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seconde guerre mondiale

  • Peut-on être de gauche et aimer De Gaulle?

    de_gaulle-owi.jpgLa réponse est oui. Ce n’est pas entièrement contradictoire. Un peu tout de même, puisque je me bats contre la loi Debré, qui organise le financement de l’école privée par l’état, instaurée en 1959, et que je veux remplacer la Vème république inventée par le Général en 1958, dévoyée à travers un référendum, en 1962, qui était presque un coup d’état… par une sixième république plus démocratique.  Un peu contradictoire quand même, puisque je suis socialiste, observant donc la société à travers un prisme idéologique que le général remettait en cause, et car j’inscris mon action politique au sein d’un parti, structure abhorrée par le général.

    Et pourtant, rien ne me fait plus vibrer que les « mémoires de guerre », mon livre de chevet, qu’une polémique ridicule voulait exclure des programmes de littérature au lycée. Rien ne m’émeut plus que de me mettre à la place du général de Gaulle quand il prend le micro de la BBC, pour incarner, le temps de quelques secondes, puis de quelques années, la France, à lui tout seul. Que cela devait être pesant, de supporter le poids de plusieurs siècles, le poids de la défaite de la première armée du monde, le poids de l’exil, de la défaite, d’une condamnation à mort…Que cela devait être pesant, à 50 ans, de traverser des océans, des déserts, de se heurter au mépris des puissances en guerre, et de mettre toutes ses forces dans un objectif : asseoir la France à la table des vainqueurs…et de le réaliser !

    J’admire profondément le général de Gaulle. Comme stratège militaire, auteur de « la discorde chez l’ennemi », notamment, comme tacticien de talent, vainqueur d’une des seules victoires françaises en 1940 à Montcornet. Tout ceci en tant qu’ancien étudiant en histoire militaire. Comme militant politique, j’admire le sens de l’Etat inhérent au général. Mais je suis mitigé. Le général aimait plus la France que la république française (son père était monarchiste), il se battait plus contre les Allemands que contre les nazis. Je n’admire pas le rusé politicien qui profite de la crise d’Algérie pour reprendre le pouvoir, ni l’homme dépassé par mai 68. Dur de reprocher de n’avoir pas compris mai 68 à un homme de 78 ans à l’époque.

    Je retiens du général plusieurs moments. Son abnégation d’avant-guerre quand, en lien avec Leon Blum  et Paul Reynaud, il voulait réformer la stratégie française, en renoncant ainsi à son avancement. Sa tenacité en juin 1940 quand, voulant continuer le combat, envers et contre tous, il se lance seul, absolument seul, dans la résistance, au côté des Anglais, ultime et frêle rempart à l’avancée fulgurante de l’Axe. Sa force de caractère, quand, comme il le raconte dans le troisième tome des mémoires de guerre, il doit faire face aux pressions des alliés qui veulent maintenir la France en position de faiblesse. « De Gaulle n’était pas indispensable ! » me diront certains…et pourtant. Les parlementaires résistants arrêtés sur le « massilia » alors qu’ils voguaient vers l’Afrique, les communautés françaises de Londres et de New York réticentes à faire confiance à un militaire de second rang (colonel, général de brigade à titre temporaire), confiantes envers le maréchal…il ne restait que De Gaulle, et des colonies dont la France aurait du être fière par la suite. Le film Indigènes est sorti très, très tard. Cet oubli est une honte pour la France.

    Et après ? Je n’admire pas, mais je comprends, d’après son métier, son histoire, sa famille, la volonté du général de se passer des partis et d’instaurer un lien personnel entre la république et son président. C’était sa vision du monde. Né en 1890, l’empire colonial est pour lui une réalité indépassable. Il aurait pu instaurer un commonwealth à la Francaise en 1944. les colonies ont été les premières à le soutenir en 1940. Malgré le discours de Brazzaville, il n’est pas allé assez loin.

    Le général de Gaulle était-il de droite ? Essentiellement, oui. Rejeton de la petite noblesse, mère pieuse, père royaliste, esprit de corps, dans l’armée, favorisant le respect de l’ordre et le conservatisme…comment lui reprocher alors d’être plutôt de droite, plutôt démocrate-chrétien ? Pour autant, Charles de Gaulle veut un état puissant, interventionniste, efficace. En cela, opposé au libéralisme, il se rapproche, comme dirait René Rémond, du bonapartisme, comme famille de la droite française. Mais il était républicain, partisan des libertés fondamentales, démocrate, et vu son milieu, c’était déjà beaucoup. Pourtant, ces idées, ce background n’ont pas empêché De Gaulle, dans une perspective d’union nationale, de s’entourer de socialistes et de communistes, de faire confiance à Mendes France et de l’estimer ; de mettre en œuvre une économie mixte, de nouveaux services publics, un secteur nationalisé important qui ont longtemps constitué une exception française…Qu'en est-il du gaullisme? c'est une autre histoire..qui vaut bien un autre article!

  • lectures, visions et looses des nords et des suds...

    bloch_etrange_defaite_L25.gifJ'ai le teint blafard, les pupilles retrécies, j'ai dormi deux heures et conduit toute la nuit de Paris à Carpentras dans le Vaucluse. Chaleureusement accueilli par Benoit et ses pates vertes, qui nous a permis (volontairement...ou pas) de bénéficier d'une chaude et orageuse matinée provencale...Comment occuper son temps? des livres et des DVD évidemment, quand on ne dort ni ne sort!

    livres? finie la période Zola, finie le premier tome des mémoires de De Gaulle, j'ai enfin pu lire l'étrange défaite de Marc Bloch, un éclairage original d'une de mes périodes préférèes en histoire, que j'enseigne avec passion, à savoir la défaite de 1940...La première armée du monde défaite en six semaines ce n'est pas banal, surtout quand l'Allemagne rompt les lourdes défenses françaises grâce à une tactique inventée par...le général de Gaulle! Marc Bloch, capitaine de l'armée de réserve, raconte ce qu'il a vu. La désorganisation des états-majors, les retraites qui tournent à la débacle, les chefs dépassés qui ne veulent pas se détacher des stratégies de la première guerre mondiale....les gouvernements qui s'écroulent, ce régime incapable, et les Français, les patriotes, les soldats désemparés et prêts à s'en remettre à un maréchal sénile et défait...

    DVD? on evitera de parler d'american pie 2, en revanche j'ai pu regarder être et avoir, un documentaire sur une école à classe unique dans le massif central. émotion évidente face à un enseignement d'école maternelle qui n'apporte pas forcément des connaissances livresques, mais qui plutôt éveille et initie aux mille richesses de la vie...merci donc à la personne qui m'a conseillé ce dvd, un jour, dans un bourg des hautes alpes....j'aurais aimé partager ces richesses avec elle.

    Le camp d'été des jeunes socialistes européens (ECOSY) démarre vendredi à Carpentras. Immense responsabilité et honneur pour mon organisation, appellée à recevoir 1500 jeunes socialistes issus de toute l'europe pour des workshops, des parties, des plénières et des tournois. Enorme fatigue en perspective, pour mes pauvres tâches, et qui sait, des surprises?

  • 60 millions de petainistes

    12cd0b4ff338592ef283873817602851.gifJe regarde le super reportage sur l'occupation allemande qui passe sur la 2. c'est tres bien fait et presque effrayant. j'ai peur de mon pays que j'aime tant quand je l'imagine parler de la race juive dans le journal officiel de la république française. je baisse les yeux quand je vois des policiers français participer à la rafle du vel d'hiv. je ne peux accepter, même si c'est un docu fiction, de voir des français croiser des compatriotes portant l'étoile jaune sans sourciller. c'est tellement affreux. que disaient ils à l'époque? "on peut rien y faire"? "tout ca c'est de la politique"? "les allemands c'est tjs mieux que les soviets"?

    et personne n'a bougé. à la libération, dans l'euphorie, il semblait que toute la france avait résisté. il n'en était rien et l'occupation est la plus grande tâche qui ait jamais sali le drapeau français. paxton, amouroux étaient là alors pour nous rappeller qu'il y avait 40 millions de petainistes en france. que la légende du bouclier pétain et de l'épée de gaulle avait du succès.

    à l'aube du XXIème siècle, je m'inquiete d'une certaine passivité générale face à la politique qui décide du destin des hommes et des nations. quelle capacité d'indignation, d'émotion ou de réaction face à des mesures qui pourraient heurter les valeurs de la république, de la démocratie ou de l'humanisme? on ne peut pas tout comparer c'est évident surtout pour un prof d'histoire. mais enfin, quand on peut regarder sans bouger un enfant arrêté à la sortie d'une école au cours d'une rafle, que n'est on pas prêt à faire? quand on vote pour un homme qui pense que la pedophilie est génétique, sait-on vraiment ce qu'on est prêt à accepter? quand on regarde à la télé des policiers défoncer des portes à 4h du matin, ne faudrait il pas se poser des questions?

    la France de 1940 à 1944 est allée tres loin dans la honte. de la LVF à la milice, des collaborateurs aux fonctionnaires de Vichy, les pages les plus sombres de cette si belle histoire de France ont été tournées. merci De Gaulle d'avoir été là pour nous éviter les billets de l'AMGOT et l'occupation américaine, bien méritée!

     cette période il est vrai est particulierement trouble. l'étrange défaite de marc bloch était là pour décrypter les tenants et les aboutissants du désastre auquel fut acculé la première armée du monde en 1940. et si de gaulle avait été écouté quand il expliquait son concept de blitzkrieg? et si la france avait réagit à la remilitarisation de la rhénanie? et si reynaud était arrivé à alger avec les parlementaires français tels que mendes et blum qui voulaient continuer le combat?

    alors la france aurait pu écrire une des plus belles pages de son histoire.