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  • la Finlande, un modèle éducatif pour la France

    finlande_relief.jpg Introduction: pourquoi la Finlande?

    Paul Robert; principal d'un collège du Gard, s'est intéressé au système éducatif de la Finlande car ce pays est devenu le modèle des écoles du monde entier en obtenant les meilleurs résultats de l'enquête PISA; menée par l'OCDE, qui mesurait les aptitudes en sciences et en langues des élèves. Alors que la France se classait parmi les plus mauvais des pays développés, peu d'acteurs éducatifs se sont penchés sur les raisons de ce mauvais classement et ont cherché à étudier les pays qui réussissaient tels que la Corée ou, plus proche de nous, la Finlande.

    Pourtant, la Finlande obtient de meilleurs résultats pour ses élèves avec un système totalement différent (municipalités compétentes, établissements autonomies, pédagogie innovante)...qui coûte moins cher, en part de PIB! Alors que les acteurs du monde de l'éducation réclament plus de moyens pour ce service public, la question se pose d'une autre organisation de notre système éducatif pour le rendre moins coûteux et plus efficace. Au delà des moyens, ce sont les rythmes, le fonctionnement des établissements, les méthodes d'apprentissage qui doivent être totalement et radicalement bouleversées!

    I/ Histoire et organisation du système finlandais

    A/ La réforme des années 60

    Au début des années 60, le système éducatif finlandais est très centralisé, et se distingue par une orientation très précoce et très inégalitaire (reproduction sociale) qui le rapproche du système allemand: dès 11 ans, les élèves sont dirigées à partir de 11 ans vers des écoles civiques pré-professionnelles ou vers des écoles secondaires plus générales.

    En 1966, la gauche remporte les élections nationales et fait de l'éducation sa priorité absolue. Elle veut moderniser la société à travers l'élévation générale du niveau de qualification, tout en relevant le défi d'une certaine massification de l'école finlandaise, dont les effectifs, en 10 ans, avaient été multiplié par 10! Leur slogan: « une bonne école pour tous » à travers l'unification du système éducatif de 7 à 16 ans. La réforme se mit en place lentement sur la base d'un consensus politique et social: vote en 1968 de l'acte sur le système scolaire, lancement de la réforme en 1972.

    En 1971 une convention collective redéfinit le métier d'enseignant: unification des corps, plus de travail, ancienneté sauvegardée, qualification de niveau licence (master voire doctorat aujourd'hui). Un programme national est défini comme outil pédagogique et non catalogue de contenus. L'élève est mis au centre du système, l'école étant là pour l'aider à épanouir ses talents et non pour transmettre des savoirs préconstruits. Les municipalités obtiennent le droit d'élaborer des programmes adaptés aux contextes locaux. En 1977, les classes de niveaux sont supprimés dans tous les établissements alors qu'en 1974, toute sélection avant la fin de l'obligation obligatoire avait été supprimée. Ces réformes furent mises en place alors même que la durée des gouvernements ne dépassait pas 18 mois en moyenne.

    B/ décentralisation et autonomie

    L'éducation finlandaise est organisée de manière décentralisée: du point de vue national le ministère de l'éducation définit les grands axes de la politique éducative, le cadre législatif, les qualifications requises pour le corps enseignant et le budget tandis que le conseil national finlandais de l'éducation (1991) est une agence d'expertise pédagogique qui élabore les programmes nationaux, supervise les affectations et l'évaluation des politiques éducatives.

    Les municipalités ont un rôle de premier plan: avec des bureaux municipaux d'éducation elles supervisent les jardins d'enfants, l'éducation fondamentale, l'éducation préscolaire et spécialisée, les transports et la restauration scolaire (gratuit pour élèves et professeurs) et les services socio-sanitaires (psychologie, assistante sociale, medecine scolaire). Les lycées sont partagés entre leur tutelle et celle de l'état. Malgré cette décentralisation, la Finlande est l'un des pays ou l'offre d'éducation est la plus égalitaire et équilibrée du monde.

    Les municipalités définissent les effectifs des classes, la création d'écoles, le recrutement des enseignants, l'adaptation des grilles d'horaires et des programmes nationaux. Les bureaux provinciaux (l'équivalent des rectorats français) ont des pouvoirs limités en matière d'affectations, d'évaluation et de médiation (recueil des plaintes parentales) L'état couvre 57% des frais de fonctionnement par le biais de subventions aux communes par rapport au nombre d'élèves, à la densité démographique et à des besoins spéciaux. Elle est versée globalement et non affectée. L'enseignement privé est très faible. La Finlande consacre 6,1% de son PIB à l'éducation (OCDE 6,3%), et la dépense des ménages est quasi nulle (10% en France). L'essentiel des efforts sont consacrés au collège et à l'université.

    L'évaluation tient une place importante dans le système éducatif finlandais. Elle n'est pas basée sur la concurrence: elle a pour but de maintenir la cohérence du système en appréciant l'éfficacité des décisions des municipalités, à travers un conseil finlandais pour l'évaluation de l'éducation (2003) qui mesure les acquis des élèves à la fin de la scolarité obligatoire, rend des rapports publics et indique des degrés de performance concernant la maitrise de chaque matière, et étudie enfin la bonne adaptation des établissements à leur contexte local.

    II/ Ecoles, élèves et profs heureux: les raisons du succès finlandais

    A/ « Une bonne école pour tous »

    Ce slogan des réformateurs eut plusieurs conséquences: la mise en place d'un système d'affectation pour permettre à tous les finnois d'accéder à un établissement sur tout le territoire, la revalorisation de la voie professionnelle à travers des quotas d'accès à l'université mis en place en 1984, la standardisation des filières (qui passent de 700 à 220) qui permet plus de reconversions. Le succès de cette réforme a été relatif: la voie générale est toujours la plus attractive (55% des choix contre 35% pour le professionnel) et le taux d'abandon des études professionnelles est de l'ordre de 10%. La possibilité d'accéder l'université n'est pas forcément utilisée: 2% des élèves entrent à l'université et 15% dans les instituts polytechniques (sortes d'IUT).

    Fini le système des classes, des années et des redoublements, la Finlande pratique un système de modules trimestriels choisis à la carte, par les élèves, aidés par des conseillers d'orientation (un pour 200 élèves), des professeurs référents (« tuteurs des études »), et des cours d'éducation à l'orientation, depuis la fin des années 1970. Ce système est basé sur l'autonomie des établissements qui disposent de 30% de ces options à leur guise. Les élèves doivent valider ces modules, le repasser l'an d'après s'ils n'y parviennent pas. Les élèves progressent à leur rythme, deux temps d'adaptation sont prévus: une année préscolaire vers 6 ans qui peut être allongée si l'élève ne semble pas prêt pour l'école fondamentale, une dixième année d'études à la fin de l'école fondamentale, à 16 ans, qui permet à des élèves en difficulté d'affiner leur projet d'études générales ou professionnelles et de revenir sur leurs faiblesses.

    Les élèves vont suivre des cours à l'école puis à l'école secondaire inférieure (30 séquences de cours par semaine) et enfin à l'école secondaire supérieure (75 modules dont 45 obligatoires en 3 ans). Les matières sont classiques, mais la Finlande a deux langues officielles (finnois et suedois), des cours de religion ou d'éthique, des options telles que psychologie, éducation à la santé...à la fin du cursus secondaire il y a un examen de « matriculation » (l'équivalent du bac français), hérité de l'ancien système dont les mentions sont en latin, avec 4 épreuves: langue maternelle, 2ème langue nationale, langue étrangère, mathématiques et études générales (à choisir dans le reste).

    L'école finlandaise s'attache à détecter efficacement les troubles de l'apprentissage, dès le jardin d'enfants, traités en année pré-scolaire pour permettre aux professeurs d'organiser des dispositifs de remédiation adéquats, avant, après et pendant la classe. Un trouble plus aigu amène l'intervention d'enseignants spécialisés et la création de petits groupes pour les matières fondamentales, avec la définition d'un plan individuel d'éducation. Les élèves immigrants ne sont pas coupés de leurs racines linguistiques: un enseignement dans la langue d'origine est prévu, les questions culturelles (ex. le voile) traités par le compromis, et un enseignement intensif des langues nationales est proposé à ces élèves pendant un an, des dispositifs d'accompagnement étant aussi prévus après cette phase.

    C/ Enseigner autrement

    Le métier d'enseignant est extrèmement valorisé en Finlande, il vient en premier dans les projets d'avenir. Les enseignants sont considérés comme des experts pédagogiques, ils sont épanouis, reconnus, syndiqués à 100% et quasiment jamais en grève. La sélection à l'entrée des cursus universitaires conduisant à ce métier est très sévère: un sur 6 est retenu pour devenir « class teacher » (professeur d'école), ou des « subject teachers » (professeurs des lycées et collèges) pour les professeurs spécialisés (une ou deux matières) qui suivent un enseignement disciplinaire pendant 2 ou 5 ans puis pédagogique dans une faculté d'éducation avec un double cursus disciplinaire et pédagogique.

    Les futurs professeurs préparent un master universitaire avec des stages dans une école d'application, la rédaction d'un mémoire professionnel, apprennent à développer des conceptions pédagogiques personnelles. Les enseignants doivent ensuite chercher un poste auprès des municipalités et recrutés sur profil. Difficilement licenciables, ils sont fonctionnaires municipaux, payés par les établissements. Leur salaire est de 2240 euros brut en début de carrière, et ils progressent jusqu'à 3000 euros par ancienneté (3400 au lycée). Ils doivent assurer 15 heures de cours, surveiller les pauses, assister à des groupes de travail, aux rencontres avec les parents, au conseil de classe et consacrer 3 jours par an à la formation continue. Leur confort professionnel est important: petits effectifs, classes spacieuses, moyens informatiques importants (un retro, un video projecteur, un lecteur DVD par classe), des photocopieuses à volonté, des espaces de travail et une abondante documentation pédagogique. Ils bénéficient d'une liberté pédagogique totale, ne sont pas inspectés et participent à l'élaboration des projets d'établissement. Qu'est ce qu'un bon professeur pour le système finlandais? Un guide vers la croissance personnelle des élèves, un directeur d'activités d'apprentissage, un inspirateur de valeurs, un expert pédagogique qui évalue leurs activités, un adulte complet, réceptif et responsable, acteur de l'établissement.

    B/ Des écoles très différentes

    Une priorité: l'épanouissement des élèves. La Finlande base son approche pédagogique sur l'holistique: on s'interesse à l'élève dans sa globalité (psychologie, physiologie...) pour mettre en place les apprentissages. L'éducation finlandaise définit sa finalité comme « aider la personne à accomplir son humanité(...) réaliser ses potentialités les plus élevées (...) devenir des membres ethiquement responsables de la société ». Elle a une approche constructiviste des apprentissages: l'enseignant stimule l'activité des enfants par des situations diverses qui lui permettent d'intégrer de nouvelles connaissances.

    Pas de notes jusqu'à 12 ans, les appréciations des enseignants sur les bulletins ne sont pas chiffrées. L'auto-évaluation a une place importante: l'élève, avec l'aide de l'enseignant, prend conscience de ses capacités. Au collège les notes vont de 4 à 10 (pas de zero), valident l'acquisition d'apprentissages et servent de base pour l'entrée au lycée. Au lycée, les élèves subissent une session d'examens toutes les 6 semaines, et doivent valider les 2/3 de leurs modules pour accéder à l'examen de matriculation, où les notes vont de 0 à 7.

    L'élève apprend dans un environnement chaleureux, il doit se sentir à l'école comme chez lui! Les classes sont spacieuses, les cours ne durent que 45 mn et sont suivis par 15mn de pause. Les parents sont vus comme des partenaires éducatifs et participent à l'élaboration des programmes locaux. Les établissements sont de taille réduite. La relation enseignants / élèves est vue comme primordiale: les enseignants doivent être disponibles, ils suivent les élèves sur plusieurs années, prennent en compte leurs critiques. La vie de la classe est plus décontractée (seuil de tolérance plus élevé, tutoiement généralisé dans les deux sens), les sanctions sont la retenue et l'exclusion mais elles sont rares: on préfère le dialogue! Les classes sont hétérogènes, mais offrent de plus petits effectifs (entre 20 et 25 élèves par classe le plus souvent). Ce taux d'encadrement tombe à un professeur pour 10 élèves au lycée professionnel. Les professeurs sont aidés par des assistants d'éducation pour les élèves ayant des besoins particuliers. Les élèves finlandais sont autonomes: ils élaborent leur plan de cours, bénéficient de méthodes pédagogiques actives sans aucun cours magistral. Il n'y a pas vraiment de groupe classe constitué du fait du système des options. Cette autonomie prépare les élèves à la liberté du système universitaire.

    En conclusion, de nombreux éléments du système finlandais peuvent inspirer une réforme en France: volonté d'assurer une égalité réelle des élèves face à l'éducation, une réelle autonomie, basée sur la confiance, pour les municipalités, les établissements, et les élèves, ainsi qu'une autre vision de l'apprentissage et de l'évaluation. Le développement des enfants et des rythmes scolaires (l'holistique) est mieux pris en compte, et enfin, la dimension relationnelle de l'acte éducatif est parfaitement reconnue.