommes". La cour d'Angleterre mettra une semaine à se remettre...de son fou rire! Philippe a trop lu de romans de chevalerie. Il rêve tournois, lances, galops, croit en la suprématie de la chevallerie, et méprise les "piétons", le peuple qui se bat avec son arc ou son couteau. Il commet de nombreuses erreurs, laisse Edouard débarquer tranquillement, passer la Seine à gué, et décide de l'attaquer à Crecy dans de très mauvaises conditions: Edouard est sur une colline. Philippe a le soleil dans les yeux. l'armée française est exténuée. Face à face deux armées: l'armée anglaise est disciplinée, divisée en 3 batailles (corps). L'armée française est mal commandée, mal organisée, les chevaliers partent à l'assaut sans attendre d'ordre du roi qui est dépassé.

    Ce qui arrive? les piétons français partent à l'assaut de la colline. Les archers les assomment d'une pluie de flèches. Les piétons refluent vers l'armée française. Les chevaliers français pressés de charger, massacrent les piétons pour passer. Leurs propres arbaletiers! Les chevaliers, décimés par la pluie de flèches galloise, arrivent sur la colline anglaise...et les premiers rangs sont embrochés par les épieux cachés par les anglais. les chevaux tombent, les chevaliers prisonniers de leurs lourdes armures sont égorgés par les coutiliers qu'ils méprisent tant. Les vagues d'assaut s'écrasent sur les défenses anglaises. Au soir de la bataille, le roi Philippe, aidé de quelques survivants, s'échappe. La France va subir 100 ans de guerre, perdre la moitié de sa population, son rôle international, sa prospérité économique.